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Affichage des articles du septembre, 2004
"Je sais - le sais-je - que celui que visaient déjà les Allemands, n'attendant plus que l'ordre final, éprouva alors un sentiment de légèreté extraordinaire, une sorte de béatitude (rien d'heureux cependant), - allégresse souveraine ? La rencontre de la mort et de la mort ?

A sa place, je ne chercherai pas à analyser ce sentiment de légèreté. Il était peut-être tout à coup invincible. Peut-être l'extase. Plutôt le sentiment de compassion pour l'humanité souffrante, le bonheur de n'être pas immortel ni éternel. Désormais, il fut lié à la mort, par une amitié subreptice. "

L'Instant de ma mort, Maurice Blanchot.

Hasard des livres et des rencontres avec les livres. Quand Solange m'a recommandé de lire ce récit, je ne me doutais pas que j'allais me cogner enfin sur le sentiment qui est tout de même un des moteurs de ma vie, cet émoi secret avec qui j'ai eu quelques rendez-vous, ce visage de la mort que je n'ai jamais approché d'aussi …
Regardant quelques vidéos d'exécution d'otages, hier, j'ai été intriguée par ce même bruit grinçant, qui accompagnait le mouvement du couteau, quelque chose entre le cri d'un porc et le frottement d'une scie, juste au moment où les hurlements proprement dits cessaient. Comme les vidéos avaient des origines différentes, ça ne pouvait être un bruitage artificiel. Je crois que cela est simplement un bruit de suffocation, quand on tranche l'artère. En tous cas, l'analogie du son avec celui des porcs qu'on égorge est saisissante. J'ai déjà vu égorger des chèvres, des moutons, ça n'a pas le même bruit. Finalement, il se peut que Bernard Werber ait raison, entre le porc et l'homme, il y a bien des affinités.
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"Economie de la bonté. - La bonté et l'amour, ces simples aux vertus les plus salutaires dans la société des hommes, sont des trouvailles si précieuses qu'on devrait sans doute souhaiter qu'on procédât, dans l'application de ces moyens balsamiques, aussi économiquement que possible ; mais c'est une impossibilité. L'économie de la bonté est le rêve des utopistes les plus aventureux."

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J'aime bien avoir des nouvelles de l'Entre-Deux, comme ça, au hasard de lectures, qui toutes convergent :

"Athéné a été le refus de toute ubris, la divine pudeur et l'entre-deux des extrêmes;"


Et du même, cette incantation, comme une formule apotropaïque : "Car le bonheur porte malheur, comme le malheur porte bonheur".

Mes enfants ne sont pas comme les autres

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J'ai adoré ce film. Vraiment très beau. Ou est-ce que je le trouve vraiment très beau parce qu'il me touche pour diverses raisons ? Pour ceux que la musique classique barbe, peut-être qu'il es horriblement ennuyeux. Car c'est son côté technique que j'aime. J'avais l'impression de sentir l'odeur de la colophane, et cette volupté quand l'archet attaque, mange les cordes. Et les crampes aux doigts, aux mains, et cette dureté des répétitions, et cette justesse toujours limite... Très bonne idée d'avoir choisi le violoncelle, le plus sensuel le plus chaud le plus parlant des instruments. C'est la musique qui compte, les images sont pauvres, même pas belles au fond, sauf les visages des deux jeunes musiciens, à la fois impénétrables et pourtants expressifs dans leur immobilité, pourtant comme ceux des Vierges flamandes, au même sourire silencieux, presque imbécile. Oui, le même visage souriant et muet des Vierges d'Annonciation à qui l'an…
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Ce Jankélévitch et son "tout le monde a des droits sauf moi." C'est presque de la folie furieuse, en nos temps de : "mes droits", "j'ai des droits", "respectez mes droits"... Et lui, ces mots presque d'arrogance : "Un Toi est un Moi sans devoirs. Un Moi est un Toi sans droits." Hum il interviendrait sur un forum web aujourd'hui, il se ferait lyncher. Un troll, voilà ce qu'on dirait. Finalement, Jésus, Mahomet, Buddha, Socrate et les philosophes arrogants, les trolls de l'humanité.

La règle de Jankélévitch est folle si on l'envisage appliquée concrètement à une vie. Mais je n'ai pas l'impression que les gens qui essaient de vivre raisonnablement, qui font "la part des choses" en soient plus heureux. Il y a une espèce de folie tendre de l'amour irraisonnable qui ne revendique rien en retour, qui ne pèse en rien, qui ne veut pas que l'aimé se sente coupable ou ingrat, c'est final…
Je crois que si j'aime tant dire et prononcer "lol" mot par ailleurs banni à la RDJ, c'est à cause de Nabokov.

"Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-li-ta : le bout de la langue fait trois petits bonds le long du palais pour venir, à trois, cogner contre les dents. Lo. Li. Ta.

Elle était Lo le matin, Lo tout court, un mètre quarante-huit en chaussettes, debout sur un seul pied. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l'école. Elle était Dolorès sur le pointillé des formulaires. Mais dans mes bras, c'était toujours Lolita."

A côté de ça, "mdr" fait MeRDique, faut dire.
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La demeure de la justice et la roulotte de l'amour s'opposent comme s'opposent la continuation sédentaire et l'esprit nomade : car l'amour n'est jamais installé et n'a jamais eu besoin d'architectes."


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"Seul un horizon constellé de mythes parachève l'unité d'un mouvement entier de culture. Le seul mythe peut préserver de l'incohérence d'une activité sans but les forces de l'imagination et du rêve apollinien."


Et ceci, to the poor myself :

"Que signifie ce monstrueux besoin historique de l'insatiable culture moderne, cette compilation n'innombrables autres cultures, ce désir dévorant de connaître, sinon la perte du mythe, de la patrie mythique, du giron maternel mythique ?"

A la fin du Concert d'Utrecht (qui vient d'être transmis en direct), Jordi Savall conclut de façon inattendue par une déploration dédiée aux morts de Beslan. Il choisit un extrait d'Arvo Pärt. Quelques minutes de communion profonde sur la mort absurde, comme seule la musique peut en donner. Les Ossètes... il y a quelques jours, peu de gens dans le public, (hormis les lecteurs de Dumézil) savaient qu'ils existaient. Entendu parler un homme, qui cherchait sa fille, dont il ne savait si elle était vivante. Un instant je me suis étonnée de le comprendre, il disait "dot". Et puis je me suis souvenue de Dumézil, bien sûr, les Ossètes, de proches cousins. Comme il est vaste, le continent de l'iranité...
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Dans l'histoire des religions, on présente souvent le monothéisme comme un progrès par rapport au polythéisme, lui-même un progrès par rapport à l'animisme, le monothéisme étant logiquement une étape moins aboutie que l'athéisme. Avancée linéaire, parfaite, sans régression. Et pourtant...

"Quand un dieu voulut être le seul Dieu, tous les autres dieux furent pris de fou rire jusqu'à mourir de rire."