Depuis ce matin écoute en boucle, après un coup de foudre de la veille au soir, dès les premières mesures. Cet archet si vif si précis, jamais rien de trop, une aisance, l'illusion du "facile". Si j'ai une tendresse pour le double concerto BW1043 enregistré en 1932 par Yehudi Menuhin et Georges Enesco, c'est qu'il mêlait l'enthousiasme d'un jeune virtuose, sentimental et solaire, bondissant autour de l'élégant Lion roumain, et la gaieté affectueuse de ce duo "morid et morshid"... Avec Heifetz, c'est autre chose qui émeut, la légèreté, la beauté pure, sans épanchement, d'ailleurs il joue les deux parties du 1043 à lui seul. Dans le concerto turc de Mozart, il enfile les notes avec la célérité d'un petit tailleur juif tirant son aiguille en chantonnant "sept d'un coup, sept d'un coup".
Autre question sur la grâce en musique : Comment un crétin pareil pouvait écrire de telles notes, aussi brûlantes, aussi ferventes, d'une émotion surhumaine, d'une religiosité aussi tendre, une musique aussi mystique donc, et d'une mystique enthousiaste, juvénile, en joie et en gloire ? Non il ne s'agit pas de Mozart vs Salieri, mais de Wagner et pour ce dernier j'ai une explication. Je crois que sa bêtise lui tenait lieu de religiosité. Références .
La tristesse de la vie de M. de Crécy venait, tout autant que de ne plus avoir de chevaux et une table succulente, de ne voisiner qu'avec des gens qui pouvaient croire que Cambremer et Guermantes étaient tout un. Quand il vit que je savais que Legrandin, lequel se faisait maintenant appeler Legrandin de Méséglise, n'y avait aucune espèce de droit, allumé d'ailleurs par le vin qu'il buvait, il eut une espèce de transport de joie. Sa soeur me disait d'un air entendu : "Mon frère n'est jamais si heureux que quand il peut causer avec vous." Il se sentait en effet exister depuis qu'il avait découvert quelqu'un qui savait la médiocrité des Cambremer et la grandeur des Guermantes, quelqu'un pour qui l'univers social existait. Tel, après l'incendie de toutes les bilbiothèques du globe et l'ascension d'une race entièrement ignorante, un vieux latiniste reprendrait pied et confiance dans la vie en entendant quelqu'un lui cit...
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