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Articles

Affichage des articles du mai, 2008

Jascha Heifetz

Depuis ce matin écoute en boucle, après un coup de foudre de la veille au soir, dès les premières mesures. Cet archet si vif si précis, jamais rien de trop, une aisance, l'illusion du "facile". Si j'ai une tendresse pour le double concerto BW1043 enregistré en 1932 par Yehudi Menuhin et Georges Enesco, c'est qu'il mêlait l'enthousiasme d'un jeune virtuose, sentimental et solaire, bondissant autour de l'élégant Lion roumain, et la gaieté affectueuse de ce duo "morid et morshid"... Avec Heifetz, c'est autre chose qui émeut, la légèreté, la beauté pure, sans épanchement, d'ailleurs il joue les deux parties du 1043 à lui seul. Dans le concerto turc de Mozart, il enfile les notes avec la célérité d'un petit tailleur juif tirant son aiguille en chantonnant "sept d'un coup, sept d'un coup".
Références.

Vainqueur de coupe aux pieds ailés

"Au moment où il allait quitter la minuscule boutique, il remarque à sa gauche un petit tourniquet en acier et dans les cases duquel des cartes postales représentaient le stade dans son ensemble, ou dans ses détails. Il eut l'idée d'en acheter une, sachant pertinemment que ce dimanche 26 mai 1957 allait être une date marquante dans sa vie et pensa envoyer une de ces cartes à sa mère. Il se retourna vers le tourniquet, fit quelques pas, et quand il fut à portée de main des bristols coloriés, se mit à faire tourner le support mobile. Son oeil fut attiré par une carte représentant une statuette debout sur un piédestal et représentant un athlète brandissant une coupe. Il fut intrigué. Prit la carte postale et regarda au dos. Machinalement, il lut cette inscription gravée sur fond blanc, dans le coin gauche en bas :

Socle d'un brûle-parfum étrusque :
VAINQUEUR DE COUPE AUX PIEDS AILES.
BRANDISSANT SON TROPHEE.
Début du V° siècle avant Jésus-Christ.
Bronze. Hauteur 18,7 cm.

Plus …

M. de Bouillon

"Mme de Bouillon, qui fit réflexion à ce que je lui avais dit cinquante fois, des inconvénients qu'il y avait à ne pas engager pleinement et entièrement le Parlement, s'écria en se jetant sur le lit de monsieur son mari : "Ah ! qui l'eût dit ? Y avez-vous seulement jamais pensé ? - Non, Madame, lui répondis-je, je n'ai pas cru que le Parlement pût faire la paix aujourd'hui ; mais j'ai cru, comme bien savez, qu'il la ferait très mal si nous le laissions faire : il ne m'a trompé qu'au temps." M. de Bouillon prit la parole : "Il ne l'a que trop dit, il ne nous l'a que trop prédit ; nous avons fait la faute tout entière." Je vous confesse que ce mot de M. de Bouillon m'inspira une nouvelle espèce de respect pour lui ; car il est, à mon sens, d'un plus grand homme de savoir avouer sa faute que de savoir ne la pas faire." "L'un des plus grands défauts des hommes est qu'ils cherchent presque toujour…

Le duc de Beaufort

"J'avais orné de mille belles couleurs une entreprise que le Cardinal avait fait faire sur lui par Du Hamel. Montrésor, qui l'informait avec exactitude des obligations qu'il m'avait, avait mis toutes les dispositions nécessaires pour une grande union entre nous. Vous croyez aisément qu'elle ne lui était pas désavantageuse en l'état où j'étais dans le parti ; et elle m'était comme nécessaire, parce que ma profession pouvant m'embarrasser en mille rencontres, j'avais besoin d'un homme que je pusse, dans les conjonctures, mettre devant moi. Le maréchal de La Mothe était si dépendant de M. de Longueville, que je ne m'en pouvais pas répondre. M. de Bouillon n'était pas un sujet à être gouverné. Il me fallait un fantôme, mais il ne me fallait qu'un fantôme ; et par bonheur pour moi, il se trouva que ce fantôme fut petit-fils d'Henri le grand ; qu'il parla comme on parle aux Halles, ce qui n'est pas ordinaire aux enfant…

Vers le poème inachevé

"Les amis voulaient faire du feu. Je leur dis : "Si vous craignez le froid, chauffez-vous à mon coeur ! La pensée de Laylâ l'envahit, l'incendie Comme autant de tisons, et de la pire ardeur. - Veux-tu que nous buvions, me dit-on, nous et toi ? - Soit ! venez donc vous rafraîchir à ma rivière ! - Mais où est-elle ? - Ici, coulant à mes paupières : Plus riche qu'un grand puits, elle vous comblera. - Et la raison de tout cela ? - Eh bien, l'amour ! - Quelle honte, par Dieu ! - Pardonnez-moi, de grâce : Quand le visage de Laylâ brille au grand jour, Devant lui, et lui seul, lune et soleil s'effacent. Si sa pensée me vient en tête, mon esprit Se déchire et tourmente à la chercher des yeux. Son visage, face à la lune, est si gracieux Que l'avantage lui revient, sans contredit. Croissant de lune, tout en haut, sommé de noir, Elle est, plus bas, taille élancée, frémissements, Silhouette légère, mince... un être à part, Le rose aux joues, et le sourire rayonnant, La jambe ferme, à…

Fuir : la prière, la folie, la mort

"Ce poème est précédé, sur la même rime, de deux vers dits par un passant qui s'étonnait de voir Majnûn dormir, bien que sachant Laylâ malade.

""Layla est en Irak, malade", me dit-on, "Toi qui es son ami, tu devrais dépérir !" Que Dieu veuille, en Irak, les malades guérie ! Pour moi, à tous ceux-là d'Irak, ma compassion. S'il est vrai que Laylâ est en Irak et souffre, La mort va me noyer, m'emporter dans ses gouffres. J'erre, éperdu, d'un bout à l'autre de la terre, Et toujours, vers Laylâ, m'est barré le chemin. Tout au fond de mon coeur, quelqu'un, je le crois bien, Allume un feu qui flambe, éclate et s'exaspère. En un fatal sanglot et sur un dernier râle, Mon âme se souvient de toi et meurt d'amour. J'ai bu à un soleil dont l'éclat, au plein jour, Renvoie à son dépit la pleine lune, et voile De sa pure splendeur tous les feux de l'éclair. Aussi noires que jais tes boucles, et plus clair Que lune, ton visage, ô grâ…

Le je ne sais quoi de La Rochefoucauld

Réponse du berger à la bergère, le portrait de La Rochefoucauld par Retz, qui use d'emblée du "je ne sais quoi" cher à Jankélévitch. Le même usage en avait été fait par Retz au sujet de Richelieu : "Il était bon ami, il eût même souhaité être aimé du public ; mais quoiqu'il eût la civilité, l'extérieur et beaucoup d'autres parties propres à cet effet, il n'en eut jamais le je ne sais quoi, qui est encore, en cette matière, plus requis qu'en toute autre."

La note indique que le je ne sais quoi est une "expression très employée au XVII° siècle, surtout dans les milieux précieux, pour désigner des attributs indéfinissables, échappant à la terminologie psychologique en usage. "Il est plus aisé de le sentir que de le connaître, dit le P. Bouhours ; sa nature est d'être incompréhensible et inexplicable."





"Il y a toujours eu du je ne sais quoi en tout M. de La Rochefoucauld. Il a voulu se mêler d'intrigue, dès son enfance,…

Plaintes et reproches

"J'en jure par Celui qui voulut habiter Thabîr et l'élever sous un dais de nuages,
Par la course éperdue sur le désert sauvage, La monture amincie comme un fourreau d'épée :
A t'aimer trop longtemps, j'ai vécu, ô Laylâ, En frère de la mort, car l'amour ment, parfois..."



Le Fou de Laylâ : Le dîwân de Majnûn

Le mal d'amour

"Guérira-t-il de toi, ce coeur à la torture ? Te revoir ? mais la flèche de mort va plus vite. Je suis désir, amour, tremblement, déchirure : Plus je veux m'approcher, et moins tu m'y invites.
Je suis le passereau dans la main d'un enfant : Elle le presse, il goûte aux vasques de la mort.
L'enfant joue : à cet âge on ne sait pas encore S'apitoyer sur l'autre. Et pour l'oiseau, comment, Quand on a si peu d'aile, échapper en volant ? Je sais, moi, mille endroits vers où guider mes pas... Mais où aller, mon coeur, si tu ne me suis pas ?"
6.

Le Fou de Laylâ : Le dîwân de Majnûn, trad. André Miquel.

Séparations, errances

"Par ta vie ! C'est l'instant, entre tous, où tes yeux Pleurent Laylâ, au vent qui souffle du midi. Aimer ceux avec qui je vis, je ne le peux : Loin du camp, le seul être à aimer est parti. Quand le vent souffle et monde, au plus haut, je me sens, Avec lui, au plus haut, proche parent du vent."
27.



"Je promène mes yeux vers le ciel, dans l'espoir Que ses yeux, fixés là, croiseront mon regard."

115.


Le Fou de Laylâ : Le dîwân de Majnûn, trad. André Miquel.

Bonheurs enfuis, bonheurs rêvés, bonheurs manqués

"Le temps, pour un oiseau, de boire...
Aussi brève fut la journée,
Dessus nos selles emportées,
Avant que la nuit se fît noire."

Le Fou de Laylâ : Le dîwân de Majnûn

Adorations

"Chez elle la beauté est vin, vin la salive,
Vin le plus velouté la douceur de ce teint.
C'est ainsi, tout compté, qu'elle assemble trois vins
Dont un seul vous enivre, ou l'ivresse ravive."

Le Fou de Laylâ : Le dîwân de Majnûn

Pour entrer au domaine de Majnûn

"Voilà déjà vingt ans, Laylâ, que je t'espère,
Aux mêmes lieux trempés de mes larmes, à flots.
Ton amour de mon coeur malade est le bourreau.
Mais contre l'ennemi, s'il est aimé, que faire ?
Je vais où va Laylâ, et puis elle me laisse.
Telle est la vie : on se rejoint, se désunit.
J'ai, passée à mon coeur, je crois bien, une laisse :
Laylâ me traîne ainsi partout, et je la suis.
La nuit est mon chemin, mon voyage : il me semble
être le fou dont tout le corps se désassemble."

Le Fou de Laylâ : Le dîwân de Majnûn