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Affichage des articles du novembre, 2009

Adib Dayikh



La pesanteur et la grâce : un monde où Isaac est toujours égorgé

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Caravage, 1601-1602, Florence, Galerie des Offices.

Aimer un étranger comme soi-même implique comme contrepartie : s'aimer soi-même comme un étranger.
Curieuse idée, intéressante, que l'amour d'un être protège plus que celui de Dieu. Mais pas toujours exact, en toutes circonstances. Dieu ne peut nous être pris en otage, ceux que nous aimons, si. Et quelquefois par Dieu lui-même.

À celui qui aime, le froid du métal n'ôtera pas l'amour, mais donnera le sentiment d'être abandonné de Dieu. L'amour surnaturel n'a aucun contact avec la force mais aussi il ne protège pas l'âme contre le froid de la force, le froid du fer. L'armure est faite de métal comme le glaive. À celui qui n'aime que d'un amour pur, le meurtre glace l'âme, qu'il en soit l'auteur ou la victime, et tout ce qui, sans aller jusqu'à la mort même, est violence. Si l'on désire un amour qui protège l'âme contre les blessures, il faut aimer autre chose qu…

La fidélité

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Le premier degré de la fidélité, c'est d'être fidèle à qui vous est fidèle. C'est un devoir, une loi qui s'impose à l'amant comme à l'aimé. Ceux qui la violent ont la vilenie dans le sang. Il ne leur reste ni disposition, ni aspiration au bien.

(…)

Le second degré de la fidélité, c'est de la maintenir à qui vous trahit. C'est le fait des amants, et non des aimés, dont ce n'est pas la manière, et que rien n'engage. Il y faut, en outre, une résolution que seuls peuvent soutenir les plus durs à la peine, les cœurs larges, les âmes libres, les vastes générosités, les citadelles de l'intelligence, les natures nobles, les intentions sans taches. Qui oppose la trahison à la trahison ne mérite pas d'être blâmé ; mais celui qui y répond comme nous le disions le surpasse de la tête et des épaules. La fin de cette fidélité, c'est de renoncer à rendre injure pour injure, d'écarter d'une main ferme tout ce qui ressemble à la guerre, en p…

Le Ravissement de la raison

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Je voyais le critérium des actions imposées par la vocation dans une impulsion essentiellement et manifestement différente de celles qui procèdent de la sensibilité ou de la raison, et ne pas suivre une telle impulsion, quand elle surgissait, même si elle ordonnait des impossibilités, ne paraissait le plus grand des malheurs. C'est ainsi que je concevais l'obéissance, et j'ai mis cette conception à l'épreuve quand je suis entrée et demeurée en usine, alors que je me trouvais dans cet état de douleur intense et ininterrompue que je vous ai récemment avoué. La plus belle vie possible m'a toujours paru être celle où tout est déterminé soit par la contrainte des circonstances, soit par de telles impulsions, et où il n'y a jamais place pour aucun choix.

(…)

Sous le nom de vérité j'englobais aussi la beauté, la vertu et toute espèce de bien, de sorte qu'il s'agissait pour moi du rapport entre la grâce et le désir. La certitude que j'avais reçue, c'…

L'éloignement

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Majnûn au désert, 1507, Khaju’s Collection, Golestan Palace.

J'ai foulé le tapis des califes, j'ai siégé au conseil des rois. Je n'y ai jamais rien constaté qui approche la crainte révérencieuse que l'amant montre à son aimé. J'ai vu les vainqueurs tenir à leur merci la vie d'un chef ennemi, j'ai vu gouverner les ministres, j'ai partagé l'heureuse outrecuidance de ceux qui dirigent l'État ; mais je n'ai jamais observé d'exultation plus intense, de joie plus rayonnante que celle d'un amant certain du cœur de son aimé, assuré du penchant qu'on a pour lui et de l'affection qu'on lui porte. J'étais là quand on faisait paraître en présence des souverains des gens qui avaient à se disculper. J'ai eu en face de moi des hommes accusés d'avoir partagé les pires crimes avec des rebelles et des tyrans. Mais je n'ai rien vu de plus humble qu'un amant interdit devant celui qu'il aime avec égarement, quand il …

L'union

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Iran, 1585, Diwan de Hafez. L'union est un des visages de l'amour. C'est une fortune illustre et une halte ombreuse, un cercle bienheureux et une aurore joyeuse ; c'est la vie soudain neuve, l'éclat du quotidien, c'est le bonheur sans fin et une grâce immense, que Dieu nous donne. Si ce bas monde n'était une demeure d'emprunt, d'épreuves et d'incertitude, et le Paradis seul havre des récompenses que le haïssable me menace plus, je dirais que l'union avec l'aimé connaît cette même pureté sans trouble, cette jubilation sans mélange et sans tristesse, cet achèvement du désir et ces espérances comblées. J'ai fait l'expérience de tous les plaisirs, j'ai saisi toutes les fortunes, où qu'elles mènent. Ni les faveurs du pouvoir, ni les avantages de l'argent, ni même être quelque chose quand on était rien, ni le retour après l'absence, ni le salut après la peur et l'exil loin du puits de son clan, rien n'égale dans…

Le délateur

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Rien n'est pire chez les humains que la délation, c'est-à-dire la calomnie. C'est un trait qui dénonce une constitution fétide, une branche pourrie, un naturel putride, une éducation prostituée. Le calomniateur est nécessairement un menteur, puisque la calomnie est une branche du mensonge, une de ses espèces, et je n'ai jamais une seule fois aimé un menteur. Je pardonne, chez un ami, toutes les tares, mêmes graves, et je le remets entre les mains de son Créateur Tout-Puissant. Je jette le voile sur ce qui en apparaît dans son caractère, sauf quand je sais qu'il ment. Ce mensonge, pour moi, ternit tous ses mérites, lui retire toutes ses supériorités, et chasse tout ce qui vaut en lui. Je n'en espère plus, par principe, aucun bien. De toute faute, en effet, on peut se repentir, et sur tout vice jeter le voile et le rachat. Pas sur le mensonge. Il n'y a pas moyen de revenir sur un mensonge, ni de le cacher, par définition. Je n'ai jamais connu, et je ne s…

Comment les yeux font signe

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François Boucher, 1747, Art Institute, Chicago.
Après les insinuations du langage, quand on est déjà accepté et complice, viennent les indications du regard. Ils tiennent, dans le code de l'amour, un rôle admirable, et réalisant d'étonnantes prouesses. On peut s'y rompre ou s'y unir, y promettre ou s'y menacer, y saisir au collet ou y apaiser, ordonner ou interdire, y conclure des engagements, y alerter contre l'œil hostile, y éclater de rire ou y pleurer de tristesse, poser des questions et y répondre, y défendre et y accorder. Chacune de ces significations correspond à une disposition du regard qu'aucune définition ne circonscrit, aucune image, aucune description, ou très mal. Il faut voir pour savoir. De ce code, je ne donnerai donc ici qu'une idée sommaire.

Un coup d'œil en coin, une seule fois, veut dire "non" ; un battement de paupière, "j'accepte" ; prolonger le regard, "je souffre", "je suis malheure…

Accentus

La maîtrise du désir charnel

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m. XVIº s, Khosrow et Shirin.

À l'opposé d'Ibn Hazm, Ibn 'Arabî et tant d'autres, on a les positions d'Abû Hamid Ghazalî sur l'amour, très pauliniennes : "mieux vaut s'abstenir mais mieux vaut se marier (au moins pour les murîds) que brûler. Ce qui fait que, au fond, tout à fait logiquement, pour ce wanabee soufi, il y a pire que la fornication qui vous ravale au rang des animaux. Il y a le 'ishq, l'Éros, la passion, qui fait de vous pis qu'animal, puisqu'il ne laisse même pas le loisir de s'apaiser par l'assouvissement de l'âme charnelle. Son horreur en est comique : l'amour est un vice contre nature.

La deuxième chose, c'est que ce désir peut aboutir, avec quelque égarement, à la passion amoureuse ('ishq), qui constitue une ignorance totale des fins normales du coït. Cela dépasse, en bestialité, les bornes des animaux. En effet l'amoureux ne se contente pas de rechercher la jouissance sexuelle qui est le plu…

L'amour des Omeyyades

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Sur l'étrange destin des Omeyyades, si honnis des chiites, lignée imamicide, hypocrites, infidèles, auxquels Ibn Hazm voue un étrange et fidèle amour. Du sang du Prophète, de la langue du Prophète, tueurs de sa lignée, même pas ouvertement comme les juifs parents du Christ, non pis : Musulmans suspects, dissolus, séditieux, un califat exilé de La Mecque et de Médine comme les juifs de Jérusalem, califat occidental (au sens où Occident s'entend comme terre d'exil et de déreliction par les Ishraqî), un anti-califat, au fond, comme il y eut les anti-papes. Après les juifs errants, les Qoraychis errants...

Il faut avoir, comme Ibn Hazm – et nombre de ses contemporains, sans doute, les poèmes du Tawq en font foi – l'esprit rompu aux virtuosités de la métaphore et de l'analogie, pour en déduire la suite : l'amour, ce sont les Omeyyades. Ce n'est plus de l'amour qu'on leur voue qu'il est question ici, mais de cette évidence : il n'est pas de meill…

On s'en fout

Thierry Henry joue au hand-ball.

Je ne suis pas venu apporter la paix mais la guerre civile... c'est-à-dire l'amour

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C'est cette conjonction qui explique en tout cas le charme étrange du Tawq, ce livre d'amour fils d'une guerre civile. Pourquoi lui avoir choisi le thème de l'amour en effet si, comme je le laisse entendre, les malheurs de la Communauté l'ont inspiré ? Ibn Hazm répond dès les premiers chapitres. L'amour y est d'abord défini comme une fitna, une sédition, une guerre civile. Aimer, c'est choisir, contre tous les autres, un seul qu'on en distingue, et qui vous en distingue par l'amour même qu'on lui porte ; c'est donner, quand il est en cause, un sens singulier aux gestes, aux signes et aux mots que les hommes ont ordinaire en commun. L'amant est un étranger au pays du partage, un barbare travesti dans la cité, toujours sourdement hostile à ses usages et à ses lois.
Gabriel Martinez-Gros, Introduction à De l'Amour et des amants, Ibn Hazm

Ah, que l'on est loin des tièdes philia et agapè chrétiennes ! Même le pape, qui essaie pou…

Les os des fils d'Adam sont les montagnes

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Montagne d'Amedî, photo Sandrine Alexie.

"Les montagnes sont les montagnes, les rivières sont les rivières, les moines sont les moines, les laïcs sont les laïcs", écrivait Houang Po. Deux siècles plus tard, Abû Hamid Al-Ghazalî dit le contraire : Non, les hommes sont les montagnes, et les étoiles, et les plantes... Et chaque homme est une pluralité de mondes et l'unité d'une ville à la fois, dont il est le souverain ignorant.

Sache aussi que l'âme du fils d'Adam est un condensé de ce monde. De chaque forme dans le monde, elle garde un effet parce que ses os sont comme les montagnes, sa chair est comme le sable, ses cheveux sont comme les plantes, sa tête comme le ciel et ses sens sont comme les astres, et l'expliquer en détail serait trop long. De même il y a dans son intérieur les artisans du monde parce que la puissance dans l'estomac est semblable au cuisinier ; celle qui se trouve dans le foie est semblable au boulanger ; celle qui se trouve d…

Tsering Tobgyal

Photos : Mémoire de l'eau Alina Gonthier

Entre la culture et la croyance en une vérité, il faut choisir

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Imagination constituante ? Ces mots ne désignent pas une faculté de la psychologie individuelle, mais désignent le fait que chaque époque pense et agit à l'intérieur de cadres arbitraires et inertes (il va sans dire qu'en un même siècle ces programmes peuvent se contredire d'un secteur d'activité à l'autre et ces contradictions seront le plus souvent ignorées). Une fois qu'on est dans un de ces bocaux, il faut du génie pour en sortir et innover ; en revanche, quand le génial changement de bocal est opéré, les enfançons peuvent être socialisés dans les petites classes au nouveau programme. Ils s'en trouvent aussi satisfaits que leurs ancêtres l'étaient du leur et ne voient guère le moyen de s'en sortir, puisqu'ils n'aperçoivent rien au-delà : quand on ne voit pas ce qu'on ne voit pas, on ne voit même pas ce qu'on ne voit pas. À plus forte raison méconnaîtrait-on la forme biscornue de ces limites : on croit habiter dans des frontières…

Quelques autres vérités : celle du faussaire, celle du philologue

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photo Rajesh Shah. Distinguons donc entre les prétendus faussaires, qui ne font que ce que leurs contemporains trouvent normal, mais qui amusent la postérité, et les faussaires qui le sont aux yeux de leurs contemporains. Pour tirer nos exemples d'animaux plus petits, disons que ce second cas est celui d'un personnage dont il vaut mieux rire que pleurer, d'autant plus qu'il n'a jamais existé, toutes les preuves de sa réalité étant révocables en doute : un imposteur avait pris sa place devant les tribunaux, ses livres avaient été écrits par d'autres et les prétendus témoins oculaires de son existence étaient, soit partiaux, soit victimes d'une hallucination collective ; une fois qu'on sait qu'il n'a pas existé, les écailles tombent des yeux et l'on voit que par conséquent les prétendues preuves de sa réalité sont fausses : il suffisait de n'avoir pas d'idée préconçues. Cet être mythique s'appelait Faurisson. S'il faut en croi…

Le mythe employé comme "langue de bois"

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Les Grecs avaient une vieille complaisance pour le bene trovato, qui confirme une idée du jeune Nietzsche : il n'y a pas mensonge là où le menteur n'a pas intérêt à mentir ; on ne saurait mentir quand on dit, des valeurs, plus de bien peut-être qu'en toute rigueur on ne devrait. L'hymne homérique à Hermès est une illustration humoristique de ce zèle pieux ; selon le poète, le dieu Hermès, jeune prodige aux mille malices, était à peine sorti du ventre de sa mère qu'il inventait l'art des chansons ; la première composition de ce témoin privilégié consista à raconter les amours de son père et de sa mère. La foule de pèlerins qui entendit pour la première fois la récitation de cet hymne a dû se sentir public complice et applaudir de bon cœur : personne n'était dupe de l'ingénieuse fiction, mais on n'en attendait pas moins d'Hermès et on savait gré au poète d'avoir inventé cette légende.

(…)

Comparés aux siècles chrétiens ou marxistes, l'Ant…

Sous cette sociologie, un programme implicite de vérité

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musée du Louvre, Denon, v. 180-200, photo Marie-Lan Nguyen. Les Grecs, eux, cherchaient une vérité à travers les mensonges ; ils se demandaient à qui est la faute : elle est à la candeur, à la naïveté, à l'euetheia, car tel était le mot consacré. Par candeur, on prête foi à "ce qui se mêle de faux au fond historique" et ces faussetés qui se sont mêlées au mythe s'appellent le mythôdes. La candeur est le vrai responsable des mensonges ; il y aurait moins de fabulateurs s'il y avait moins de naïfs. L'antiqua credulitas explique que la plupart des mythes remontent aux époques anciennes. Le mythe est relation de faits vrais, avec, en outre, des légendes, qui se multiplient avec le temps : plus une tradition est ancienne et plus le mythôdes l'encombre et la rend moins digne de foi.

Pour les modernes, au contraire, le mythe sera plutôt la relation d'un grand événement, d'où son aspect légendaire. Cet événement est moins altéré par des éléments advent…

Répartition sociale du savoir et modalités de croyance

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La modalité de croyance la plus répandue est celle où l'on croit sur la foi d'autrui ; je crois à l'existence de Tokyo, où je ne suis pas encore allé, parce que je ne vois pas quel intérêt auraient les géographes et les agences de voyage à me tromper. Cette modalité peut durer tant que le croyant fait confiance à des professionnels ou qu'il n'existe pas de professionnels qui fassent la loi en la matière ; les Occidentaux, ou du moins ceux d'entre eux qui ne sont pas bactériologistes, croient aux microbes et multiplient les précautions d'asepsie pour la même raison que les Azandé croient aux sorciers et multiplient les précautions magiques contre eux : ils croient de confiance. Pour les contemporains de Pindare ou d'Homère, la vérité se définissait, soit à partie de l'expérience quotidienne, soit à partir du locuteur, qui est loyal ou trompeur ; des affirmations qui restaient étrangères à l'expérience n'étaient ni vraies, ni fausses ; elles…

Le leopard chrétien des Dorzé

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Comment peut-on croire à moitié ou croire à des choses contradictoires ? Les enfants croient à la fois que le Père Noël leur apporte des jouets par la cheminée et que ces jouets y sont placés par leurs parents : alors, croient-ils vraiment au Père Noël ? Oui, et la foi des Dorzé n'est pas moins entière ; aux yeux des Éthiopiens, nous dit Dan Sperber, "le léopard est un animal chrétien, qui respecte les jeûnes de l'Église copte, observance qui, en Éthiopie, est le test principal de la religion ; un Dorzé n'en est pas pour autant moins soucieux de protéger son bétail le mercredi et le vendredi, jour de jeûne, et qu'ils mangent tous les jours ; les léopards sont dangereux tous les jours : il le sait d'expérience ; Ils sont chrétiens : la tradition le lui garantit".

(…)

Il a fallu reconnaître qu'au lieu de parler de croyances, on devait bel et bien parler de vérités. Et que les vérités étaient-elles même des imaginations. Nous ne nous faisons pas une fau…

On s'en fout

Les homosexuelles adoptent.

Damas

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photo : Jerzy Strzelecki.
Il faut souligner aussi que la grâce de la composition et la fantaisie des mosaïques de Damas surpassent de loin les œuvres romaines, héllénistiques ou byzantines analogues qui nous sont parvenues. Non seulement elles constituent l'une des gloires de l'art musulman, mais elles se classent parmi les décors de mosaïques les plus enchanteurs qui soient. Leur technique, qui surpassent tout ce qu'on peut trouver de semblable en Syrie, fait penser à celle des pavements en mosaïques du Grand Palais de Constantinople.

David Talbot Rice, L'Art de l'Islam, I, Les débuts de l'art musulman.

In convertendo

Station de son pacte

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Pelagio Palagi, 1808.
Institute of Art, Detroit.

À l'inverse de Ruzbehan, désirant Dieu à travers son Aimée, il y a cette variante intéressante de Dieu éveillant l'amour d'un être pour un autre, afin d'assouvir son désir de l'un et de l'autre.

Renversement du principe assez banal : "Aimer l'Autre, c'est aimer Dieu en lui." Ici, Dieu aimant nos aimés nous rend amoureux pour les aimer par nous. Et, amoureux de nous, il fait naître l'amour en ceux que nous aimons, pour nous aimer par eux.
Il me dit : "Si je te désire à travers un compagnon, comme je désire – à travers toi – un autre compagnon que toi, je t'imposerai cela dans "ta conscience intime", dans ton sommeil et ton éveil, et ce au moyen d'une obligation que tu connaîtras sans réfutation et tu me verras dedans, et je ne m'y dissimulerai pas à toi ; et afin que tu ne puisses pas lui dire : "Je me lève en ton honneur" ; et pour ne pas absoudre l&#…

Qui es-tu et qui suis-je ?

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IL M'ARRÊTA ET ME DIT :

Qui es-tu et qui suis-je ?
Et je vis le soleil, la lune, les étoiles et toutes les lumières.
Il me dit : "Il n'est resté dans le courant de mon océan nulle lumière que tu n'aies vu". Et vers moi vint toute chose jusqu'à ce qu'il n'en reste aucune, et chacune d'elle m'embrassa entre les yeux, me salua et se tint dans l'ombre.
Il me dit : "Tu me connais et je ne te connais pas."
Et je le vis tout entier s'attacher à mon vêtement et ne pas s'attacher à moi. Et il me dit : "Celle-ci est mon observance". S'inclina mon vêtement, mais je ne m'inclinai pas ; et lorsque s'est incliné mon vêtement, il me dit : "Qui suis-je ?" Alors le soleil et la lune s'obscurcirent, les étoiles s'abîmèrent, les lumières s'évanouirent, et les ténèbres ensevelirent toutes les choses excepté lui ; mes yeux ne virent plus, mes oreilles n'entendirent plus, et s'éteignit ma se…

Station de la Mort

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MarcusObal IL M'ARRÊTA DANS LA MORT

et je vis toutes les actions corrompues, et je vis la crainte régner sur l'espérance
et je vis la richesse devenir feu et s'unir au feu
et je vis la pauvreté un opposant qui proteste
et je vis qu'aucune chose n'a de pouvoir sur une autre
et je vis le royaume terrestre une chimère et la royauté céleste une duplicité.
Et j'appelais "Ô science"et elle ne me répondit pas
et j'appelais "Ô connaissance"elle ne me répondit pas
et je vis que toute chose m'avait déserté,
et que toutes choses créées m'avaient fui ;
et je demeurais seul.
Et l'action vint à moi
et je vis en elle l'illusion dissimulée
et ce qui depuis toujours est dissimulé
et rien ne me secourut
excepté la miséricorde de mon Seigneur.
Il me dit : "Où est ta science ?" Et je vis le feu.
Il me dit : "Où est ton œuvre ?" Et je vis le feu.
Il me dévoila ses connaissances uniques et le feu s'apaisa.
Il me dit :…