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Une expression latine exprime à merveille le rapport secret que chacun d'entre nous doit avoir avec son Genius : ‘indulgent Genio’. Il faut consentir à son Genius, s'abandonner à lui, nous devons lui céder tout ce qu'il nous demande, parce que ses exigences sont les nôtres, son bonheur notre bonheur. Quand bien même ses prétentions – nos prétentions – pourraient sembler déraisonnables et capricieuses, il est bon de les accepter sans discuter. Si, pour écrire, vous avez besoin – s;'il'a besoin – de ce papier jaunâtre, de ce stylo spécial, s'il faut précisément cette lumière pâle qui tombe de votre gauche, il est inutile de se dire que tout stylo quel qu'il soit fera l'affaire et que tout papier comme toute lumière sont bons. S'il ne vaut pas la peine de vivre sans cette chemise de lin céleste (et par pitié, surtout pas la blanche avec son petit col d'employé), si on sent bien qu'on ne peut pas s'en sortir sans ces cigarettes longues a...
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Le terme de religion ne dérive pas, selon une étymologie aussi fade qu'inexacte de ‘religare’ (ce qui lie l'humain et le divin), mais de 'relegere’, qui indique l'attitude de scrupule et d'attention qui doit présider à nos rapports avec les dieux, l'hésitation inquiète (l'acte de “relire”) face aux formes – et aux formules – qu'il faut observer pour respecter la séparation entre le sacré et le profane. 'Religio’ n'est pas ce qui unit les hommes et les dieux, mais ce qui veille à les maintenir séparés. Ce ne sont donc pas l'incrédulité et l'indifférence à l'égard des dieux qui s'opposent à la religion, mais bien plutôt la “négligence”, c'est-à-dire une conduite à la fois libre et “distraite” – c'est-à-dire déliée de la religion des normes – adoptée face aux choses et à leur usage, aux formes de la séparation et à leur signification. Profaner signifie : libérer la possibilité d'une forme particulière de négligence qui...
Mais ce Dieu si intime et si personnel est aussi ce qui en nous est le plus impersonnel, la personnalisation de ce qui, en nous, nous dépasse et nous excède. “Genius est notre vie, en ce qu'elle ne trouve pas en nous son origine mais que nous trouvons la nôtre en elle.” S'il semble s'identifier à nous, ce n'est que pour se révéler tout de suite après comme plus que nous, pour nous montrer que nous sommes plus et moins que nous-mêmes. Comprendre la conception de l'homme renfermée dans Genius signifie comprendre que l'homme n'est pas seulement Moi et conscience individuelle, mais que, de sa naissance jusqu'à sa mort, il cohabite avec son élément impersonnel et préindividuel. C'est donc dire que l'homme est un seul être à deux phases qui résulte de la dialectique compliquée entre une partie qui n'est pas (encore) individuée et vécue et une partie déjà marquée par le destin et l'expérience individuelle. Mais cette partie impersonnelle et n...
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Mon vieil ami L.G. m'a demandé d'être témoin à son mariage. L'employé de service appuie sur un bouton et on entend un enregistrement de la marche nuptiale d'un “Songe d'une nuit d'été” de F. Mendelssohn. Personne ne semble savoir qu'il s'agit dans la pièce de l'accouplement grotesque d'une femme démente et d'un âne.  Journal extime Michel Tournier.

Mr Rochester

Achevant  Wide Sargasso Sea , je passe au livre suivant de ma ‘liste  de romans à lire ’ et vois que c'est  Jane Eyre . On ne dira jamais assez que les livres, qu'ils soient sur les rayonnages d'une bibliothèque de bois ou dans un kindle, vivent leur vie, clignent de l'œil, se choisissent et se donnent la main en une ronde cohérente. J ane Eyre  est, par ailleurs, un de mes romans favoris depuis l'enfance, et Rochester mon 'Mr Darcy’ dès que j'ai eu l'âge de tomber amoureuse des héros dans les livres (ce qui pour moi vint assez tôt).

En haine des livres

Comme tous les ans, à chaque nettoyage de printemps, je mesure à quel point ma haine des livres en format papier est toujours là, intacte et bien vivace : ces capteurs de poussière, lourds, encombrants une fois lus, le contraire de la légèreté´des mots.