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Affichage des articles associés au libellé Plotin

La mémoire, c'est ce que l'on a perdu

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Dante Gabriel Rossetti, 1877-1881, Delaware Art Museum C'est bien connu, le désir, c'est ce que l'on ne possède pas. De même, pour Plotin, la mémoire découle de la distance, de l'exil, de la perte, c'est-à dire de tout ce qui fait le passé. L'exil et la distance engendre la mémoire autant que l'oubli. Il n'y a pas de mémoire pour les âmes immobiles. 6. On doit donc dire que ce n'est qu'aux âmes qui changent de place et d'état qu'appartient la mémoire; car c'est de choses qui se sont produites et qui se sont passées qu'il y a mémoire. En revanche, les âmes auxquelles il appartient de rester dans la même place et dans le même état, de quoi auraient-elles bien à se souvenir ? (…). 7. – Mais quoi ? Elles ne se souviendront pas qu'elles ont vu le dieu ? _ Il faut plutôt dire qu'elles ne cessent de le voir. Et tant qu'elles le voient, il ne leur est sans doute pas possible de dire qu'elles l'ont vu. C...

De l'âme, des corps, du destin, du raisonnement

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12. Et les âmes humaines qui aperçoivent leur image, comme si c'était dans le miroir de Dionysos, viennent s'installer ici après s'être précipitées de là-haut, sans pour autant être aucunement séparées du principe qui est le leur, l'Intellect. Car elles ne sont pas venues avec l'Intellect : en réalité, elles sont allées jusqu'à [5] la terre, mais leur tête est restée solidement fixées en haut dans le ciel. Elles sont descendues plus bas, parce que leur partie intermédiaire était obligée de prodiguer leurs soins à ce jusqu'à quoi elles s'étaient portées, et qui avait besoin de soins. Mais Zeus le père, compatissant à la souffrance de ces êtres, rend mortels les liens qui les font souffrir et leur accorde des périodes de repos en les rendant libres de corps pendant certaines périodes de temps [10], pour leur permettre à elles aussi de se retrouver là-bas où reste toujours l'âme du monde qui, elle, ne se tourne en aucune façon vers les choses d'ici-...

Comme un filet jeté dans l'eau...

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photo kwilliams Quand Plotin dit qu'"à aucun moment le monde ne s'est trouvé dépourvu d'âme", je me demande dans quelle mesure les chiites ont plus tard repris, ou redéfini si l'on veut, la même formule : en disant : Jamais le monde (ou la terre) n'est privé de son Imam . En fait, c'est sur l'âme de l'univers qu'il convient sans aucun doute de s'interroger en premier lieu; ou plutôt c'est une nécessité de procéder ainsi. Mais il faut bien comprendre que les termes "entrée" et "animation" sont utilisés dans cet exposé [15] dans un but d'enseignement et de clarté. En effet, à aucun moment le monde ne s'est trouvé dépourvu d'âme, à aucun moment non plus la matière ne s'est trouvée privée d'ordre. En revanche, dans le cadre d'un exposé, il est possible de concevoir l'âme et le corps en les séparant l'un de l'autre; il est permis dans le discours [20] et par la pensée d...

Sur les difficultés relatives à l'âme

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Comme tous les incorporels, c'est seulement quand elle le souhaite que l'âme s'incline vers un corps. Contrairement aux gnostiques, Plotin estime que la production de la matière ne peut être la conséquence d'une faute, et que l'âme ne saurait commettre une faute que sous l'influence de la matière. Il n'est pas concevable que la matière puisse se trouver "à l'écart" de la puissance divine, dont elle est un produit nécessaire. Bref, pour Plotin, l'âme engendre la matière et la configure, sans commettre de faute : c'est dans l'innocence que l'âme engendre la matière, et cette dernière est toujours recouverte d'une trace de l'âme. Beit Alpha, VIº siècle La providence divine, (qui correspond grosso modo à l'activité de l'âme du monde) détermine le cadre rationnel général du devenir, sans toutefois intervenir directement dans la moindre action. Il convient donc de distinguer prudemment causes lointaines et causes proc...

Les rois déraisonnables deviennent des aigles

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J. Glover - Atlanta, Georgia Et sous beaucoup de rapports, les hommes peuvent être considérés comme des plantes : ils ont en effet un corps qui croît et qui engendre. Toutes ces parties agissent donc simultanément, mais c'est par la partie la meilleure que la forme de l'ensemble est "homme". Mais quand l'âme quitte le corps, elle devient celle de ses parties qu'elle a développée le plus. C'est pourquoi il faur "fuir vers le haut" pour éviter de descendre au niveau de l'âme sensitive en nous laissant conduire par le désir d'engendrer et par un attachement excessif pour la bonne chère, dans le but, au contraire, de parvenir au niveau de ce qui est intelligent, de l'Intellect et de Dieu. Tous ceux, donc, qui ont préservé "l'homme" redeviennent des hommes en une autre existence. Ceux, par contre, qui n'ont vécu que par la sensation deviennent des animaux. Mais si aux sensations se joignent l'irascibilité, ils...

Car l'enseignement ne peut indiquer que la route et le chemin

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photo : batega Mais quand l'âme veut voir par elle-même, alors, parce qu'elle ne peut voir qu'en s'unissant avec ce qu'elle pense, et qu'elle est une si elle est une avec lui, elle ne croit pas encore avoir ce qu'elle cherche, car elle n'est pas différente de lui. Cependant, c'est bien ainsi que doit faire celui qui entend philosopher sur l'unité. Comment Le voir ? A l'opposé de l'anéantissement de soi (le fan'a des soufis) il s'agit de se rassembler, de retrouver son unité éparpillée, en se délestant au cours de son ascension de tout ce qui n'est pas Lui, et la Beauté, faisant partie des sensibles, en fait partie. Contrairement à Ruzbehan (et bien d'autres) la Beauté vient de l'Un mais n'y ramène pas, pas plus que la raison ou la "science". Elle ne guide même pas. L'aporie naît surtout parce que notre saisie de l'Un ne se fait ni au moyen de la science ni au moyen de l'inte...

Sur le Bien ou l'Un

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Victoire de l'amour sacré sur l'amour profane François Duquesnoy 1630, Galerie Spada, Rome. Aucun prophète juif, à ma connaissance, ni le Christ, ni Muhammad n'ont enseigné la recherche de l'union et la connaissance extatique de soi par le divin. Plotin est peut-être le père de toute la mystique occidentale. Plotin souligne avec insistance combien tout discours sur l'Un se révèle être d'abord un discours sur nous-mêmes : parlant de l'Un, ce n'est pas lui que nous désignons mais bien plutôt nos propres affections, que nous cherchons à exprimer en paroles lorsque nous percevons les effets de son action. Il ne s'agit donc pas d'une véritable "description" de l'Un, mais bien plutôt d'une "exhortation" qui doit en quelque sorte conduire jusqu'à lui, d'un "enseignement" qui doit "indiquer la route et le chemin" qui y remontent. Sur l'âme amoureuse de sa source, plus encore que de sa moitié per...

Que la Création est un acte de générosité

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Si le Premier est parfait, qu'il est la plus parfaite de toutes les choses, et qu'il est la première [25] puissance, il doit être la chose la plus puissante de celles qui existent, et les autres puissances doivent l'imiter autant qu'elles le peuvent. Or, dès que n'importe laquelle des autres choses atteint sa perfection, nous constatons qu'elle engendre, c'est-à-dire qu'elle ne supporte plus de demeurer en elle-même, mais qu'elle produit une chose différente. (...) Comment alors ce qui est le plus parfait, le bien premier, [35] demeurerait-il en lui-même, comme s'il était avare de lui-même et comme s'il était dépourvu de puissance ? Je ne sais pas pourquoi, mais j'aime cette idée, presque un paradoxe, que la perfection suprême mène à une incapacité, presque un manque : ne plus supporter de "demeurer en soi-même," ne plus supporter de jouir seul de soi, "avare de soi-même", et qu'il faut alors laisser échap...

Slendeurs et misères de la matière

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Ribera, 1642, Louvre. 14. Quoi donc ? S'il n'y avait pas de matière, rien n'existerait ? - Non, de même qu'il n'y aurait pas de reflet, s'il n'y avait pas de miroir ou de surface de cette sorte. Ce, en effet, dont la nature est de venir à l'être si cette autre chose n'existe pas ; telle est en effet la nature d'une image qui ne peut exister qu'en autre chose. Assurément si quelque chose s'échappait [5] des êtres producteurs, cela existerait sans en être autre chose. Mais puisque les réalités de là-bas demeurent en elles-mêmes, puisqu'elles connaissent une manifestation d'elles en autre chose, il faut qu'il existe un autre terme qui leur serve de "siège", sans qu'elles y viennent vraiment. Cet autre terme, par sa présence et son audace, son état en quelque sorte de mendicité et de pauvreté, manifeste une sorte de violence en tentant de saisir quelque chose, et de trahison en ne saisissant rien, de te...

Vice, vertu et harmonie

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Donatello, 1447-50, basilique Saint-Antoine de Padoue En disant que la vertu est une harmonie et le vice un manque d'harmonie, ne soutiendrons-nous pas une opinion acceptée des anciens et, surtout, un raisonnement nous faisant avancer insensiblement vers ce que nous recherchons ? Si en effet la vertu n'est que l'accord des parties de l'âme les unes avec les autres, accord conforme à la nature, et que le vice [10] manque de cette harmonie, il n'y aura rien qui vient s'ajouter, ni qui vient d'autre chose, mais chaque partie vient en quelque sorte, telle qu'elle est, s'ajouter aux autres, et elle n'y vient pas, quand l'harmonie fait défaut. C'est comme des choreutes qui dansent et qui chantent ensemble, même si c'est à tour de rôle, chacun chantant alors que les autres se taisent, [15] et chacun chantant sa partie ; il faut non seulement chanter ensemble, mais encore que chacun chante sa partie avec le talent requis en chantant avec son...

S'intelliger soi-même : devenir deux, bien qu'étant un

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1. Il faut distinguer deux cas : lorsqu'une chose en intellige une autre, et lorsqu'une chose s'intellige elle-même, ce qui s'écarte déjà plus de la dualité. Dans le premier cas mentionné, ce qui intellige veut aussi s'intelliger soi-même, mais il en est moins capable. Car il possède en lui-même ce qu'il voit, mais cet objet est néanmoins autre que lui. Dans le second cas, en revanche, ce qui intellige n'est pas séparé [5] réellement de son objet, mais, uni à lui, il se voit lui même. Il devient donc deux, bien qu'étant un. Par conséquent il intellige plus véritablement parce qu'il possède ce qu'il intellige, et il intellige en premier, parce que ce qui intellige doit à la fois être un et double. Car s'il n'est pas un, autre sera ce qui intellige, autre ce qui est intelligé. Il ne sera donc pas ce qui intellige en premier, parce que s'il reçoit son intellection d'autre chose, il ne peut être ce qui intellige en premier ; [10] ce ...

"La chance d'avoir eu les cheveux tirés par Athéna elle-même"

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Jastrow (2005) Plotin eut quelques extases mystiques où il rejoignit l'être (il y a les extases mystiques des amoureux et celles des philosophes qui en profitent pour vérifier leur système, parce qu'un philosophe ne perd jamais le nord). Il donne à cet essor de soi un nom savoureux : avoir eu les cheveux tirés par Athéna (dans les cas où le distrait refuse obstinément de se tourner vers le seul visage) : 7. Nous-mêmes et ce qui est nôtre remontons en effet vers l'être, et nous nous élevons vers l'Un et son premier rejeton, et nous intelligeons les intelligibles, sans passer par des images ou des empreintes d'eux ; si tel n'est pas le cas, c'est que nous devenons les intelligibles. Si donc nous avons part à la connaissance véritable, [5] nous sommes les intelligibles ; nous ne les recevons pas, mais nous sommes en eux. Et puisque les autres aussi, et pas seulement nous, devenons les intelligibles, nous devenons les intelligibles tous autant que...

De l'Âme et des corps : Plotin

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Plotin défend l'idée selon laquelle plusieurs âmes peuvent provenir d'une seule et même âme. En vertu de son incorporéité, une âme unique peut se trouver en plusieurs choses à la fois. Cette unité reste en elle-même, mais une pluralité naît d'elle. chaque corps s'avance vers l'âme et reçoit d'elle la part d'intelligible qu'il est en mesure de supporter. Plotin introduit ici un axiome capital tant pour sa théorie de la participation que pour toute sa doctrine de la procession : ce qui participe d'une chose ne peut recevoir qu'imparfaitement la puissance de son modèle et n'en reçoit que ce qu'il peut en prendre. (Comme dit Eckhart dans le commentaire au Grain de sénevé : Le Premier être au contraire laisse ruisseler ses bontés sur toutes choses en un seul et unique flot.Si elles se distinguent ensuite, cela tient à la qualité des récepteurs.) L'Âme n'est donc pas responsable de la division des corps : ce sont les corps qui s'app...

Sur le Destin

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Où l'on apprend que l'âme des grands philosophes déjoue le vaudou... J'aime cette idée qu'une belle âme renvoie les sorts comme un boomerang magique dans la tronche de l'envieux. "L'un de ceux qui voulait passer pour philosophe, Olympius d'Alexandrie, qui fut un temps l'élève d'Ammonius, eut à l'égard de Plotin une attitude méprisante parce qu'il briguait la première place ; il en vint même à l'attaquer, si vivement qu'il ambitionnait de précipiter sur lui, par des pratiques magiques, l'influence des astres (astrobolêsai). Mais, sentant que l'entreprise se retournait contre lui-même, il dit à ses familiers que si grande était la puissance de l'âme de Plotin qu'il pouvait détourner les attaques dirigées contre lui sur ceux qui entreprenaient de lui faire du mal. Plotin cependant ressentait l'agression d'Olympius, disant qu'à ce moment-là son corps était contracté "comme la bourse que l'on resse...

Sur l'immortalité de l'âme

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Porphyre parle de la douceur de Plotin, de sa bonté, par exemple quand il hérite du tutorat d'enfants de la noblesse romaine, confiés à lui par leurs parents avant de mourir : "Porphyre décrit Plotin en véritable intendant, vérifiant les comptes des enfants dont il était le tuteur, allant jusqu'à faire réciter leurs leçons à certains d'entre eux, intervenant lors d'incidents domestiques ou répondant encore à des demandes d'arbitrage. Le disciple évoque le souvenir d'un homme attentionné : Il était doux, à la disposition de tous ceux qui, d'une façon ou d'une autre, se sont trouvés en relation avec lui." (9. 18-20). Il y a, à la fin du traité démonstratif de Plotin sur l'immortalité de l'âme, un ajout qui détonne, un mot de la fin à l'usage de ceux qui ne philosophent pas, qui est comme une conclusion bénigne, rassurante, et qui, je ne sais trop en quoi, éclaire la gentillesse simple de Plotin : "15. Eh bien, nous avons dit ce q...