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Je lis Sei Shonegon assidûment. Quel charme dans tout cela, et comme elle a raison de détailler, avec tant de minutie et d'intérêt, les mille petites choses du monde, les détails du décor et non les grandes lignes de sa vie ! Car, après tout, dans un journal, qu'est-ce qui compte ? le tumulte du cœur, les mouvements, l'avancée, la traversée, le recul, la joie, les lamentations, ou bien la couleur qu'avait le ciel à ce moment-là, ou celle d'un mur, ou les petits ceci et cela qui restent en mémoire bien plus que la 'grande' histoire ? Vivre dans l'être, là où je suis ; j'ai toujours été très peu douée pour ça.





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Tarte sablée crème d'amande au mascarpone et gelée de mûre aux airelles, nappage chantilly et macarons.





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"Le plus favorable moment, pour parler de l'été qui vient, c'est quand la neige tombe."

Tirée de L'Opéra du monde, d'Audiberti, cette phrase me fait sourire, car elle fait très Sei Shonagon. Comme un pastiche plaisant dans l'absurde. Je l'imagine énonçant très sentencieusement, après avoir détaillé l'effet des manteaux de dessus couleur de prunier et des pantalons à lacets blancs sur la neige, ce genre de conclusion : 
"L'été, nous ne l'apercevons bien qu'à travers la neige."

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L'Œuvre de Dieu la part du Diable, très mignon (le film). De toute façon, j'ai toujours adoré Michael Caine. Sinon, Tobey Maguire est le jumeau de Frodo Baggins, enfin d'Elijah Wood.

J'ai commandé, sur une impulsion, une parure stylo-plume et bille dans un plumier, de stylos Samara. Je ne sais pourquoi. Peut-être à cause de la couleur blanc uni, ou du nom, Samara, qui m'évoque à la fois le Japon et aussi le palais des califes.

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Un tag gare de l'Est : 'Je suis venu, j'ai vu, j'ai vincu'. Il y a une semaine, quelqu'un était venu sur le blog en tapant 'il a vencu', que j'avais transformé instantanément en : 'Tu as vencu, Galiléen'. Je corrige, au temps pour moi :  'Tu as vincu, Galiléen.'


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Edelmann, sonate 1 op. 2, pour clavecin, 1er mouvement : à la fin, bref changement de tonalité (laquelle ? impossible de mettre la main sur une partition en ligne, et pourquoi ne met-on jamais dans les CD les partitions, au lieu de nous coller la vie captivante du premier violon en 6 langues ?) : glissement dans une tendresse plaintive et gracieuse, qui rappelle J.S. Bach.

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La lecture du Thomas d'Aquin de Chenu m'a rendue plus amène envers ce philosophe, dont le côté mécanique systémique aristotélicien me faisait bâiller. Cela dit, lire des choses comme : 'La vie vertueuse, c'est l'empire de la raison',tu parles que ça donne envie… 

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