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Articles

Affichage des articles du juin, 2010

The Marriage of Heaven and Hell

Eternity is in love with the productions of time.The hours of folly are measur'd by the clock, but of wisdom: no clock can measure.Prisons are built with stones of Law, Brothels with bricks of Religion.

Think in the morning. Act in the noon. Eat in the evening. Sleep in the night.
 


Die Meistersinger von Nürnberg

Hebdomada XII per annum

J'écoute l'évangile de Jean lu par Delay dans mon ipod. Pas en boucle, mais les mp3 au hasard. Comme je suis énervée en ce moment, je suis aussi énervée par le Christ et je trouve que tout ça radote. En même temps, croisé ce matin une fille assez forte, une jambe en moins, l'autre courtaude et violacée, en fauteuil roulant. Les cheveux gras, quelque chose de pauvre et de délaissé. J'ai eu honte et j'ai baissé la tête et dis pardon. Je voyais mon reflet dans la glace. J'ai peut-être 20 ans de plus qu'elle, qui sait, ou 15, je regardais mes jambes longues, élancées, ma silhouette et cette jolie petite gueule au-dessus. Et de quoi je me plains ?
En même temps, toujours eu ce sentiment d'être chouchoutée, protégée, "aimée des Anges", comme on dorlote un pur-sang de course qui doit aller plus vite, plus fort que les autres, de toute la puissance de sa fragilité dorlotée. Je ne sais même pas pour quel trophée je suis sur la piste d'entraînement, …

"tout le reste est littérature"

La rhétorique introduit dans la signification à laquelle elle aboutit une certaine beauté, une certaine élévation, une certaine noblesse et une expressivité qui s'impose indépendamment de sa vérité ; plus encore que le vraisemblable, cette beauté – que nous appelons effet d'éloquence – séduit l'auditeur. Aristote insistait déjà sur cet embellissement et cet anoblissement par la métaphore. Traits qui étaient précisément essentiels là où la persuasion importait par-dessus tout, où il s'agissait de convaincre des votants : au tribunal, sur la place publique, dans les concours, lieux auxquels précisément les sophistes préparaient leurs élèves payants. Mais ces lieux des discours n'étaient-ils pas dans la société antique séparée d'une vie qui se réservait privée ? Sans doute, de notre temps, les effets d'éloquence entrent-ils partout et commandent-ils toute notre vie. On n'a peut-être pas besoin de dérouler ici toute la sociologie de notre société industrie…

Zia Mohiuddin Dagar

Hebdomada XI per annum

Mon morceau préféré de Reich : Different trains, et même une de mes musiques préférées, parfois. Je ne sais pourquoi, comme une ode magnifique au XXe s. À la fois épouvantable et superbe.
*
Rêvé que je rempotais l'arbuste qui est chez moi (dont j'ignore le nom mais qui profite). En le sortant de terre, je découvrais qu'il ne tenait presque plus à la base de sa racine, trop frêle, pour un arbre aussi lourd. Il en était presque détaché. Je me disais (ou "on" me soufflait, toujours cette guidance intérieure des rêves) qu'en le détachant totalement et en replantant le tronc, tel quel, en pleine terre, il repartirait. 
Je me suis dit en me réveillant qu'il fallait sans doute que je me détache de quelque chose (passé ? mode de croissance), pour pousser toute seule à présent.
*

Assisté ce matin à une éclosion de pigeonneaux quasi en direct. Le jumeau ne devrait pas tarder non plus. C'est une crèche à piaf, cette fenêtre. J'aime l'air singulièrement sonné,…

Apostille au Nom de la Rose

J'ai commencé à écrire en mars 1978, mû par une idée séminale. J'avais envie d'empoisonner un moine. * Comme je l'ai dit dans certaines interviews, je ne connais le présent qu'à travers mon écran de télévision tandis que j'ai une connaissance directe du Moyen Age. Quand, à la campagne, nous allumions des feux dans les prés, ma femme m'accusait de ne pas savoir regarder les étincelles qui s'élevaient au milieu des arbres et voletaient le long des fils de lumière. Lorsque, ensuite, elle a lu le chapitre sur l'incendie, elle m'a dit : "Mais alors, les étincelles, tu les regardais !" J'ai répondu : "Non, mais je savais comment un moine du Moyen Age les aurait vues." * J'ai découvert qu'un roman n'a rien à voir, en première instance, avec les mots. Écrire un roman, c'est affaire de cosmologie, comme l'histoire que raconte la Genèse (il faut bien se choisir des modèles, disait Woody Allen).
* Quand j'ai…

Quasi una fantasia

Hebdomada X per annum

Rêvé que je jouais du cor, un cor anglais je crois. C'est-à-dire que l'on me mettait un cor en main, enfin autour de la taille, et je découvrais que je savais en jouer. C'est un rêve qui revient souvent, avec divers instruments. Toujours, je proteste que je ne sais pas jouer, et l'"on" insiste et finalement je découvre que je peux jouer. Minoutchehr, à qui j'avais raconté un de ces rêves, un jour, m'a dit que c'était un peu comme Muhammad à qui Gabriel tend le Coran à lire et lui de protester qu'il ne sait pas lire. Mais si, lis !
*

Mis en bannière d'été cette photo de The Taste of Tea, qui me trotte en tête depuis des jours. Ce matin, j'ai compris, ce n'est pas tant pour le thé que pour les exercices de la fillette qui réussit ainsi à se débarrasser, avec volonté et obstination, de cet encombrant visage. Comme moi, je peux, je commence à le savoir et à le vouloir, me débarrasser de mes monstres, de mes peurs, de mes doutes, et je pe…

Racisme et prison des corps

C'est à une société qui perd le contact vivant de son vrai idéal de liberté pour en accepter les formes dégénérées et qui, ne voyant pas ce que cet idéal exige d'effort, se réjouit surtout de ce qu'il apporte de commodité – c'est à une société dans un tel état que l'idéal germanique apparaît comme une promesse de sincérité et d'authenticité. L'homme ne se trouve plus devant un monde d'idées où il peut choisir par une décision souveraine de sa libre raison sa vérité à lui – il est d'ores et déjà lié avec certaines d'entre elles, comme il est lié de par sa naissance avec tous ceux qui sont de son sang. Il ne peut plus jouer avec l'idée, car sortie de son être concret, ancrée dans sa chair et dans son sang, elle en conserve le sérieux. Enchaîné à son corps, l'homme se voit refuser le pouvoir d'échapper à soi-même. La vérité n'est plus pour lui la contemplation d'un spectacle étranger – elle consiste dans un drame dont l'hom…

Liberté et eucharistie

Aux Atrides qui se débattent sous l'étreinte d'un passé, le christianisme oppose un drame mystique. La Croix affranchit ; et par l'Eucharistie qui triomphe du temps cet affranchissement est de chaque jour. Le salut que le christianisme veut apporter vaut par la promesse de recommencer le définitif que l'écoulement des instants accomplit, de dépasser la contradiction absolue d'un passé subordonné au présent, d'un passé toujours en cause, toujours remis en question.
Par là, il proclame la liberté, par là il la rend possible dans toute sa plénitude. Non seulement le choix de la destinée est libre. Le choix accompli ne devient pas une chaîne. L'homme conserve la possibilité – surnaturelle, certes, mais saisissable, mais concrète – de résilier le contrat par lequel il s'est librement engagé. Il peut recouvrer à chaque instant sa nudité des premiers jours de la création. La reconquête n'est pas facile. Elle peut échouer. Elle n'est pas l'effet du…

Hebdomada IX per annum

Je relis Le Grand Hiver avec bonheur. Comme La Montagne magique, comme Mensonge et sortilège ou Guerre et Paix. Des romans amples, que je relis longuement, et que je laisse de côté longuement aussi, pour le bonheur de les retrouver ensuite, après des années, ces personnages, comme des lieux de vacances ou des rencontres que j'avais appréciées, "ah ça fait du bien de se revoir !" avant de repartir. Les étapes des nomades. Cela ne me le fait qu'avec les pavés, cela dit. Comme en voyage, les étapes qui m'ont le plus profité sont celles où j'ai pris le temps de m'arrêter, en pause ; alors ce ne sont pas forcément les villes les plus belles qui pénètrent jusqu'à l'âme.
Et puis j'ai toujours aimé Kadaré. Je me demande pourquoi, d'ailleurs, cette affinité avec les écrivains des mondes totalitaires ou des dictatures bureaucratiques, mais je m'y sens toujours chez moi. Je les comprends. Certes, la Turquie m'y a beaucoup formée, l'État …

Les structures narratives chez Fleming

Après m'avoir donné envie de lire Les Mystères de Paris, Umberto Eco me fait presque saliver devant la lecture des James Bond, il est doué, ce type...



Richard Chopping
Dans Opération Tonnerre, la description de la cure naturiste suivie par Bond en clinique occupe un quart du volume, sans que les événements survenant en ce lieu justifient le fait de s'attarder sur la composition des repas diététiques, la technique des massages ou les bains turcs ; mais le passage le plus déconcertant est celui où Domino Vitali, après avoir raconté sa vie à Bond, au bar du Casino, met cinq pages à décrire, avec une exactitude à la Robe-Grillet, le paquet des cigarettes Players'. Il y a là quelque chose de plus par rapport aux trente pages retraçant dans Entourloupe… les préparatifs et le déroulement de la partie de bridge avec Sir Hugo Drax. Ici, même un suspens indéniablement magistral s'installait, même pour unlecteur ignorant tout des règles de ce jeu ; là, au contraire, le passage es…