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Épistolier

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Je suis très épistolier, raison pour laquelle je ne crains pas les séparations prolongées. Routes et déroutes , Nicolas Bouvier.

tout compte fait, ils le punissaient d'y voir

Je re-relis la  Correspondance  de Léautaud. Toujours séduite par ce style incroyable, cette tenue et, en même temps, ce naturel. Il écrit comme on fait la conversation. Ce quelque chose de 'très français'. Banal de dire ça, mais c'est vrai. Il y avait un art, un genre de la correspondance – avant le téléphone, on écrivait pour un oui, pour un non –  que les mails font revenir, peut-être. Je suis d'avis que Léautaud a une des meilleures plumes françaises. Et ses saillies à mourir de rire, si fines, qui font mouche : ""Une revue faite en dehors de tout intérêt", disait-il. Je me suis retenu pour ne pas le complimenter sur cette si juste appréciation." "Vous continuez aussi à n'avoir pas de chance. Cela tourne à la vocation."  "Les actrices se croient généralement obligées, dès qu'elles jouent des personnages antiques ou mythologiques, de prendre des poses plastiques, hiératiques, de psalmodier comme des prêtresses. E...

A Guerinchault

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"Fontenay-aux-Roses le 8 avril 1944 Monsieur, Vous avez eu raison de retenir le cher Maître. C'est une appellation ridicule. On ne la connaissait pas autrefois. Je ne sais au juste de quand elle date. Ce doit être de Flaubert. On pouvait en effet l'appeler Maître, comme un maître ébéniste, un maître cordonnier, un maître potier, ces gens qui fignolent, polissent leur ouvrage, veillent que tout soit bien en place et que rien ne dépasse." P. Léautaud. Correspondance de Paul Léautaud

A René Louis Doyon

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"Mon cher Doyon, Ce que vous m'apprenez, par cette citation d'une lettre de Bloy, complète pour moi le personnage. Il manquait cela à l'antipathie que j'ai toujours eue pour ce tartufe, cet ivrogne, ce faiseur de phrases vides, ce parasite qui se faisait un jeu d'injurier les gens qui l'obligeaient, cet homme sans intelligence - les écrivains grandiloquents n'ont jamais beaucoup d'esprit - cet hypocrite, qui m'en a donné plusieurs fois la preuve par l'expression de son visage dans certains de ses entretiens avec Vallette. Pendant la guerre 1914-1918, j'avais recueilli à Robinson un chien que ses patrons - restaurateurs - voulaient aller abandonner au poste de police. A quelques jours de là, Bloy, pour son pavillon de Bourg-la-Reine, me demande de lui procurer un chien. Je lui amène ce pauvre Castor, lui disant que je peux le remmener s'il ne lui plaît pas, et, comme il m'assurait du contraire et se déclarait enchanté de l'avo...

Correspondance t. 1, Paul Léautaud

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"Les actrices se croient généralement obligées, dès qu'elles jouent des personnages antiques ou mythologiques, de prendre des poses plastiques, hiératiques, de psalmodier comme des prêtresses. Elles veulent jouer aux vases grecs, et font les cruches." Lettre à Mme Jacques Morland, Paris, le 18 décembre 1913. "On m'a rapporté - ce n'est pas l'intéressé - que lors de la rupture, elle lui écrivit pour le consoler et lui remontrer qu'après tout il n'était pas à plaindre, ayant joui du "joli jardin de sa chair". Joli, si on veut, mais jardin, quand on la connaît ?... Une plate-bande, tout au plus." Lettre à Rachilde, Paris, le 22 novembre 1915. "Vous continuez aussi à n'avoir pas de chance. Cela tourne à la vocation." Lettre à Charlotte Chabrier-Rieder, Paris, le 5 mars 1928.

L'amour des bêtes

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"J'ai pour les bêtes, toutes les bêtes, un coeur de concierge, et de vieille concierge. Si j'avais l'habitude des phrases poétiques, je dirais que je me sens le frère de ces vieilles femmes à cabas qui portent le soir à manger, aux grilles des jardins publics, aux chats sans patrons. Je ne donne jamais un centime aux pauvres, le spectacle des gens écrasés m'est indifférent, les gens qui pleurent aux enterrements me semblent très laids, et quand ma chère bien-aimée est malade, je vais me promener. Mais mon chat est le maître chez moi, mes fenêtres sont pleines de pain pour les oiseaux, je pars chaque matin avec des provisions de pain que je distribue à tous les moineaux de ma route, je donne du sucre aux chevaux de fiacre dont la misère finira par m'empêcher de sortir, j'achète de la viande aux chiens perdus que je rencontre, et si je m'écoutais, et si je le pouvais, ma maison serait pleine de bêtes, au lieu que j'y sois seul, car vous pouvez vo...

"Ce n'était qu'un myope un peu poseur"

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"... Mme Angèle m'a raconté qu'un aveugle à canne blanche, dans les couloirs du métro, faisait peine aux passants qui lui cédaient le pas et le regardaient avec tristesse. Soudain on le surprend qui, lunettes relevées, déchiffre un plan sur un mur. Ce n'était qu'un myope un peu poseur. Ceux qui le plaignaient, qui l'aidaient, se précipitent sur lui, le giflent, le houspillent. En somme, et tout compte fait, ils le punissaient d'y voir..." Léautaud, Correspondance.

Paul Léautaud

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"Je n'ai dans la tête, comme souvent, que de dire des polissonneries et de faire l'amour de diverses façons avec une personne aussi dégourdie en paroles qu'en gestes, nantie d'une belle paire de seins, d'une belle paire de fesses, et d'un c... dans l'état que j'aime. Je ne fais que b... en y pensant." Paul Léautaud, lettre à Mme Cayssac, 16 novembre 1918. "Monsieur, Vous avez protesté, tout récemment, contre l'habitude trop répandue qu'ont certaines gens de brûler tout vifs, après les avoir arrosés de pétrole, des rats qu'ils ont pris au piège. J'ai assisté ce matin rue de Condé, de la part d'ouvriers typographes dépendant de la librairie Flammarion, à cette pure sauvagerie, et un agent que j'ai requis devant le Sénat n'a même pas voulu se déranger, riant lui-même du procédé. Avec mes sentiments distingués, P. Léautaud." Lettre à M. Rolland, conseiller municipal, 14 décembre 1927.