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"Cette femme est comme un confessionnal"

15 septembre. "Un mot de curé d'ici, parlant d'une femme qui accouche tous les ans: "Cette femme est comme un confessionnal, il y a toujours du monde". Edmond de Goncourt, Journal des Goncourt , Deuxième série, deuxième volume, Mémoires de la vie littéraire .  

Le collectionneur chinois

Mardi 11 août.– Le jeune comte de Balloy est venu passer deux ou trois jours ici, avant de se rendre en Perse, où il est nommé second secrétaire. Il a passé trois ans en Chine, et en cause très intelligemment.   Il est quelque peu bibeloteur, et très amusant à entendre raconter la fabrication toute promitive des émaux cloisonnés. La carcasse de la pièce faite, les cloisons soudées, l'ouvrier, sur le pas de sa porte, a devant lui un plat de feu , une espèce de four de campagne, dans lequel il cuit et recuit l'émail, une trentaine de fois, soufflant son feu, à grands coups d'éventail. La fabrication se fait presque avec les doigts, aidés de deux ou trois petits méchants instruments, et sans plus d'appareil et de dépense d'établissement que cela. Il dit que la lucidité des cloisonnés chinois tient à ce que tout l'intérieur des cellules, avant que l'émail y soit versé, est argenté: les arêtes extérieures étant dorées après la finition de la pièce.  ...

« Demain, n'est-ce pas, à quatre heures? »

Samedi 17 janvier.—L'on ne se doute guère de l'héroïsme secret déployé par les suprêmes élégantes de Paris. Le besoin qu'elles ont d'être toujours en vue, sous peine d'oubli du public, leur fait traiter la maladie, la mort avec des dédains et des mépris sublimes de légèreté et de hauteur. Mme X… était, il y a huit jours, à la représentation de FORT-EN-GUEULE, et la salle, à la voir toute charmante et toute souriante, ne pensait guère, que lorsque les yeux de cette femme regardaient dans sa jumelle, ils ne voyaient pas ce qui se jouait sur la scène, mais qu'ils voyaient les affreux instruments d'acier, les bistouris impitoyables qui allaient la déchirer, le lendemain matin, et lui faire, pour la septième fois, l'opération des glandes cancéreuses. Remontée dans sa voiture, elle jetait à un ami: « Demain, n'est-ce pas, à quatre heures? » voulant que le lendemain ressemblât à ses autres jours de femme à la mode.   Hier, l'opérée avait un érisypè...
La Révolution a laissé en France beaucoup de religion, mais peu de bienveillance pour ses ministres; et, dès qu'un ecclésiastique veut ajouter l'influence politique à l'influence religieuse, il perd toute considération. On ne le tolère qu'à l'église ou au lit du pauvre; mais, là, on le respecte et le révère. Je ne sais si c'est mieux ou plus mal, mais c'est ainsi que la Révolution nous a faits. Récits d'une tante (Vol. 3 de 4). Mémoires de la Comtesse de Boigne, née d'Osmond.
Mardi 26 mars.—Hugo disait, ces jours-ci, à Burty: « Parler, c'est un effort pour moi, un discours, ça me fatigue comme de faire l'amour trois fois! » Et après un moment de réflexion: « Quatre même! » Journal des Goncourt,  Mémoires de la vie littéraire,  (Deuxième série, deuxième volume).
"Comme ce qu'elle a toujours aimé le mieux c'est l'argent, elle suppose que Dieu partage ce goût. Lorsqu'elle souhaite quelque chose, elle s'en va au pied des autels et promet au bon Dieu une somme plus ou moins forte selon l'importance de l'objet. Si son vœu est exaucé, elle paie consciencieusement; mais aussi elle ne donne rien lorsqu'elle n'a pas réussi." Récits d'une tante (Vol. 3 de 4) Mémoires de la Comtesse de Boigne, née d'Osmond by Louise-Eléonore-Charlotte-Adélaide d'Osmond Boigne
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"Car lire en mangeant fut toujours ma fantaisie, au défaut d’un tête-à-tête. C’est le supplément de la société qui me manque. Je dévore alternativement une page et un morceau : c’est comme si mon livre dînait avec moi." Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions

"dix, quinze minutes, voilà ma vie."

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Je suis parvenu à la conviction que quelles que soient les conneries que l'on puisse faire sur le plan pédagogique, il y a des valeurs qui font le carat, qui résistent. Elles peuvent rester sous terre pendant quarante, cinquante ans. Mais aussitôt qu'on leur donne de l'air, elles sont là. Une chose qui me touche beaucoup dans le monde slave, c'est une forme de piété candide, innocente, assez sonore aussi. Aussitôt qu'avec l'effet Gorbatchev on a réouvert les églises, le chant choral, la dévotion aux icônes et cette folie d'allumer des cierges à tout propos sont revenus. Parce que ce sont de bonnes choses. C'est comme les tranches géologiques. Il y a des reliefs durs qui survivent et des reliefs molassiques qui s'érodent. C'est pourquoi tous ces problèmes d'identité, qu'on chérit et qu'on évoque si souvent maintenant, me paraissent une véritable tarte à la crème. Parce que de deux choses l'une : ou bien on a une identité authe...

Le vicaire amoureux

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Le temps des ordinations étant venu, M. Gâtier s’en retourna diacre dans sa province. Il emporta mes regrets, mon attachement, ma reconnaissance. Je fis pour lui des vœux qui n’ont pas été plus exaucés que ceux que j’ai faits pour moi-même. Quelques années après j’appris qu’étant vicaire dans une paroisse, il avait fait un enfant à une fille, la seule dont, avec un cœur très tendre, il eût jamais été amoureux. Ce fut un scandale effroyable dans un diocèse administré très sévèrement. Les prêtres, en bonne règle, ne doivent faire des enfants qu’à des femmes mariées. Pour avoir manqué à cette règle, il fut mis en prison, diffamé, chassé. Les Confessions , Rousseau.

Aria

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My grandmother liked to tell this story. "The evening you were born, I looked out at the sky over Shangai. The setting sun was breaking through the clouds. I had never seen such a beautiful sunset. I remember thinking that your life would be a resplendent tapestry, just like that palette of reds. I was sure of it." This book is made up of thirty chapters – like the thirty variations in Bach's masterwork, the Goldberg Variations. Thirty chapters plus an opening and closing aria, bringing the world full circle like time's continuum – like the wheel of life.   I am often asked how a Chinese woman, brought up in such a distant cultural milieu, can play Bach. My hope is that after having read this book, the reader will understand and above all, have the desire to listen, or relisten, to Bach. I also hope that he or she will have the desire to read or reread Laozi, the great Chinese philosopher.   For these two sages are very much alike, and their two ...

Privilèges de la vie des cardinaux

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Armand Gaston Maximilien de Rohan, par Rigaud Un cardinal est en droit de passer sa vie au jeu, à la bonne chère, et avec les dames les plus jeunes et les plus jolies ; d'avoir sa maison pleine de monde pour le rendez-vous et la commodité des autres, de leurs amusements, de leurs plaisirs, et pour le centre des siens ; d'y donner des bals et des fêtes, et d'y étaler tout le luxe et la splendeur en tout genre qui peut flatter ; surtout de n'entendre plus parler de livres, d'étude, de rien d'écclésiastique ; d'aller régner dans son diocèse sans s'en mêler, de n'être pas seulement importuné par ses grands vicaires, ni par le valet sacré et mitré payé pour imposer les mains, et d'y vivre sans inquiétude dans un palais à la campagne, au milieu d'une cour comme un souverain, parmi le jeu, les dames et les plaisirs, pleinement affranchi, là comme à Paris et à la cour, de toute bienséance. Ce n'est pas que nos cardinaux vécussent tous de la sorte...

"Les gendres en sont-il aussi ?"

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Marie Victoire Sophie de Noailles marquise de Gondrin puis comtesse de Toulouse et duchesse de Penthièvre Chantilly, Musée Condé D'Antin perdit Gondrin, son fils aîné, qui laissa des enfants d'une soeur du duc de Noailles, qui longtemps après se remaria au comte de Toulouse. Elle fut si affligée, qu'elle en tomba malade au point qu'on lui apporta les sacrements. Toute sa famille y était présente, et la maréchale de Noailles sa mère, qui l'aimait passionnément, était fondue en larmes au pied de son lit, qui priait Dieu à genoux, tout haut et de tout son coeur, et qui dans l'excès de sa douleur s'offrait elle-même à lui, et tous ses enfants, si il les voulait prendre. La Vallière, qui était là aussi à quelque distance, et qui l'entendit, se leva doucement, alla à elle, et lui dit tout haut d'un air fort pitoyable : "Madame, les gendres en sont-il aussi ?" Personne de ce qui y était ne put résister à l'éclat de rire qui les prit tous, et ...

M. de Bouillon

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"Mme de Bouillon, qui fit réflexion à ce que je lui avais dit cinquante fois, des inconvénients qu'il y avait à ne pas engager pleinement et entièrement le Parlement, s'écria en se jetant sur le lit de monsieur son mari : "Ah ! qui l'eût dit ? Y avez-vous seulement jamais pensé ? - Non, Madame, lui répondis-je, je n'ai pas cru que le Parlement pût faire la paix aujourd'hui ; mais j'ai cru, comme bien savez, qu'il la ferait très mal si nous le laissions faire : il ne m'a trompé qu'au temps." M. de Bouillon prit la parole : "Il ne l'a que trop dit, il ne nous l'a que trop prédit ; nous avons fait la faute tout entière." Je vous confesse que ce mot de M. de Bouillon m'inspira une nouvelle espèce de respect pour lui ; car il est, à mon sens, d'un plus grand homme de savoir avouer sa faute que de savoir ne la pas faire." "L'un des plus grands défauts des hommes est qu'ils cherchent presque toujo...

Le duc de Beaufort

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"J'avais orné de mille belles couleurs une entreprise que le Cardinal avait fait faire sur lui par Du Hamel. Montrésor, qui l'informait avec exactitude des obligations qu'il m'avait, avait mis toutes les dispositions nécessaires pour une grande union entre nous. Vous croyez aisément qu'elle ne lui était pas désavantageuse en l'état où j'étais dans le parti ; et elle m'était comme nécessaire, parce que ma profession pouvant m'embarrasser en mille rencontres, j'avais besoin d'un homme que je pusse, dans les conjonctures, mettre devant moi. Le maréchal de La Mothe était si dépendant de M. de Longueville, que je ne m'en pouvais pas répondre. M. de Bouillon n'était pas un sujet à être gouverné. Il me fallait un fantôme, mais il ne me fallait qu'un fantôme ; et par bonheur pour moi, il se trouva que ce fantôme fut petit-fils d'Henri le grand ; qu'il parla comme on parle aux Halles, ce qui n'est pas ordinaire aux enfants...

Le je ne sais quoi de La Rochefoucauld

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Réponse du berger à la bergère, le portrait de La Rochefoucauld par Retz, qui use d'emblée du "je ne sais quoi" cher à Jankélévitch. Le même usage en avait été fait par Retz au sujet de Richelieu : "Il était bon ami, il eût même souhaité être aimé du public ; mais quoiqu'il eût la civilité, l'extérieur et beaucoup d'autres parties propres à cet effet, il n'en eut jamais le je ne sais quoi, qui est encore, en cette matière, plus requis qu'en toute autre." La note indique que le je ne sais quoi est une "expression très employée au XVII° siècle, surtout dans les milieux précieux, pour désigner des attributs indéfinissables, échappant à la terminologie psychologique en usage. "Il est plus aisé de le sentir que de le connaître, dit le P. Bouhours ; sa nature est d'être incompréhensible et inexplicable." "Il y a toujours eu du je ne sais quoi en tout M. de La Rochefoucauld. Il a voulu se mêler d'intrigue, dès son enfance...

"Je ne faisais pas le dévôt parce que je ne pouvais m'assurer que je puisse durer à le contrefaire."

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"Je ne faisais pas le dévôt parce que je ne pouvais m'assurer que je puisse durer à le contrefaire ; mais j'estimais beaucoup les dévôts ; et, à leur égard, c'est un des plus grands points de la piété. J'accomodais même mes plaisirs au reste de ma pratique. Je ne me pouvais passer de galanterie ; mais je la fis avec Mme de Pommereux, jeune et coquette, mais de la manière qui me convenait ; parce qu'ayant toute la jeunesse, non pas seulement chez elle, mais à ses oreilles, les apparentes affaires des autres couvraient la mienne, qui était, ou du moins qui fut quelques temps après plus effective. Enfin ma conduite me réussit, et au point qu'en vérité je fus fort à la mode parmi les gens de ma profession, et que les dévôts mêmes disaient, après M. Vincent, qui m'avait appliqué ce mot de l'Evangile : que je n'avais pas assez de piété, mais que je n'étais pas trop éloigné du royaume de Dieu." "le Roi mourut. M. de Beaufort, qui étai...

"La comète me fait trop d'honneur"

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"Nous avons ici une comète qui est bien étendue aussi ; c'est la plus belle queue qu'il est possible de voir. Tous les grands personnages sont alarmés, et croient fermement que le ciel, bien occupé de leur perte, en donne des avertissements par cette comète. On dit fadement au cardinal Mazarin qu'il y avait une grande comète qui paraissait ; il était alors désespéré des médecins, et ses courtisans crurent qu'il fallait honorer son agonie d'un prodige dont il eut l'esprit de se moquer, et répondit plaisamment : "La comète me fait trop d'honneur." En vérité, on devrait en dire autant que lui, et l'orgueil humain se fait trop d'honneur de croire qu'il y ait de grandes affaires dans les astres quand on doit mourir." De Mme de Sévigné à Bussy-Rabutin, 8 janvier 1681. Mot plaisant de Bussy sur la manie qu'ont les anciennes maîtresses du roi de mourir au couvent : "Si ce temps dure, un chemin sûr aux belles filles pour ...

De la mort

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"Le fils de Mme de Valençay, si malhonnête homme, est mort de maladie comme il les allait tous plaider. Sa mort réjouit tout le monde ; il me semble qu'on n'a point accoutumé de mourir quand tant de gens le souhaitent." (5 mars 1680). Mort obsédante, prise légère, gravement, douloureusement, toujours là, familière, frappant jeunes autant que vieillards, faisant de chaque nourrisson un "ange en sursis" et de chaque accouchée l'équivalent d'un mousquetaire qui va au feu ; au rebours de nos contemporains, les gens du XVII° ne s'étonnent pas de l'âge à laquelle survient la mort, mais de la façon dont elle survient, de sa soudaineté, et plus encore si le défunt a échappé aux sacrements. "Un M. du Rivaux de Beauveau, grande maison, jeune et joli, qui avait donné dans la vue d'une fille de Mme de Montglas qui est en religion, enfin devant, après plusieurs embarras, trop long à vous dire, l'épouser Jeudi gras, il eut la fiè...

Embarras de carrosses

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29 novembre 1679, à la comtesse de Grignan : "J'ai été à cette noce de Melle de Louvois. Que vous dirais-je ? Magnificence, illustration, toute la France, habits rabattus et rebrochés d'or, pierreries, brasiers de feu et de fleurs, embarras de carrosses, cris dans la rue, flambeaux allumés, reculements et gens roués ; enfin le tourbillon, la dissipation, les demandes sans réponses, les compliments sans savoir ce que l'on dit, les civilités sans savoir à qui l'on parle, les pieds entortillés dans les queues. Du milieu de tout cela, il sortit quelques questions de votre santé, où, ne m'étant pas assez pressée de répondre, ceux qui les faisaient sont demeurés dans l'ignorance et dans l'indifférence de ce qui en est : ô vanité des vanités ! Cette belle petite de Monchy a la petite vérole ; on pourrait encore dire : ô vanité ! " Lettres de Mme de Sévigné.

De l'honnête et du galant homme

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Corbinelli, le 27 février 1679, à Bussy-Rabutin : "Je me suis mis dans la tête d'avoir des idées fixes et claires d'un grand nombre de choses dont on parle sans les entendre. Je ne puis plus souffrir qu'on dise qu'un tel est honnête homme, et que l'un conçoive sous ce terme une chose, et l'autre une autre. Je veux qu'on ait une idée particulière de ce qu'on nomme le galant homme, l'homme de bien, l'homme d'honneur, l'honnête homme, qu'on sache ce que c'est que le goût, le bon sens, le jugement, le discernement, l'esprit, la raison, la délicatesse, l'honnêteté, la politesse, la civilité. Or de la façon que vous vous y prenez, Monsieur, vous êtes mon homme, et Mme de Coligny celle qu'il me faut." Réponse de Bussy-Rabutin, le 6 mars 1679 : " Honnête homme est un homme poli et qui sait vivre. Homme de bien regarde la religion. Galant homme est une qualité partculière qui regarde la franchise et la généros...