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Articles

Affichage des articles du août, 2010

Edda Moser

Hebdomada XXI per annum

Il jeta un coup d'œil autour de lui – non, personne ne l'observait – et tira de sa poche un calepin long et étroit. Sur la couverture était écrit en hautes lettres anguleuses : SOTTISIER. Il arrêta d'abord son regard sur le titre, puis il feuilleta le carnet dont plus de la moitié des pages était écrite ; il inscrivait là tout ce qu'il voulait oublier. Il commençait par inscrire la date, l'heure et le lieu. Suivait le récit de l'événement, qui devait être une nouvelle illustration de la bêtise humaine. Une citation bien choisie, toujours nouvelle, servait de conclusion. il ne lisait jamais son recueil de sottises ; il lui suffisait de jeter un coup d'œil sur la couverture. Il pensait publier cela plus tard sous le titre : Promenade d'un sinologue.Auto-Da-Fé, Elias Canetti.








Écrire tout ce que l'on voudrait oublier me semble judicieux. Je me demande d'ailleurs si ce n'est pas les 3/4 du journal que je tiens depuis 30 ans. Il faudrait peut-être …

Henryck Gòrecki : symphonie nº3 op. 36.

Kajze mi sie podzioł mój synocek miły? Pewnie go w powstaniu złe wrogi zabiły.
Wy niedobrzy ludzie, dlo Boga świętego cemuście zabili synocka mojego?
Zodnej jo podpory juz nie byda miała, choç bych moje stare ocy wypłakała.
Choćby z mych łez gorkich drugo Odra była, jesce by synocka mi nie ozywiła.
Lezy on tam w grobie, a jo nie wiem kandy, choc sie opytuja miedzy ludzmi wsandy.
Moze nieborocek lezy kaj w dołecku. a mógłby se lygać na swoim przypiecku.
Ej, ćwierkeycie mu tam, wy ptosecki boze, kiedy mamulicka znalezć go nie moze.
A ty, boze kwiecie, kwitnijze w około, niech sie synockowi choć lezy wesoło.





hebdomada XX per annum

Après avoir revu toute la trilogie du Lord of the Rings, revu Le Festin de Babette. J'aime toujours ce film, la grâce et le salut par le Café anglais. Évidemment, mieux vaut le regarder le ventre plein.


Hebdomada XIX per annum

Un homme qui dort  : je le regarde en une seule fois, avec intérêt. 
Je n'arrive pas à aller à la moitié du premier épisode de Dexter, tellement cela m'ennuie. Il est vrai que venant de revoir tous les Twin Peaks, cela me rend difficile. 
Hier, essayé d'accrocher à Fringe, le premier épisode. Même pas tenu une demi-heure. De toutes façons, cela ressemble trop à X-Files, que j'aimais bien dans ces premières saisons.
Je me demande quand même pourquoi c'est toujours un effort, pour moi, de regarder un film, même une video de quelques minutes, pourquoi je ne supporte pas bien les livres audio, ou les reportages télévisés. Probablement parce que ça ne va pas assez vite. L'image est lente, trop lente pour raconter une histoire. Dès qu'il y a une "action", une "intrigue", et que cela,  les films m'ennuient. Quand ça ne raconte rien, comme mon cinéma d'extrême-orient favori, ou bien que les histoires s'embrouillent comme la soupe d'…

Cantique spirituel vs Cantique des cantiques

Déception à la lecture du Cantique spirituel de saint Jean de la Croix, dont on dit pourtant tant de bien. Mièvrerie suave et trop sucrée, ce côté doucereux-douceâtre, comme les écrits de saint François de Sales. Ce qui me déplaît le plus, c'est que c'est une réécriture vertueuse du Cantique de Salomon, ce poème d'amour brûlant, sauvage et pas du tout "convenable" ni vertueux, un cantique voyou, en somme. Mais tellement plus puissant et plus beau. Peut-être est-ce que cela vient de la traduction, mais quand on compare :  Daignez donc ne pas me mépriser,Parce que vous m'avez trouvé le teint noirVous pouvez bien désormais me regarder,Car depuis que vos yeux se sont fixés sur moi,Vous avez laissé en moi la grâce et la bonté.et

Je suis noire, mais je suis belle, filles de Jérusalem,comme les tentes de Kédar, comme les pavillons de Salomon.Ne prenez pas garde à mon teint noir :C’est le soleil qui m’a brûlée.
Au moins cela m'a donné envie de relire le poème origin…

Nécessité poétique de Milady

Il est exact que d'habitude nous jugeons le monde d'une narration à partir de notre monde de référence et que nous faisons rarement l'inverse. Mais que signifie alors affirmer avec Aristote (Poétique, 1451b et 1542a) que la poésie est plus philosophique que l'histoire parce que dans la poésie les choses arrivent nécessairement tandis que dans l'histoire elles arrivent accidentellement ? Que signifie reconnaître, à la lecture d'un roman, que ce qui s'y passe est plus "vrai" que ce qui se passe dans la vie réelle ? Que signifie dire que le Napoléon pris pour cible par Pierre Besuchov est plus vrai que celui qui est mort à Sainte-Hélène, que les caractères d'une œuvre d'art sont plus "typiques" et "universels" que leurs prototypes réels, plus effectifs et plus probables ? Il nous semble que le drame d'Athos, qui ne pourra jamais abolir, en aucun monde possible, sa rencontre avec Milady, est le témoin de la vérité et d…

Hebdomada XVIII per annum

Je poursuis Le Choix de Sophie, roman que j'aime lire, dont j'aime l'écriture, alors que l'histoire elle-même, a priori, n'avait rien pour me passionner (j'en ai d'ailleurs lu tout le résumé sur wikipedia). Mais j'aime cette écriture et cette narration.
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Je suis fan du bento que je me suis fait offrir pour mon anniversaire.
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Deux ou trois fois cette semaine, rêvé de consultations avec des psy, un ou deux médecins, mais de l'âme. Des rêves de leçons, quand même pas de grands messages d'Outre-Monde, parce que je ne m'en souviens à peine. Cette nuit, un toubib ou psy à cheveux gris. Venais-je de parler de mes  moments de désespoir ? Il m'interrogeait : "As-tu vraiment connu le désespoir ? Pas la douleur noire, la nuit, mais le point gris, plat, où l'on reste immobile, où l'on n'écrit plus ?" Je m'arrêtais net dans mon cinoche, et devais admettre : "Non." "Alors tu n'as jamais connu/vécu le désespoi…

Kafka et l'exigence de l'œuvre

Quelqu'un se met à écrire, déterminé par le désespoir. Mais le désespoir me peut rien déterminer, "il a toujours et tout de suite dépassé son but" (Kafka, Journal, 1910). Et, de même, écrire ne saurait avoir son origine que dans le "vrai" désespoir, celui qui n'invite à rien et détourne de tout et d'abord retire sa plume à celui qui écrit. Cela signifie que les deux mouvements n'ont rien de commun que leur propre indétermination, n'ont donc rien de commun que le mode interrogatif sur lequel on peut seulement les saisir. Personne ne peut se dire à soi-même : "Je suis désespéré", mais : "tu es désespéré ?" et personne ne peut affirmer : "J'écris", mais seulement "écris-tu ? oui ? tu écrirais ?"

* Il n'y a pas de circonstances favorables. Même si l'on donne "tout son temps" à l'exigence de l'œuvre, "tout" n'est pas encore assez, car il ne s'agit pas de consacre…

Lectures de Kafka

Ce monde est un monde d'espoir et un monde condamné, un univers à jamais clos et un univers infini, celui de l'injustice et celui de la faute. Ce que lui-même dit de la connaissance religieuse : "La connaissance est à la fois degré menant à la vie éternelle et obstacle dressé devant cette vie". doit se dire de son œuvre : tout y est obstacle, mais tout aussi peut y devenir degré. Peu de textes sont plus sombres, et pourtant, même ceux dont le dénouement est sans espoir, restent prêts à se renverser pour exprimer une possibilité ultime, un triomphe ignoré, le rayonnement d'une prétention inaccessible.
*
"Après la mort d'un homme, dit Kafka, un silence particulièrement bienfaisant intervient pour peu de temps sur la terre par rapport aux morts, une fièvre terrestre a pris fin, on ne voit plus un mourir se poursuivre, une erreur semble écartée, même pour les vivants c'est une occasion de reprendre haleine, aussi ouvre-t-on la fenêtre de la chambre mort…

la mort, le grand château que l'on ne peut atteindre

Pour parler, nous devons voir la mort, la voir derrière nous. Quand nous parlons, nous nous appuyons à un tombeau, et  ce vide du tombeau est ce qui fait la réalité du langage, mais en même temps le vide est réalité et la mort se fait être. Il y a de l'être – c'est-à-dire une vérité logique et exprimable – et il y a un monde, parce que nous pouvons détruire les choses et suspendre l'existence. C'est en cela qu'on peut dire qu'il y a de l'être parce qu'il y a du néant : la mort est la possibilité de l'homme, elle est sa chance, c'est par elle que nous reste l'avenir d'un monde achevé ; la mort est le plus grand espoir des hommes, leur seul espoir d'être hommes. C'est pourquoi l'existence est leur seule véritable angoisse, comme l'a bien montré Emmanuel Lévinas ; l'existence leur fait peur, non à cause de la mort qui pourrait y mettre un terme, mais parce qu'elle exclut la mort, parce qu'en dessous de la mort e…

"Il regardait par la fenêtre"

Quand Kafka écrit au hasard la phrase : "Il regardait par la fenêtre", il se trouve, dit-il, dans un genre d'inspiration telle que cette phrase est déjà parfaite. C'est qu'il en est l'auteur – ou, plus exactement, grâce à elle, il est auteur : c'est d'elle qu'il tire son existence, il l'a faite et elle le fait, elle est lui-même et il est tout entier ce qu'elle est. De là sa joie, sa joie sans mélange, sans défaut . Quoi qu'il puisse écrire, "la phrase est déjà parfaite." Telle est la certitude profonde et étrange dont l'art se fait un but. Ce qui est écrit n'est ni bien ni mal écrit, ni important ni vain, ni mémorable ni digne d'oubli : c'est le mouvement parfait par lequel ce qui au-dedans n'était rien est venu dans la réalité monumentale du dehors comme quelque chose de nécessairement vrai, comme une traduction nécessairement fidèle, puisque celui qu'elle traduit n'existe que par elle et en ell…

Elgar, Du Pré