Accéder au contenu principal

Articles

L’Âme du monde

La Rose de Djam: III. Le Pôle du monde


Chapitre IV : L’Âme du monde


« Il semble bien que cet entretien soit un entretien de l'Âme du monde avec les âmes individuelles en ce monde. » Abû Yaqûb Sejestanî.



Le maître d’Alamut, la Couronne du monde et de la foi des nizarî, le seigneur de cet empire si fragile et si influent qui faisait trembler les princes depuis presqu’un siècle, et qui avait aussi enduré tant de persécutions, était un homme d’apparence médiocrement imposante. Sa taille, plus courte que haute, son corps aux épaules étroites, son visage sans beauté, dont le regard perçait à jour mais ne laissait rien deviner, faisaient qu’on l’eût pris facilement pour un docteur de la loi ou un de ces savants versés en astronomie, en mathématiques ou en philosophie, qu’il aimait d’ailleurs à fréquenter. On eût pu aussi le confondre avec un vizir, un homme de conseils et d’antichambres, pour peu que l’on captasse cet éclair de ruse, tantôt amusé, tantôt inquiétant, que ses yeux, d’une saisi…
Articles récents

La Rose de Djam III : Le Pôle du monde. Chapitre III : Alamut

La Rose de Djam: III. Le Pôle du monde


Chapitre III : Alamut


« Et si mon âme est sauve, ce sera merveilleux ; si elle meurt, elle se sera acquittée de sa dette. » Ta’iyya, v. 334-335. Amir b. Amir al Basrî.


Süleyman ouvrit les yeux et mit un certain temps pour se souvenir où il était. Car sous la voûte étoilée, rien ne ressemble plus à une nuit au grand air qu’une autre nuit avec la seule terre pour matelas et le ciel pour couverture. Ses yeux se faisant à l’obscurité, il vit non loin la forme sombre de Sheikh Shudjâ’, qui n’avait pas dormi de cinq nuits et quatre jours mais ne semblait pas, pour autant, céder à l’assoupissement.  Le Khwârizmî referma les paupières, quémandant encore un peu de sommeil à l’aube. Mais passaient et repassaient en son esprit les courtes heures qui avaient suivi le conseil des Sept, si courtes qu’il n’avait eu guère le loisir de faire ses adieux au Franc impétueux que les Turcs appelaient Yildirim, et les siens Esmalit, ni au sheikh Yahya, le flamboyant soufi de…

La Rose de Djam III : Le Pôle du monde. Chapitre II : Le village de terre

La Rose de Djam: III. Le Pôle du monde
Chapitre II : Le village de terre


« Il se tient en embuscade près des villages,  Il assassine l'innocent dans des lieux écartés;  Ses yeux épient le malheureux. » Psaume 10.8



Jusqu’au soir, elle ne vit aucun Noir, n’ayant croisé que quelques paysans qui, au vu de sa défroque de derviche, l’auraient volontiers abordée, et peut-être même abreuvée et nourrie, si son état, visible à tous, ne les eût effrayés.  Sibylle se disait que l’idée du Pôle était bonne, certes, qui lui faisait éviter questions et hospitalité trop insistantes. Mais elle pouvait la vouer à mourir d’inanition, si tous la fuyaient de la sorte. Elle savait que dans les villes et dans les pieuses fondations des princes, les lieux de repos et de soin ne manquaient pas pour les indigents et les malades, même lépreux. Il lui fallait gagner une bourgade d’où elle pourrait mieux s’orienter dans le choix de son itinéraire, et où de charitables établissements lui permettraient de reprendre des…