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Affichage des articles associés au libellé Blanchot

La joie du drame est aussi merveilleuse à supporter que celle du bonheur

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Giambattista Pittoni 1758 Gallerie dell'Accademia, Venise Hubert Reeves, aux  Racines du Ciel , disait que nous étions si peu évolués que pas (encore ?) capables de comprendre quelque chose comme Dieu, le Mal, le sens de la vie, hormis à notre petite échelle d'humain, notre minuscule et misérable cervelle. Enfin, il le disait plus poliment à l'égard des humains, mais c'est ça, qui est la réponse de l'Éternel à Job : regarde le crocodile, l'hippopotame, l'ouragan, et vois si tu peux comprendre, avant de te plaindre.  Écoutant l'aria 2 que j'aime, de la cantate BWV 10, le  'Herr Der du Stark und mächtig bist' , paraphrase de Magnificat  dont j'ai déjà écrit qu'il montrait  'la juvénilité sautillante 'de la petite jeune fille qui n'en peut plus de chanter sa joie à perdre haleine,  comme une enfant devant la poupée qu'elle a attendue à Noël, plus que comme une enfant apprenant qu'elle va enfanter...

Kafka et l'exigence de l'œuvre

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Quelqu'un se met à écrire, déterminé par le désespoir. Mais le désespoir me peut rien déterminer, "il a toujours et tout de suite dépassé son but" (Kafka, Journal, 1910). Et, de même, écrire ne saurait avoir son origine que dans le "vrai" désespoir, celui qui n'invite à rien et détourne de tout et d'abord retire sa plume à celui qui écrit. Cela signifie que les deux mouvements n'ont rien de commun que leur propre indétermination, n'ont donc rien de commun que le mode interrogatif sur lequel on peut seulement les saisir. Personne ne peut se dire à soi-même : "Je suis désespéré", mais : "tu es désespéré ?" et personne ne peut affirmer : "J'écris", mais seulement "écris-tu ? oui ? tu écrirais ?" * Il n'y a pas de circonstances favorables. Même si l'on donne "tout son temps" à l'exigence de l'œuvre, "tout" n'est pas encore assez, car il ne s'agit pas de...

Lectures de Kafka

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Ce monde est un monde d'espoir et un monde condamné, un univers à jamais clos et un univers infini, celui de l'injustice et celui de la faute. Ce que lui-même dit de la connaissance religieuse : "La connaissance est à la fois degré menant à la vie éternelle et obstacle dressé devant cette vie". doit se dire de son œuvre : tout y est obstacle, mais tout aussi peut y devenir degré. Peu de textes sont plus sombres, et pourtant, même ceux dont le dénouement est sans espoir, restent prêts à se renverser pour exprimer une possibilité ultime, un triomphe ignoré, le rayonnement d'une prétention inaccessible. * "Après la mort d'un homme, dit Kafka, un silence particulièrement bienfaisant intervient pour peu de temps sur la terre par rapport aux morts, une fièvre terrestre a pris fin, on ne voit plus un mourir se poursuivre, une erreur semble écartée, même pour les vivants c'est une occasion de reprendre haleine, aussi ouvre-t-on la fenêtre de la ch...

la mort, le grand château que l'on ne peut atteindre

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Pour parler, nous devons voir la mort, la voir derrière nous. Quand nous parlons, nous nous appuyons à un tombeau, et  ce vide du tombeau est ce qui fait la réalité du langage, mais en même temps le vide est réalité et la mort se fait être. Il y a de l'être – c'est-à-dire une vérité logique et exprimable – et il y a un monde, parce que nous pouvons détruire les choses et suspendre l'existence. C'est en cela qu'on peut dire qu'il y a de l'être parce qu'il y a du néant : la mort est la possibilité de l'homme, elle est sa chance, c'est par elle que nous reste l'avenir d'un monde achevé ; la mort est le plus grand espoir des hommes, leur seul espoir d'être hommes. C'est pourquoi l'existence est leur seule véritable angoisse, comme l'a bien montré Emmanuel Lévinas ; l'existence leur fait peur, non à cause de la mort qui pourrait y mettre un terme, mais parce qu'elle exclut la mort, parce qu'en dessous de la mort...

"Il regardait par la fenêtre"

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Quand Kafka écrit au hasard la phrase : "Il regardait par la fenêtre", il se trouve, dit-il, dans un genre d'inspiration telle que cette phrase est déjà parfaite. C'est qu'il en est l'auteur – ou, plus exactement, grâce à elle, il est auteur : c'est d'elle qu'il tire son existence, il l'a faite et elle le fait, elle est lui-même et il est tout entier ce qu'elle est. De là sa joie, sa joie sans mélange, sans défaut . Quoi qu'il puisse écrire, "la phrase est déjà parfaite." Telle est la certitude profonde et étrange dont l'art se fait un but. Ce qui est écrit n'est ni bien ni mal écrit, ni important ni vain, ni mémorable ni digne d'oubli : c'est le mouvement parfait par lequel ce qui au-dedans n'était rien est venu dans la réalité monumentale du dehors comme quelque chose de nécessairement vrai, comme une traduction nécessairement fidèle, puisque celui qu'elle traduit n'existe que par elle e...

"n'avais-je pas senti ma vie se fendre ?"

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Avec la raison, le souvenir me revint et je vis que même aux pires jours, quand je me croyais parfaitement et entièrement malheureux, j'étais, cependant, et tout le temps, extrêmement heureux. Cela me donna à réfléchir. Cette découverte n'était pas agréable. Il me sembla que je perdais beaucoup. Je m'interrogeai : n'étais-je pas triste, n'avais-je pas senti ma vie se fendre ? Oui, cela avait été ; mais, à chaque minute, quand je me levais et courais par les rues, quand je restais immobile dans un coin de chambre, la fraîcheur de la nuit, la stabilité du sol me faisaient respirer et reposer sur l'allégresse. La Folie du jour , Blanchot.

Sagesse

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Je ne suis ni savant ni ignorant. J'ai connu des joies. C'est trop peu dire : je vis, et cette vie me fait le plaisir le plus grand. Alors, la mort ? Quand je mourrai (peut-être tout à l'heure), je connaîtrai un plaisir immense. Je ne parle pas de l'avant-goût de la mort qui est fade et souvent désagréable. Souffrir est abrutissant. Mais telle est la vérité remarquable dont je suis sûr : j'éprouve à vivre un plaisir sans limite et j'aurai à mourir une satisfaction sans limite. Maurice Blanchot, La Folie du jour .

Fils de Personne

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Et puis voici un incident qui le juge : il a interdit à son fils d'acheter des billets de loterie. Pourquoi ? Parce que c'est idiot, parce que c'est immoral. Bien. Seulement, il a ajouté : "Si quelqu'un lui faisait cadeau d'un billet de loterie, il le donnerait à un pauvre, plutôt que le garder : ça lui salirait les mains." Ainsi, cet avocat opulent ne veut pas se salir les mains, mais ce qui est dégradant pour lui paraît fort bien convenir à un pauvre. Il pourrait déchirer son billet ou le donner à un homme de sa caste, mais pas du tout. C'est à un pauvre qu'il le destine, comme à un être de qualité inférieure pour qui ce qui vaut ne vaut plus. Le "à un pauvre" est le son fêlé que rend le mauvais métal. (…) Il resterait à savoir si cette morale de la qualité dont on nous parle peut s'exprimer et si on ne la trahit pas dès qu'on nous en parle. Le principal vice de l'avocat, c'est qu'il transforme en morale et...

Joie : crainte et espoir d'un Minuit éternel

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NASA À la "patrie de la joie" claudélienne, Blanchot nuance en rappelant ce drame de la joie , déchirante et angoissante autant que le malheur, comme un soleil noir pourtant espéré qui rappelle tellement le soleil de Minuit des soufis en veille... Ni l'effroi, ni l'angoisse, ni le désespoir, ni la conscience du péché, ni le vertige du mal n'ont trouvé d'expressions vraiment nouvelles dans l'œuvre claudélienne. Charles Du Bos l'a désignée comme la patrie de la joie. "La joie est le premier et le dernier mot de tout Claudel." Et en effet elle est avait tout un hymne ; elle est apparentée au soleil dont elle célèbre la profusion prophétique, elle est louange, moins par ce qu'elle exprime que par ce qu'elle est, moins à cause des chants qu'elle profère et des arguments qu'elle ordonne que par sa puissance jaillissante d'affirmation, la prodigieuse et inépuisable vie qu'elle répand dans un élan glorieux qui est ...

"Il l'a fait tant de fois"

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Lanza del Vasto rapporte dans un entretien avec un disciple, d'ailleurs peu fidèle, de Sânkara, le maître du Vedanta ; ce dernier, après avoir fait une profession de foi chrétienne très pure : "Je confesse que Jésus-Christ est le Fils de Dieu vivant, vrai homme et vrai dieu… etc" , ajouta avec une sorte de colère, comme si quelqu'un l'eût contredit : "Et pourquoi, je vous prie, le Tout-Puissant ne pourrait-il s'incarner ?" "J'attendais, la bouche ouverte, la suite de ce discours, dit Lanza del Vasto, et la suite vint "Il l'a fait tant de fois" . Chroniques littéraires du «Journal des débats»: Avril 1941 - août 1944

Les plaintes de l'ombre

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Matthew Boden "Tu lui diras, s'il a trouvé, qu'il peut chercher encore plus loin. Et s'il n'a rien trouvé du tout, tu lui diras qu'il peut chercher encore. Mais seul." Marius Grout, Passage de l'homme . "L'humanité attend le divin. Il revient. Il ne revient pas.Et c'est leur drame. Et c'est leur jeu." Jacques Audiberti, Retour du divin . in Maurice Blanchot, Chroniques littéraires du «Journal des débats»: Avril 1941 - août 1944 .

Le drame de la joie est aussi difficile à supporter que celui du malheur

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Ferdinand Bol, 1642, Gemäldegalerie, Dresde. Être maudit, être béni, c'est apprendre avec une égale force l'étrangeté, le caractère incompréhensible du destin et recevoir en noir et blanc une lumière du vrai soleil. Entre ces deux situations il y a d'ailleurs une grande parenté. Toutes deux s'accompagnent d'angoisse, angoisse déchirante et tragique lorsque l'inconnu se révèle sous la forme d'un abîme, angoisse douce, bouleversante, quand l'inconcevable nous ravit et nous enlève à nous-mêmes. Le drame de la joie est aussi difficile à supporter que celui du malheur. Car l'un et l'autre nous mettent en contact avec une réalité originale, absurde, incompatible avec nos conditions de vie, toute-puissante, toute surprenante, qui n'a en elle-même aucun principe de fin, point d'issue, point de limite. Maurice Blanchot, Chroniques littéraires du «Journal des débats»: Avril 1941 - août 1944 .

Je touche presque au moment où je dois commencer et finir

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Lubin Baugin, 1630, Galerie Spada, Rome. J'avais conçu le dessein, écrit Montesquieu en tête d'un complément de L'Esprit des lois qu'il projetait , de donner plus d'étendue et plus de profondeur à quelques endroits de cet ouvrage ; j'en suis devenu incapable. Mes lectures ont affaibli mes yeux, et il semble que ce qui me reste encore de lumière n'est que l'aurore du jour où ils se fermeront pour jamais. Je touche presque au moment où je dois commencer et finir, au moment qui dévoile et dérobe tout, au moment où je perdrai jusqu'à mes faiblesses mêmes. Pourquoi m'occuperais-je encore de quelques écrits frivoles ? Je cherche l'immortalité, et elle est dans moi-même. in Maurice Blanchot, Chroniques littéraires du «Journal des débats»: Avril 1941 - août 1944 .

Le Milieu divin

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Simone Weil agaçait Blanchot, ce qui est signe de qualité, alors que Teilhard de Chardin l'apitoyait en somme, avec condescendance : "Oui, c'est méritant tout ce qu'il essaie de croire, mais le pauvre homme..." Or je suis, jusque-là et sans le faire exprès, toujours de l'avis du Cheikh Momo : Weil est intéressante et agaçante, et l'autre : bof, mais on ne peut lui en vouloir, il fait ce qu'il peut. Je ne dis pas qu'il n'a pas, ça et là, quelques bonnes idées mais il reste souvent en deçà, ça ne décolle pas du prêche médiocre, avec des tas d'idées assez bateaux finalement, sur l'homme et le cosmos, la mort, l'épreuve, etc. ; quand on n'y trouve rien à redire, on tourne les pages assez vite avec un bâillement. Je ne sais si ses idées étaient chamboulantes pour le catholicisme de son époque, mais bon sang, on a été bien plus loin et bien plus audacieux, dans des tas d'autres spiritualités, qu'il semble ignorer, bien s...

L'impatience

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Serguï Andreïevitch Toutounov Moi dont le principal défaut est l'impatience, le trépignement colérique ou inquiet, la frustration chagrine – "Mais pourquoi Dieu me fait ça à MOI !!! C'est de la persécution GRATUITE ! "gémit le ciron de l'univers – "l'attente dans le sang ou la vase", comme dit le Yi King, je devrais me répéter le mantra du Cheikh Momo chaque matin : C'est pourquoi l'impatience doit être le cœur de la profonde patience, l'éclair pur que l'attente i n fine , le silence, la réserve de la patience font jaillir de son sein, non pas seulement comme l'étincelle qu'allume l'extrême tension, mais comme le point brillant qui a échappé à cette attente, le hasard heureux de l'insouciance. Maurice Blanchot, L'espace littéraire .

L'absence de livre

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Djamdat Nasr, période Uruk III (3100–2900 av. J.-C.) Nous ne lisons, apparemment, que parce que l'écrit est déjà là, se disposant sous notre regard. Apparemment. Mais celui qui écrivit en premier, entaillant sous les cieux anciens la pierre et le bois, loin de répondre à l'exigence d'une vue demandant repère et lui donnant un sens, changea tous les rapports entre voir et visible. Ce qu'il laissait après lui, ce n'était pas quelque chose de plus, s'ajoutant aux choses; ce n'était même pas quelque chose de moins – une soustraction de matière, un creux par rapport au relief. Qu'était-ce donc ? Un vide d'univers : rien qui fût visible, rien qui fût invisible. Je suppose qu'en cette absence non absente le premier lecteur sombra, mais sans en rien savoir, et il n'y eut pas de second lecteur, puisque la lecture, entendue dès lors comme la vision d'une présence immédiatement visible, c'est-à-dire intelligible, fut précisément affirmée...