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Affichage des articles associés au libellé Veyne

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Dans son introduction à  La Société romaine , qui est une étude sur la "classe moyenne" et notamment ses sources de revenus, Paul Veyne prend en exemple son illustre homonyme (voire saint patron) : Saint Paul, à Tarsem n'était pas un humble tisserand : ce citoyen romain était un industriel. et il cite, en bas de page, W. A. Meeks, (The First Urban Christians, 1983, Yale) : " Paul se prévaut, dans sa Première Épître aux Corinthiens, 4, 12, de gagner sa vie de ses propres mains ; c'est révélateur : un pauvre n'aurait pas pensé que travailler de ses mains méritât une remarque spéciale. Paul avait été formé pour être propriétaire ou manager." De même son entourage : Dans la lointaine colonie latine de Corinthe, saint Paul vit dans un entourage tantôt populaire, tantôt plus bourgeois ; une moitié environ des personnages que ses épîtres nous font connaître appartiennent à la classe moyenne : ils possèdent une maison, ils voyagent,  il...

Entre la culture et la croyance en une vérité, il faut choisir

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Imagination constituante ? Ces mots ne désignent pas une faculté de la psychologie individuelle, mais désignent le fait que chaque époque pense et agit à l'intérieur de cadres arbitraires et inertes (il va sans dire qu'en un même siècle ces programmes peuvent se contredire d'un secteur d'activité à l'autre et ces contradictions seront le plus souvent ignorées). Une fois qu'on est dans un de ces bocaux, il faut du génie pour en sortir et innover ; en revanche, quand le génial changement de bocal est opéré, les enfançons peuvent être socialisés dans les petites classes au nouveau programme. Ils s'en trouvent aussi satisfaits que leurs ancêtres l'étaient du leur et ne voient guère le moyen de s'en sortir, puisqu'ils n'aperçoivent rien au-delà : quand on ne voit pas ce qu'on ne voit pas, on ne voit même pas ce qu'on ne voit pas. À plus forte raison méconnaîtrait-on la forme biscornue de ces limites : on croit habiter dans des frontiè...

Quelques autres vérités : celle du faussaire, celle du philologue

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photo Rajesh Shah . Distinguons donc entre les prétendus faussaires, qui ne font que ce que leurs contemporains trouvent normal, mais qui amusent la postérité, et les faussaires qui le sont aux yeux de leurs contemporains. Pour tirer nos exemples d'animaux plus petits, disons que ce second cas est celui d'un personnage dont il vaut mieux rire que pleurer, d'autant plus qu'il n'a jamais existé, toutes les preuves de sa réalité étant révocables en doute : un imposteur avait pris sa place devant les tribunaux, ses livres avaient été écrits par d'autres et les prétendus témoins oculaires de son existence étaient, soit partiaux, soit victimes d'une hallucination collective ; une fois qu'on sait qu'il n'a pas existé, les écailles tombent des yeux et l'on voit que par conséquent les prétendues preuves de sa réalité sont fausses : il suffisait de n'avoir pas d'idée préconçues. Cet être mythique s'appelait Faurisson. S'il faut e...

Le mythe employé comme "langue de bois"

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Les Grecs avaient une vieille complaisance pour le bene trovato , qui confirme une idée du jeune Nietzsche : il n'y a pas mensonge là où le menteur n'a pas intérêt à mentir ; on ne saurait mentir quand on dit, des valeurs, plus de bien peut-être qu'en toute rigueur on ne devrait. L'hymne homérique à Hermès est une illustration humoristique de ce zèle pieux ; selon le poète, le dieu Hermès, jeune prodige aux mille malices, était à peine sorti du ventre de sa mère qu'il inventait l'art des chansons ; la première composition de ce témoin privilégié consista à raconter les amours de son père et de sa mère. La foule de pèlerins qui entendit pour la première fois la récitation de cet hymne a dû se sentir public complice et applaudir de bon cœur : personne n'était dupe de l'ingénieuse fiction, mais on n'en attendait pas moins d'Hermès et on savait gré au poète d'avoir inventé cette légende. (…) Comparés aux siècles chrétiens ou marxistes...

Sous cette sociologie, un programme implicite de vérité

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musée du Louvre, Denon, v. 180-200, photo Marie-Lan Nguyen . Les Grecs, eux, cherchaient une vérité à travers les mensonges ; ils se demandaient à qui est la faute : elle est à la candeur, à la naïveté, à l' euetheia , car tel était le mot consacré. Par candeur, on prête foi à "ce qui se mêle de faux au fond historique" et ces faussetés qui se sont mêlées au mythe s'appellent le mythôdes . La candeur est le vrai responsable des mensonges ; il y aurait moins de fabulateurs s'il y avait moins de naïfs. L 'antiqua credulitas explique que la plupart des mythes remontent aux époques anciennes. Le mythe est relation de faits vrais, avec, en outre, des légendes, qui se multiplient avec le temps : plus une tradition est ancienne et plus le mythôdes l'encombre et la rend moins digne de foi. Pour les modernes, au contraire, le mythe sera plutôt la relation d'un grand événement, d'où son aspect légendaire. Cet événement est moins altéré par des é...

Répartition sociale du savoir et modalités de croyance

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La modalité de croyance la plus répandue est celle où l'on croit sur la foi d'autrui ; je crois à l'existence de Tokyo, où je ne suis pas encore allé, parce que je ne vois pas quel intérêt auraient les géographes et les agences de voyage à me tromper. Cette modalité peut durer tant que le croyant fait confiance à des professionnels ou qu'il n'existe pas de professionnels qui fassent la loi en la matière ; les Occidentaux, ou du moins ceux d'entre eux qui ne sont pas bactériologistes, croient aux microbes et multiplient les précautions d'asepsie pour la même raison que les Azandé croient aux sorciers et multiplient les précautions magiques contre eux : ils croient de confiance. Pour les contemporains de Pindare ou d'Homère, la vérité se définissait, soit à partie de l'expérience quotidienne, soit à partir du locuteur, qui est loyal ou trompeur ; des affirmations qui restaient étrangères à l'expérience n'étaient ni vraies, ni fausses ; ...

Le leopard chrétien des Dorzé

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Comment peut-on croire à moitié ou croire à des choses contradictoires ? Les enfants croient à la fois que le Père Noël leur apporte des jouets par la cheminée et que ces jouets y sont placés par leurs parents : alors, croient-ils vraiment au Père Noël ? Oui, et la foi des Dorzé n'est pas moins entière ; aux yeux des Éthiopiens, nous dit Dan Sperber, "le léopard est un animal chrétien, qui respecte les jeûnes de l'Église copte, observance qui, en Éthiopie, est le test principal de la religion ; un Dorzé n'en est pas pour autant moins soucieux de protéger son bétail le mercredi et le vendredi, jour de jeûne, et qu'ils mangent tous les jours ; les léopards sont dangereux tous les jours : il le sait d'expérience ; Ils sont chrétiens : la tradition le lui garantit" . (…) Il a fallu reconnaître qu'au lieu de parler de croyances, on devait bel et bien parler de vérités. Et que les vérités étaient-elles même des imaginations. Nous ne nous faiso...