Hebdomada VI per annum

Hier, première journée de jeûne, et premier soir. Comme toujours dans ces cas-là, ce mystérieux grand bien-être, ce bonheur intérieur, comme si je laissais enfin entrer quelqu'un. Je suis calme et gaie. Les temps soi-disant pénitentiels m'enchantent et Noël m'abat.

Aujourd'hui, matin de pré-printemps, dans l'air plus doux et dans le premier chant des merles.

*

Cette nuit, encore une insomnie. Le jeûne me fait ça. Je m'éveille au milieu de la nuit, comme d'hab', mais l'estomac plus allégé que d'habitude je ne peux me rendormir avant l'aube. Je commence à ressentir un léger coup de pompe aussi, légère hypoglycémie des débuts de jeûne, Enfin là, j'ai surtout sommeil.

Au second jour, mal de tête, pas très fort mais constant, faim et fatigue, un peu calmée par de l'eau en abondance et du miel dans le thé. Ça fait toujours ça au début.

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Plus la population augmente en taille et en poids et plus la largeur des sièges de train rétrécit, comme celle des avions.

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Hier, me suis couchée avec toujours ce mal de tête, brièvement dissipé par le repas (saumon-épinards-huile d'olive et riz arrosé de sauce soja). Réveillée vers 5h34, je me sentais tout de suite mieux, reposée et en forme. Ce matin, même pas spécialement envie de manger. Me suis forcée à avaler une tartine de miel. Beark. Ma pénitence, c'est vraiment me sucrer le bec. Là, retrouvé cet état d'énergie et d'euphorie.

Aujourd'hui, encore un jour vert-de-gris, un jour zangarî.

"il semblait jouer à la pénitence pour l'apprendre avant de la pratiquer." Bien moi, ça. Car, comme dit Ramakrishna, "Dieu est mon camarade de jeu, il n'y a ni rime ni raison dans l'univers."

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"Dieu est mon camarade de jeu, il n'y a ni rime ni raison dans l'univers." Si j'ai tant de mal à me représenter Dieu, c'est que cette image de Dieu le Père me gonfle. J'aime mieux encore l'Être inaccessible de Plotin, mais ce dernier ne m'aide pas à me relier au monde. Et je ne supporte pas cette image continuelle d'un Dieu souffrant. Si je ne cesse de dire "Dieu est mon camarade de jeu", je dois assumer : Dieu est un enfant qui, la balle en main, attend patiemment (une éternité) que je veuille bien rentrer dans le jeu et jouer avec lui. Comme l'image finale du Temps retrouvé de Ruiz, ne pas oublier que le but est de redevenir l'enfant jouant sur une plage. Je ne suis pas encore enfant, même si plus très adulte. Je suis à l'adolescence, l'âge ingrat, l'âme boutonneuse et gauche, et un enfant, un "petit" que je regarde avec condescendance, tout occupée de mes affaires sérieuses, ne cesse de "m'importuner", en me disant : "Viens jouer", à intervalles réguliers et crispants (rien de plus crispant qu'un môme qui insiste, fût-il Dieu) ; "Allez, viens jouer".





Commentaires

  1. Pourquoi te casser la tête à Le représenter, l'essentiel c'est de penser à Lui, tout simplement. Il est ce qu'Il est. Bon courage.

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  2. Oui mais moi, j'aime bien me casser la tête, c'est ainsi. Il faudrait me lobotomiser pour avoir la paix. Et puis comment penser à l'impensable, justement ?

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  3. Oui, la nature humaine est ainsi faite. D'ailleurs, s'Il n'était pas un objet de quête on ne Le rechercherait pas. Néanmoins, penser à Lui et se Le représenter sont deux choses différentes. Personnellement, l'idée d'un zahir et d'un batin même au niveau de la Déité me plaît bien. Et j'ai la faiblesse de penser qu'on peut penser à Lui dans son zahir, mais quant à son batin, oui, il est de l'ordre de l'impensable. Ce fameux hadith du Trésor caché qui s'est révélé.

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