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Articles

Affichage des articles du mai, 2010

Tarzan

Tarzan, c'est l'avant-garde des "gendarmes du monde" : toutes les cinq minutes il franchit son Mékong pour aller séparer deux groupes en conflit (au choix : des singes, des Vietnamiens, des Noirs ou des Cambodgiens). * Tarzan se transforme en matamore de piscine, son naturisme en circuit touristique. Sa vie est réglée par une femme fixe, un fils idiot et une guenon factotum, sa maison, même si elle est perchée au sommet d'un arbre, s'enrichit de confort et de gadgets multiples. Prochainement sur vos écrans, il aura une télé, un frigo et une machine à laver les pagnes. Certes, Tarzan plonge dans les fleuves (pour que les spectateurs puissent l'imiter), mais il ne se déplace plus en sautant de liane en liane (l'opération n'est pas prévue dans les villages du Club Med). * Pourquoi le mythe refleurit-il en France ? Comment s'est-il refait une virginité ? Je ne saurais le dire. Il s'agit probablement d'une exploitation de la nostalgie du …

Hebdomada VIII per annum

Passé à la cathédrale. J'avais soif de bénédiction, je crois, d'eau spirituelle, de me ressourcer un peu, quoi. Passant devant le Christ, je ne m;y arrête pas, ce n'est qu'une statue, je ne vais pas virer idolâtre, je peux passer à autre chose et m'approcher d'autre chose. Je m'assois dans la travée centrale, devant l'autel, prie un peu, me relève, flâne, passe devant la guérite où un "innocent" qui vend les cartes postales et les cierges discute avec une vieille religieuse. Je sens à nouveau le flux apaisant, joyeux et serein de cette lumière, dans toute la cathédrale. Comme en août dernier, je me suis sentie joyeuse et chez moi. Un jour, le monde entier sera pour moi comme cette cathédrale.
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Tombant sur un site avec des documents de Gitta Mallasz et des autres, je vois le cahier de Lili et son signe, le triangle inversé. Je me demande, une fois de plus, quel est mon signe, qui est mon Ange, quelle est ma tâche.
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Vu L'Avocat de la terreur, …

Les Mystères de Paris

Quand il décrit le grenier des Morel, la famille du tailleur de pierres précieuses, honnête et malheureux, son aînée séduite, engrossée et soupçonnée d'infanticide par le perfide notaire Jacques Ferrand, sa fillette de quatre ans morte de privations sur la paille, ses autres enfants rongés par le froid et la faim, sa femme agonisante, sa belle-mère folle à la bouche baveuse qui perd les diamants dont il avait la charge, les huissiers à sa porte venus le traîner en prison, c'est alors que Sue mesure toute la puissance de sa plume. Parmi les centaines de lettres qu'il reçoit, entre les nobles dames qui, enivrées, lui ouvrent leur alcôve, les prolétaires qui saluent en lui l'apôtre des pauvres, les lettrés de renom qui s'honorent de son amitié, les éditeurs qui se le disputent à coups de contrats en blanc, le journal fourriériste La Phalange qui le glorifie comme celui qui a su dénoncer la réalité de la misère et de l'oppression, les ouvriers, les paysans, les gr…

De Superman au Surhomme

Les essais de ce volume, écrits en diverses occasions, sont dominés par une seule idée fixe, qui d'ailleurs n'est pas de moi mais de Gramsci. Cette idée fixe, qui justifie le titre, est la suivante : "Quoi qu'il en soit, on peut affirmer que beaucoup de la prétendue "surhumanité" nietzschéenne a comme origine et modèle doctrinal non pas Zarathoustra mais le comte de Monte-Cristo d'Alexandre Dumas." (Antonio Gramsci, Letterature e vita nazionale, III. "Letteratura popolare". Prise à la lettre, l'affirmation de Gramsci pourrait ne paraître que paradoxale. Il ne faut cependant pas oublier qu'à l'époque où il écrivait ces mots, il se trouvait en butte aux petits surhommes fascistes, et entendait leur rappeler d'une manière polémique qu'ils ne s'inspiraient pas, ainsi qu'ils le croyaient, d'une source philosophique illustre mais de leurs lectures de petits-bourgeois provinciaux. *En 1962, le Centre international…

L'invention comme institution de code

Tout ce que nous avons énoncé jusqu'à présent nous pousse à croire, au contraire, qu'il n'y a jamais de purs cas d'invention radicale, pas plus, probablement, que de pure invention modérée, étant donné que (et nous y avons déjà fait allusion), pour que naisse la convention, il faut que l'invention de ce qui n'a pas encore été dit soit soutenue de ce qui a déjà été dit. Les textes 'inventifs' sont des structures labyrinthiques où sont tissées et entremêlées les inventions, répliques, les stylisations, les ostensions et ainsi de suite. La sémiosis ne surgit jamais ex novo ni ex nihilo. Ce qui revient à dire que toute nouvelle proposition culturelle se profile toujours sur un fond de culture déjà organisée. Il n'y a jamais de signes en tant que tels, et beaucoup de soi-disants signes sont des textes ; et les signes et les textes sont le résultats de corrélations où entrent divers modes de production. Si l'invention était une catégorie de la typolo…

Invention

v. 1507, Galerie des Offices
Comment est-il possible de représenter une jeune femme blonde, assise, avec en fond un paysage montagneux et lacustre sur lequel se profile la silhouette filiforme des arbres, et qui, un livre ouvert dans les mains, tient compagnie à deux enfants, dont l'un est nu, et l'autre revêtu d'une peau de bête, joue avec un petit oiseau ? Raphaël y réussit très bien dans la Vierge au chardonneret. Étant donné que cet ensemble de traits picturaux constitue un texte qui véhicule un discours complexe et que le contenu n'en est pas connu au préalable par le destinataire, qui saisit à travers des tracés expressifs quelque chose dont le type culturel n'est pas préétabli, comment peut-on définir sémiotiquement ce genre de phénomènes ? La seule solution paraît être d'affirmer qu'un tableau n'est pas un phénomène sémiotique, parce qu'il ne se réfère ni à une expression ni à un contenu qui soient préétablis, et qu'il n'y existe don…

Tempus Paschale, Hebdomada VII Paschae

Fernando Botero
Parfois, sentant venir les sapes sournoises d'un crétin venimeux parce qu'envieux de je ne sais quoi (pourquoi j'attire l'inimitié immédiate de cette sorte-là, quel que soit leur sexe ? Je dois avoir le profil de la royale victime girardienne), je me dis, perplexe : Et pourtant, ils sont censés être le visage du Christ ! Pas un qui ne soit la Grosse Dame de Seymour.
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Essayé de voir le docu Homo Sapiens. Pas pu tenir 10 mn, peut-être moins. Commentaire aussi con que dans La Marche de l'Empereur, il fallait le faire.
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Passé ma semaine à écrémer et reclasser ma biblio. J'aimerais redescendre à 1000 bouquins, m'alléger, comme sur le point d'un départ... Écrémer une biblio, c'est aussi se débarrasser intérieurement, de poids morts, du passé qui ne sert plus. Le genre d'acte que j'adore faire, mue ou renouveau de printemps. Je ne suis pas Serpent pour rien.

Iconisme et convention

Tout au long de l'histoire des arts visuels, on trouve des 'représentations iconiques' qui dans un premier temps n'ont pas été reconnues comme telles, puis, au fur et à mesure que leurs destinataires s'y accoutumaient, devenaient conventionnelles au point de sembler plus "naturelles" que les objets eux-mêmes, si bien que, par la suite, la perception de la nature était "filtrée" par le modèle iconique dominant. Gombrich cite le cas d'une série de dessinateurs du XVIe au XVIIe siècle qui ont continué à représenter des rhinocéros 'd'après nature' en reproduisant inconsciemment le modèle de rhinocéros proposé par Dürer (modèle qui correspondait à la description du rhinocéros popularisée par les bestiaires médiévaux) ; Gombrich cite encore le cas d'un peintre du XIXe siècle qui représente d'après nature la façade de la cathédrale de Chartres, et qui, tout en la voyant avec des portails en plein cintre, représente des portails…

"Posséder les propriétés de l'objet"

D'autre part, que veut dire, pour un signe, être 'semblable' à son propre objet ? Les ruisseaux et les cascades que l'on voit sur le fond des tableaux de l'École de Ferrare ne sont pas fait d'eau, comme dans certaines crèches de Noël : mais certains stimuli visuels, des couleurs, des rapports spatiaux, l'incidence de la lumière sur la matière picturale déclenchent une perception à bien des égards 'semblable' à celle que l'on aurait en présence du phénomène physique que la peinture imite, à la différence près que ces stimuli sont de nature diverses. Nous pourrions alors affirmer que les signes iconiques ne possèdent pas les mêmes propriétés physiques que l'objet, mais mettent en œuvre une structure perceptive 'semblable' à celle que déclenche l'objet. Il s'agit maintenant d'établir, étant donné la transformation des stimuli matériels, ce qui reste inchangé dans le système de relations qui construit la Gestalt perçue. Ne p…

Galaxies expressives et nébuleuses de contenu

San Franceso, Arezzo Supposons que nous ayons à exprimer la situation suivante : "Salomon rencontre la reine de Saba, tous deux sont à la tête d'un cortège de seigneurs et de gentilshommes habillés en style Renaissance, baigné par la luminosité d'un matin enchanté où les corps prennent l'aspect d'intemporelles statues, etc." Tout le monde aura reconnu dans ces expressions verbales une allusion vague au texte pictural de Piero della Francesca qui se trouve dans l'église d'Arezzo, mais on ne saurait avancer que le texte verbal 'interprète' le texte pictural. Au mieux il y renvoie ou le suggère et, s'il y réussit, ce n'est que parce que c'est un texte pictural que notre contexte culturel a très souvent verbalisé. Et même dans ce cas, parmi toutes les expressions verbales, certaines seulement se réfèrent à des unités de contenu reconnaissables (Salomon, la reine de Saba, 'rencontrer', etc.), tandis que les autres transmettent d…

Les doubles

Mikolas Ales
Un objet fonctionnellement et mécaniquement complexe, comme le corps humain, n'est pas reproductible justement parce qu'un très grand nombre de ses lois fonctionnelles et organiques demeurent inconnues pour nous, en premier lieu celles qui régissent la formation de la matière vivante. C'est à cette particularité que l'on doit les difficultés et les désillusions affrontées tant par le rabbin Loew, auteur du Golem, que par le docteur Frankestein... Umberto Eco, La production des signes.

Bashô

Au fond de la tasse
de thé
la fissure du monde

*

Je vais sur la route,
un pas pour le chemin,
un pas pour la lune

Henri Brunel,L'Année zen.

Tempus Paschale, Hebdomada VI Paschae

"Si Dieu existait, il faudrait s'en débarrasser..."
Tombé, un matin, sur cette phrase, déjà entendue et lue cent fois, bien sûr, mais dont le comique, soudain, a éclaté à mes yeux, tant et si bien que j'ai, moi, éclaté de rire : "Mais on ne fait jamais que ça ! Tout le temps, toute sa vie !" J'ai repensé à cette phrase de Torok : "On refoule l'enfant comme on respire."
Et peut-être bien s'agit-il de la même chose. Les trois-quarts du temps, il me semble que tout le monde dépense une énergie folle à ne pas le laisser entrer, alors même qu'il n'a pas l'intention de forcer la porte. Pas seulement les athées ou les agnostiques, mais aussi les dévots. Peut-être eux, plus encore : la piété, les rites, le respect des règlements, la flagellation, la façon de se rassurer, de prier, dans tout cela occupés de nous-mêmes et seulement de nous-même, nous passons notre temps à Lui tourner le dos. S'en débarrasser ? Tu parles d'un e…

Tempus Paschale, Hebdomada V Paschae

Terminé enfin Quatre Sœurs. Sur la fin, l'histoire devient lassante à force des répétitions causées par les mariages manqués de Youki-Ko. On tourne les pages avec un soupir en disant : "Mais elle va se décider, cette pétassegreluche mijaurée !" Le plus curieux est que, dans tout ça, c'est la vilaine "Koi San" qui est jugée parce qu'elle entend vivre sans attendre son aînée, (et heureusement pour le roman qu'elle le fait sinon il n'y aurait pas grand rebondissement dans l'histoire) alors que c'est finalement la troisième qui bloque tout et fait fuir les prétendants avec ses manières lugubres et mollassonnes.
Mais la fin m'a plu, justement par sa façon de tourner court, sur une chansonnette :"Bon, tout ça rien que pour ça..."

"La parole de Jésus dissout la foule"

"Je ne suis pas venu apporter la paix mais la guerre, je suis venu séparer le fils du père, la fille de la mère. etc.", ça ne veut pas dire : "Je suis venu apporter la violence" ; mais plutôt : "Je suis venu apporter une paix telle, une paix tellement privée de victimes, qu'elle surpasse vos possibilités et que vous allez devoir en passer par une explication avec vos phénomènes victimaires." *
Dans les Évangiles tout est imitation puisque, puisque le Christ lui-même se veut imitant et imité. À la différence des gourous modernes qui prétendent n'imiter personne… mais veulent se faire imiter à ce titre-à, le Christ dit : "Imitez-moi comme j'imite le Père." Les règles du royaume de Dieu ne sont pas du tout utopiques : si vous voulez mettre fin à la rivalité mimétique, abandonnez tout au rival. Vous étoufferez la rivalité dans l'œuf. Il ne s'agit pas d'un programme politique, c'est beaucoup plus simple et plus fondamenta…

Joseph

Partout où le mythe voit dans le bouc émissaire "un vrai coupable", l'histoire de Joseph voit dans le bouc émissaire un innocent condamné à tort.
Si vous gardez en tête ma lecture subversive d'Œdipe, qui reconnaît dans le mythe un système d'accusation faussement légitime, vous verrez sans peine que l'histoire de Joseph fait le contraire du mythe.De même que derrière le mythe il y a un mécanisme de bouc émissaire qui fonctionne à fond et que nous ne voyons pas, car nous prenons la culpabilité d'Œdipe à la lettre – comme vous l'avez fait vous-même –, derrière l'histoire de Joseph il doit y avoir, non pas le mythe d'Œdipe exactement, mais un mythe très analogue systématiquement remanié et contredit par le récit biblique. Cette contradiction systématique joue en faveur de l'accusé. Ce remaniement a une grande valeur sur le plan de l'interprétation du mythe, du rétablissement de la vérité violée par le mécanisme du bouc émissaire. L'hi…

Tempus Paschale, Hebdomada IV Paschae

Ouvert un blog-photo. M'astreindre à au moins une photo par jour (une par semaine serait plus réaliste). Cela a un effet bénéfique inattendu : je regarde. Les gens, les rues, le monde. Je m'y sens un peu plus chez moi, en sécurité. Il est vrai que j'ai un peu monté vers l'Ange ces temps-ci.
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Je crois que j'aime Dieu plus que le Christ. À cause du manque, du vide, celui qu'éprouvait Duras :
Personne ne peut remplacer Dieu Rien ne peut remplacer l'alcool Donc Dieu reste irremplacé
Marguerite est persuadée qu'elle boit parce qu'elle sait que Dieu n'existe pas. Marguerite n'a jamais été croyante même quand elle était enfant. Elle voyait les croyants comme atteints d'une certaine infirmité, d'une certaine irresponsabilité. Mais la lecture de Spinoza, Pascal, Ruysbroek lui a permis de comprendre la foi des mystiques. "ils poussent les cris du non-croire." Aurélia Steiner crie, appelle Dieu au secours. De Dieu à l'époque, Marguerit…