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Affichage des articles associés au libellé Sohrawardî

Sohrawardî : Dieu est la lettre volée

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Suhrawardî a transformé l'ontologie de l'Islam en une métaphysique de la lumière. Cause finale de toute réalité, Dieu est intensité infinie de lumière, c'est-à-dire de réalité. Au lieu de comprendre cette infinie puissance dans le registre d'une transcendance où Dieu serait voilé, Suhrawardî explique l'abscondité divine par l'excès de sa manifestation, l'excès de l'illumination que son essence produit, l'excès de sa présence. L'infini est immanent au fini, mais il est voilé par son évidence, il est caché parce qu'il est apparent. Tout le système de Sohrawardî est fondé sur l'évidence, l'Apparent, le clair, ce qui révèle. Rien n'est plus éloignée de sa philosophie que l'idée d'un certain ésotérisme, d'une certaine gnose – et aussi, parfois, du chiisme – selon laquelle la vérité est voilée, à charge d'être pénétrée, peu à peu, par un groupe d'initiés, après un enseignement progressif, sélectif. Sohrawar...

Dieu, le monde et l'homme en philosophie islamique

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Prenons pour exemple Abû 'Alî Ibn Sînâ, celui que nous nommons Avicenne (370h/980-428h/1037). Né en une famille shî'ite iranienne, qui migra de Balkh, en Bactriane, jusqu'à Boukhara, en l'actuel Ouzbékistan, il savait toute chose que l'on pût savoir en son monde, le dâr al-islâm , et en son temps : sciences traditionnelles et droits islamiques, mathématiques, astronomie, médecine, logique, physique, métaphysique, etc. Où commence, où cesse la philosophie en une œuvre qui se veut savoir total et organiquement unifié ? Rien ne fit barrage à sa curiosité philosophique. La leçon de sa vie est précieuse : le philosophe est, en Islam, celui que rien n'arrête dans l'effort de comprendre, ni la lettre du Coran, qu'il interprète, ni les beautés des cieux, qu'il organise, ni les passions des hommes, qu'il entend réformer, ni les silences de la nature, qu'il interroge. Il est celui qui répugne à l'adhésion aveugle et entend instaurer une auto...

L'ontologie des lumières : Avicenne, Sohrawardî, Mollâ Sadrâ

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"Sadrâ dit souvent de lui-même qu'il est le premier, celui qui inaugure la vraie philosophie de l'islam, et ce propos, fort courant chez nos philosophes, prend chez lui un accent de vérité qui nous touche. Mais ce commencement inaugural nous paraît être, aussi bien, un terme et un dernier mot. Certes, il y eut, du vivant de Sadrâ, et après lui, bien des penseurs qui ne pensèrent pas comme lui, et qui développèrent des propositions très originales. On songe à Qazî Sa'îd Qommî, par exemple, ou à l'ensemble des maîtres de ce qu'il est convenu d'appeler l'Ecole Shaykhie. Pourtant c'est lui, Mollâ Sadrâ, qui achève l'ontologie constitutive de l'islam, c'est lui qui la pense dans sa pureté systématique, de sorte qu'il détermine les problèmes et les réfutations qui feront vivre ses successeurs. Or ce geste métaphysique, pour illustrer la "renaissance" de la philosophie au temps des Safavides, n'en est pas moin...

Les sept profondeurs ésotériques et la hiérarchie des spirituels

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1. La première profondeur : "Le Livre qui est le grand Rappel. Ce premier sens ésotérique, première étape de la topographie idéale des plans de spiritualité, correspond au comportement intime, à la religion du "pèlerin mystique" ( sâlik ) qui, ayant été attentif à ce Rappel, a engagé ses pas dans la Voie pour s'assimiler les premiers éléments de la formation spirituelle. Ces derniers visent essentiellement les différents aspects du combat spirituel ( mojâhada ) ; il est même arrivé que le soufisme se soit considéré comme consistant essentiellement dans cette forme d'exercice (ce fut le cas de l'ancien soufisme de Mésopotamie, aux premiers siècles de l'Hégire)." 2. La seconde profondeur : "la tonalité est fixée par la désignation du Qorân comme "Auguste Livre" ( Qorân karîm , 56 : 76). Ce second degré ésotérique typifie le mode d'être et le lieu spirituel des soufis ( ahl-le tasawwof ) qui, par la pénétration de ce sens, dép...

L'histoire du gnostique

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"1) L'analyse de la simple proposition : "je me connais moi-même", telle qu'elle se présente dans les contextes gnostiques, conduit à une idstinction fondamentale entre le "je" qui est le sujet connaissant, et le "moi" qui est l'objet connu ou reconnu. Le premier, c'est "moi" tel que je suis au cours de l'expérience quotidienne dans l'immédiat, au sein du monde de la perception sensible, "moi" subissant les sommations de ce monde du "phénomène" qui en grande partie m'oriente et me détermine. Le second, c'est "moi" tel que je suis au-delà des phénomènes et des apparences, des contingences de la genesis . C'est le moi réel, authentique et essentiel, substantiel et permanent. Sans doute est-il perçu par la connaissance intérieure comme à l'intérieur de moi-même. Mais simultanément il est perçu non pas comme un phantasme, mais comme ayant une existence objective, comme ...

La finalité du récit

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Shâhnameh : Le div Akvan jette Rostem dans la mer ; 16°-17°, époque safavide. Library of Congress, African and Middle Eastern Division, Washington, D.C. 20540 "Le principe régulateur de son herméneutique, Sohrawardî fut en mesure de le mettre en oeuvre non seulement dans la récitation du Qorân, mais aussi dans la lecture du livre qui est, pour la Perse islamique, comme une Bible où se conserve la geste héroïque de l'ancien Iran, à savoir le "Livre des rois", le Shâh-Nâmeh de Ferdawsî (X° siècle). On peut concevoir que Sohrawardî ait lu le Shâh-Nâmeh comme nous-mêmes lisons la Bible ou comme lui-même lisait le Qorân, c'est-à-dire comme s'il n'avait été composé que "pour son propre cas". Son cas, nous venons d'en rappeler la nature ; le Shâh-Nâmeh pouvait donc ainsi devenir l'histoire ou la métahistoire de l'âme, telle qu'elle est présente au coeur du gnostique. Spontanément donc, c'est toute l'histoire de l...

Psaumes à l'archange du Soleil et à la "Nature Parfaite"

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Etienne-Maurice Falconnet, Louvre. "De même, dans les Récits visionnaires de Sohrawardî (par exemple le "Bruissement des Ailes de Gabriel", le "Récit de l'exil occidental") se montre au début, ou à un autre moment, un personnage mystérieux qui, en faisant allusion à ceux qui sont au-dessus de lui, déclare : "C'est moi qui suis leur langue ; les êtres comme toi ne peuvent communiquer avec eux".De même, chez le néoplatonicien Proclus, il y a les Anges- herméneutes qui révèlent et interprètent aux âmes humaines ce qui est pour elle le Silence, l'Inexprimé des anges et des dieux des hiérarchies supérieures. Quiconque se hâte, prétend se passer de ces médiateurs, oublie la vérité tout simplement phénoménologique : sous quelque forme que se présente à lui la divinité suprême, cette forme correspond à son mode d'être à lui, car elle ne peut se montrer à lui autrement que par sa capacité, son aptitude à la saisir. Elle lui révèle simultanéme...

Les visions de Kay Khosraw et de Zoroastre

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Benozzo Gozzoli, fresque 1459-60 Chapelle du Palazzo Medici-Riccardi, Florence "L'événement qui orienta de façon décisive la courbe de sa vie spirituelle, Sohrawardî y fait allusion en une brève confidence personnelle, disons en une sorte d'"autocritique", à un moment capital de son livre de la Théosophie orientale . Il s'y réfère à une vision directe qui fit éclater ses doutes et les limites dans lesquelles il s'enfermait en compagnie des philosophes péripatéticiens. Les opinions auxquelles il inclinait au début de sa carrière, en furent bouleversées. Comme le soulignent ses commentateurs, il s'agit de la période d'adolescence de l'auteur, lorsqu'il faisait ses débuts en philosophie. La doctrine péripatéticienne dont il prenait la défense, c'était la cosmologie limitant le nombre des Intelligences angéliques, comme motrices des Sphères, à dix ou cinquante-cinq sans plus. Le voici maintenant, ayant pris clairement conscience de son err...

La Lumière de Gloire comme "Source orientale"

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Saint Jérôme, Trophîme Bigot Galleria Nazionale d'Arte Antica, Rome "Orient de Lumière, Lumière orientale, Lumière-de-Gloire, sont autant de désignations d'une même source des sources. Et c'est bien de la source des sources qu'il s'agit. Sohrawardî le répète dans ses livres : l'expérience de ces Lumières n'est point connaissance théorique d'un objet, formation d'un concept ou représentation à partir d'un concept. Elle est ce qui rend possibles et fonde toutes les connaissances de théosophie orientale : La Lumière n'est pas elle-même l' objet de la vision ; elle est ce qui fait voir ." Henry Corbin, En Islam iranien , t. II, Sohrawardî et les Platoniciens de Perse, III, La Lumière-de-ie ( Xvarnah ) et l'angélologie , 1, "La Lumière-de-Gloire comme "Source orientale"".

La hiérarchie des Spirituels et le "Pôle" mystique

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"Lorsque Mollâ Sadrâ Shirazî caractérise à son tour la spiritualité ishraqî comme un entre-deux ( barzakh ) qui conjoint à la fois la méthode des purs soufis tendant essentiellement à la purification intérieure, et la méthode des philosophes tendant à la connaissance pure, il exprime ainsi, en toute fidélité à l'inspiration du shaykh al-Ishrâq , ce qui fait l'essence de la "théosophie orientale". Il y a en effet un certain soufisme qui a délibérément écarté, sinon méprisé, tout enseignement philosophique comme suspect de retarder le spirituel dans son effort vers le but ; et il y a une philosophie qui a ignoré ce but, en se satisfaisant de ses problèmes théoriques. Pour un ishrâqî , un "oriental" de l'école de Sohrawardî, le mystique dépourvu de formation philosophique est en grand péril de s'égarer ; en revanche, le philosophe qui ignore que sa philosophie doit éclore en une réalisation spirituelle personnelle, gaspille son temps en une reche...

La connaissance "orientale"

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Du monde imaginal que Sohrawardî appelle 'alâm al-mithâl puisque chez lui, barzakh signifie autre chose : "La connaissance du monde imaginal , c'est-à-dire de l'Orient moyen, est, elle aussi, une "connaissance orientale", tandis que la perception sensible et la fantaisie sécrétant de l'"imaginaire" sont des connaissances "occidentales". Ce monde imaginal assume une fonction imprescriptible. C'est lui qui nous délivre du dilemme si courant de nos jours, lorsque, à propos de faits spirituels, certains se demandent : mythe ou histoire ? Les événements de l'Orient moyen ne sont ni l'un ni l'autre. Ce monde est le lieu d' événements propres. C'est en Orient moyen ou "huitième climat" que font éclosion les Révélations données aux prophètes, que s'accomplissent les événements de la hiéro-histoire, les faits racontés dans les récits visionnaires, les manifestations du Xvarnah ou Lumière-de-Gloire, et ...

"Le roman est un rêve vérace et un rêve décevant. "

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BNF Supplément persan 1029, folio 209 Les Cinq Poèmes de Nezâmî, Les Sept Portraits Bahrâm Goûr passe le samedi dans le pavillon à la coupole noire et écoute le récit de la fille du roi d'Inde Ecole safavide, 1620-1624 Les vérités dévoilées dans les faces de beauté et dans les récits légendaires seront les miroirs du Soi authentique du prince Bahrâm, et le roman entier peut se lire comme une quête de ce Soi au prisme des épiphanies. Celles-ci révèlent autant de figures de l'activité créatrice divine, et ces figures ne font qu'un avec les aspects intimes du Soi. "Qui se connaît connaît son Seigneur", "énonce une célèbre tradition. Dans la connaissance de soi, le devenir immortel, cette finalité de la sagesse, s'effectue par l'unification de l'amant avec l'Aimé, du Seigneur personnel dévolu au Soi et de la subjectivité qui le recherche. " "Le corps se forme à la souveraineté et l'âme à la droiture. Pour préserver l...

Des Nazgûls et de l'ipséité ishraqî

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Regardant le documentaire sur Tolkien et le Seigneur des anneaux fourni dans le dvd version longue de La Compagnie de l'anneau , quand on aborde les spectres, les Ringwraith, les cavaliers noirs donc, qui sont, au fond, vides, comme le Mal, les orcs, les trolls, les croisements de Saruman. Le Mal est vide, sans être, chez Tolkien. Le documentaire ajoute que c'est assez bien l'essence du Mal au XX° siècle, un mal sans joie ni conscience de pécher, ni blasphème ni transgression, des êtres banals et qui ne ressentent rien en accomplissant le mal. Le mal, c'est ceux qui n'ont pas conscience d'eux-mêmes, de leur être. Le mal c'est ceux qui sont inconscients d'eux-mêmes, "Unaware". V Proposition générale : Que tout ce qui se connaît soi-même est lumière immatérielle 114. Tout ce qui connaît une ipséité (dhât) dont il n'est jamais absent, n'est pas un être de la nuit puisqu'il est révélé soi-même à soi-même. Il n'est p...

"Cette ophtalmie qui s'appelle la bigoterie"

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Ce que j'adore chez Sohrawardî, c'est qu'il ne s'embarrasse pas de fausse modestie, ni de précaution de langage et appelle un con un con : "Tout le monde reconnaît que les hommes diffèrent entre eux par la rapidité de la pensée. Il y en a qui ne tireraient aucun profit de la méditation prolongée ; ils ne comprennent rien, étant complètement stupides. Il en est d'autres qui, par la rapidité de leur conception, déduisent une foule de choses de certaines questions, sans l'aide d'aucun maître humain." (allez savoir à qui il pense, là...) "On peut donc admettre qu'il y en ait qui possèdent une promptitude de conception d'une telle force, qu'ils atteignent en un temps très bref un grand nombre de connaissances." Non seulement il est drôle, sacque sèchement quand il a affaire aux crétins mais en plus, il ne se fait aucune illusion sur lui-même : il est flamboyant et il le sait. Toujours dans la série "je ne mâche...

Les états mystiques des pèlerins

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"272.- Sur les Frères de l'esseulement illuminent des lumières et elles comprennent plusieurs catégories. La Lumière d'un éclair se présente aux novices, elle fulgure et se replie comme la fulguration d'un éclair délicieux. Se présente aussi aux autres la Lumière d'un éclair plus vif que celle-là et qui ressemble plus à l'éclair, sauf que c'est un éclair grandiose. Souvent l'on entend, en même temps que lui, un bruit qui ressemble à celui d'un tonnerre ou à un bourdonnement dans le cerveau. Une Lumière soudaine et délicieuse dont l'irruption ressemble à ce que serait celle d'une eau brûlante sur la tête. Une Lumière qui persiste un temps assez long, qui subjugue avec violence et qui s'accompagne d'une sorte de torpeur dans le cerveau. Une Lumière extrêment douce qui est sans ressemblance avec l'éclair, mais qui est accompagné d'un état d'allégresse subtil et tendre, étant mise en vibration par la puissance de l'...

Sur le retour, les prophéties et les songes

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"Lorsque les Lumières-Espahbad ont vaincu les substances nyctiphores, lorsque leur amour et leur ardent désir du monde de la Lumière se sont intensifiés, lorsqu'elles resplendissent de l'éclat des Lumières archangéliques et qu'enfin l'habitus de se conjoindre avec le monde de la Lumière pure est actualisé en elles, alors, au moment où se dissout la citadelle de [leur corps], elles ne sont pas entraînées vers d'autres citadelles, si parfaite est leur force et si intense l'attraction qui les entraîne vers les sources de la Lumière."- 237. "Lorsque tu as compris que la jouissance consiste en ce qu'un être atteigne à ce qui lui correspond, et en ce que cet être perçoive qu'il a atteint cette chose ; qu'en revanche la souffrance d'un être consiste en ce qu'il ait conscience d'avoir atteint quelque chose en discordance avec lui-même, et qu'il le perçoive quant à cette discordance ; [lorsque d'autre part tu as co...

Du système de l'Être

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IV. Où l'on explique que le mouvement des sphères célestes est un mouvement volontaire et comment le multiple émane de la Lumière des Lumières. "144.- Thèse sur la générosité de la Lumière des Lumières. La générosité consiste à combler un désir, sans attendre quelque chose en retour. Celui qui recherche gloire et récompense n'est qu'un mercenaire. De même celui qui cherche par là à échapper au blâme ou à quelque chose de tel. Rien n'est plus généreux que ce qui est Lumière, dans la réalité constitutive de son être, car la Lumière s'épiphanise et effuse par soi-même sur tout réceptacle. Le roi au sens vrai, c'est celui qui possède l'essence de toute chose, mais dont l'essence n'appartient à aucune, et c'est la Lumière des Lumières." X. Explication de la science divine conformément à ce qui est la doctrine de l'Ishrâq. 163. - Sache que le blanc semble plus proche, quand il y a quelque chose de noir et quelque chose...

Que la Lumière n'a pas besoin de définition

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"107. - S'il y a dans l'être quelque chose qui n'a besoin ni qu'on ne définisse ni qu'on l'explique, c'est cela l'apparent (zâhir). Or il n'est rien qui soit plus apparent que la Lumière. Donc il n'est rien qui soit plus que la Lumière indépendant de toute déifnition." Le Livre de la sagesse orientale

La sagesse orientale

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"Il nous faut revenir à ce qui constitue l'intuition fondamentale de Sohravardî. Elle dépouille les existants de tous leurs caractères inessentiels (quantité, qualité, relations, lieu, appartenance à telle ou telle espèce) et permet de percevoir en eux ce qui les fait être, l'origine intérieure de leur acte de présence au monde." "il (Mollâ Sadrâ) affirme que la grande découverte de Sohravardî est celle-ci : la réalité authentique de chaque chose se situe au-delà de sa quiddité, elle séjourne par-delà l'essence l'existence de cette chose, car elle engendre, dans un même mouvement d'existentiation, essence et acte d'exister. Cette réalité, Sohravardî la nomme "Lumière"." "Être, c'est être-Lumière, manifester un acte de présence et de cohésion." "Ne pas être, c'est être incapable de produire, d'illuminer, de multiplier autour de soi des manifestations de soi, d'irradier de la différence...