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Affichage des articles du avril, 2009

Frère Junipère, le pied de cochon et la balançoire

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Francesco, giullare di Dio, Rossellini.

Lecture des Fioretti, histoire de vérifier si saint François est ou non un saint pour poupées comme l'affirme Zooey. A dire vrai, lisant la vie de Frère Junipère, je me dis que les pauvres petits poulets de Pâques et les canetons auraient eu aussi du souci à se faire :

"Une fois, à Sainte-Marie des Anges, alors qu'il visitait, comme embrasé de divine charité, un frère malade, il lui demanda avec beaucoup de compassion : "Puis-je te rendre quelque service ? " Le malade répondit : "Ce me serait d'une bien grande consolation que tu puisses me faire avoir un pied de porc." Frère Junipère dit aussitôt : "Laisse-moi faire, je vais t'avoir cela incontinent." Il s'en va et prend un couteau, un couteau de cuisine, je pense ; et en ferveur d'esprit, il va par le bois, où il y avait quelques porcs qui paissaient ; il se jeta sur l'un d'eux, lui coupa le pied et s'enfuit, laissant le por…

Pourquoi sortez-vous ?

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Dans l'introduction aux légendes de maître Echkart, je retrouve presque mot pour mot des extraits de la vitupération indignée de Zooey sur les adeptes de saint François :"Jésus savait - savait - que nous transportons partout le Royaume de Dieu avec nous, qu'il est à l'intérieur de notre être, dans un endroit où nous sommes bien trop stupides, bien trop sentimentaux, bien trop terre à terre pour aller regarder ?" La coïncidence est souriante, d'avoir lu Eckhart pour la première fois, avant Noël, en même temps que je relisais Franny et Zooey, par hasard.
"Comment faire comprendre ce mystère ? Comment faire sentir à l'homme ce désir insatiable qui pousse Dieu à venir naître en nous ? "Il y a quelque chose dans l'âme qui dépasse l'essence créée de l'âme, quelque chose que rien de créé ne touche, quelque chose qui n'est rien." (S. 28 AL). Nous vivons comme si ce quelque chose n'existait pas. Et pourtant ce quelque chose nou…

Comment le Christ apparut à Frère Jean de l'Alverne

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Lucas Cranach l'Aîné, c.p.
Où l'on reconnait le sadisme pédagogique des murshids, surtout de la part du meilleur, du plus intransigeant, du plus aimant, du moins sentimental, du plus original d'entre eux :

"A la fin, quand il plut à Dieu d'avoir assez éprouvé sa patience et enflammé son désir, un jour que frère Jean allait, en telle affliction et tribulation, à travers ladite forêt, et qu'il s'était assis de lassitude, appuyé à un hêtre, et qu'il demeurait, la face toute baignée de larmes, regardant vers le ciel, voici que tout à coup Jésus-Christ apparut près de lui dans le sentier par lequel ce frère Jean était venu, mais il ne disait rien. Frère Jean le voyant et reconnaissant bien que c'était le Christ, se jeta aussitôt à ses pieds, et avec des gémissements démesurés, il le priait très humblement et disait : "Secours-moi ô mon Seigneur, car sans toi, mon très doux Sauveurs, je suis dans les ténèbres et dans les pleurs ; sans toi, très doux A…

L'Imâm caché et le chant du coq

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"Mîr Damâd, surnommé le troisième maître (au rang d'Aristote, premier maître et de Farabî, le second) donna son accord à une décision théologico-politique de la plus grande importance pour l'avenir. Shâh Ismâ'îl s'était aperçu de la faiblesse du nombre des enseignants qu'il pouvait mobiliser afin de propager en Iran la foi shî'ite, telle qu'il la concevait. Il stimula l'implantation en Iran d'un grand nombre de doctes venus des terres traditionnelles du shî'isme, par exemple de l'actuel Iraq, du Liban, d'Arabie. Cela explique, entre autres choses, que la langue arabe ait été, dès lors, en Iran, la langue du clergé, en concurrence avec le persan, langue de culture et langue des poètes, langue du peuple et langue littéraire.

Parmi ces doctes, il y eut un homme avisé, Shaykh 'Alî al-Karakî (m. 940 h./1534), venu de Syrie. Il conseilla, à maintes reprises, Shâh Ismâ'îl, mais vit le plein succès de son entreprise sous le successeu…

L'ontologie des lumières : Avicenne, Sohrawardî, Mollâ Sadrâ

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"Sadrâ dit souvent de lui-même qu'il est le premier, celui qui inaugure la vraie philosophie de l'islam, et ce propos, fort courant chez nos philosophes, prend chez lui un accent de vérité qui nous touche. Mais ce commencement inaugural nous paraît être, aussi bien, un terme et un dernier mot. Certes, il y eut, du vivant de Sadrâ, et après lui, bien des penseurs qui ne pensèrent pas comme lui, et qui développèrent des propositions très originales. On songe à Qazî Sa'îd Qommî, par exemple, ou à l'ensemble des maîtres de ce qu'il est convenu d'appeler l'Ecole Shaykhie. Pourtant c'est lui, Mollâ Sadrâ, qui achève l'ontologie constitutive de l'islam, c'est lui qui la pense dans sa pureté systématique, de sorte qu'il détermine les problèmes et les réfutations qui feront vivre ses successeurs.

Or ce geste métaphysique, pour illustrer la "renaissance" de la philosophie au temps des Safavides, n'en est pas moins un moment de co…

Révélation prophétique et vérité du réel

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Coran du VI° siècle Organisation Nationale de l'Archéologie, des Musées et des Manuscrits, Yemen.
Aujourd'hui il est de bon ton de stigmatiser l'islam, religion vouée à rester "arriérée" à cause de l'absolue de la Révélation (le judaisme aussi d'ailleurs) en opposition à un christianisme dont la sûreté des sources est plus floue car émanant de propos et récits humains, et donc plus aisé à remettre au "goût du jour". En introduction à L'Acte d'être de Molla Sadrâ, Christian Jambet rappelle cependant ce propos de Hegel :
"Dans le concept de la religion vraie, c'est-à-dire de celle dont le contenu est l'esprit absolu, il est impliqué essentiellement qu'elle soit révélée et, à la vérité, révélée par Dieu."
et interroge :
"Qu'est-ce que la "religion vraie" ? Ces questions engagent, elles-mêmes, un certain jugement sur le processus intérieur au monothéisme. Nous en conservons simplement la conviction init…