jeudi 30 août 2007

Pinakothek, Münich




Gerad David. Die Anbetung der Könige. Le jeune Noir sur la gauche, présentant l'encens ? la myrrhe ? jambe gauche carrément déjetée ; chausses bleu canard, bottes de cuir rouge et éperons.


La Passion de Bouts. Le Christ a toujours le même visage. Un autoportrait ? A vérifier.




Van der Weyden. Das Bringung im Tempel. Femme en robe verte; manches d'un justeaaucorps violet, portant deux colombes dans un panier. Elégante pose de trois-quarts.


Les visages curieusement déformés, petits personnages caricaturaux, comme des gnomes, de Dürer. Par contre, son bel autoportrait. 



La beauté idéale des sainte Famille de Raphaël, opposée aux visages très réalistes des Allemands et Flamands de la même époque. Est-ce trace du néoplatonisme qui avait commencé de toucher l'Italie ?





Le Christ renversé est un éphèbe d'à peine plus de 14, 16 ans. Plus un Endimyon ou un Hyacinthe touché à mort. Rappelle le Christ-Bacchus de l'art paléochrétien, et Tammuz, le dieu du "Printemps est mort !"



Taddeo Gaddi ; vers 1344. saint François rencontre le sultan d'Egypte. Figures réussies de Musulmans égyptiens. Vêtements réalistes.


Cima da Conegliano. Maria mit dem Kinde. Beau visage songeur et résolu de jeune Chevalier (Marie). Action et réflexion (Athéna du bas-relief de l'Acropole).



Une des Vierge à la lecture d'Antonello da Messina. Pas ma préférée.


Le Titien. Emouvant portrait de Charles V, vieux monsieur avec canne et gants, posant dans un fauteuil comme un aïeul bourgeois en manteau noir. Respectable et ménagé.




Rubens. Portrait d'Hélène Fourment. (ce qu'en dit Klee dans son Journal).



Cornelius van Poelenburg. Fillette.


Pieter Janssen Elinga. Die lesende Frau. Evidemment une allégorie religieuse. Très grande beauté des ombres douces, des rais ténus et dorés de lumière. Murs plus de cellule que d'une chambre de ménagère.


G. Ter Borch. Garçon épuçant son chien. Regard irrésistible et résigné de l'épagneul.


Mathias Stomer. Die Verspottung der Ceres. Splendide bras accusateur rayé par la bougie.


Boucher. L'Odalisque (Casanova).






Mon cher Zurbaran et mon cher François d'Assise. Là, je fonds.


Les galopins à la bouche gourmande et aux pieds sales de Murillo.

mardi 21 août 2007

Travel is dangerous for birds and men


Pendant des années, alors que mes voyages pouvaient être dangereux, je me suis répétée cette phrase que j'aimais par dessus tout. Je n'avais jamais lu le livre hormis ce passage pioché dans un agenda. Et tout au long de cette lecture, je le guettais, en ayant peur de le manquer. Mais je savais qu'il ne viendrait qu'en fin de livre, tout comme cette autre phrase du Rivage des Syrtes, "Le monde, Aldo, fleurit par ceux qui cèdent à la tentation" qui m'a poursuivit depuis mes quinze ans jusqu'à ces dernières années, et qui n'arrive qu'à la fin :

"Travel is dangerous for birds and men. (Odysseus had shared the danger of the Hoopoe in the through of the wave) When I leave Geneva to go to Greece, when I leave my home in the twentieh century to visit Hellas, I hold my breath until the weeks of wandering are over, until home-life is restored, the family reunited. The Wood Warblers, even on Mykonos, can have no greater sense of the precariousness of this our life than I have I am one with Odysseus and the Hoopoe."

The Storm Petrel and the owl of Athena, Louis J. Halle

Et c'est maintenant que je me souviens que Hoopoe, la Huppe, est aussi l'oiseau-murid du Manṭiq al-ṭayr, la huppe, messager de Salomon et voyageur de la bonne nouvelle.

Owl of Athena



"In the shrub-hollies that grow in the ravine toward the Persia spring there must have been Sardinian Warblers, birds that Clytemnestra may have admired (but not Electra, who was a serious girl). The Storm Petrel and the owl of Athena, Louis J. Halle

Refugee species


"It is tempting to regard the hunters as evil men, which they are not. They are simply men like the rest of us who have not yet realized in their own minds that the revolutionary transformation that has taken place in the world. They are still responding to the obsolete impulse of ancestors who lived in the wild word and pitted them against it. They are still responding to this impulse at a time when what represents the wild word has been reduced to a disorganized remnant of refugees, like human refugees from a city struck by disaster."

The Storm Petrel and the owl of Athena, Louis J. Halle

samedi 18 août 2007

Seagoing sandpipers


"A pair of Red-necked Phalaropes that had presumably started a nest here were conspicuously in evidence, small as they were, because their restless activity kept them constantly in a state of such active movement, whether on land, on the water, or on the air. The difficulty in observing them was not that of getting close enough, for they would repeatedly land on the water within twenty or thrity feet of the observer. But they did not stay. They flitted off again in darting flight over the grasses, down again and hidden from view, now up again, repeatedly uttering a single tone, a twit, often excitedly in rapid succession. Nothing could exceed their delicacy and elegance when on the water or on land. Obviously they were the aristocrats of some Lilliputian kingdom. On land they ran about with an agility one would have not expected in that, for three-quarters of every year, hardly have occasion to touch anything solid with their feet. On the water they rode high, their little heads on stalks, turning about this way and that, repeatedly, touching the surface on one side or another with the needle tips of their bills. Both wore a pattern of gray and white (bolder in the female) and both had an orange-red stain (brighter and more extensive in the female) than ran down from the back of the head over the throat, making each look like some flower of the marsh-weed through which it swam.

No Venetian ever blew anything as delicate in glass. No photograph can do justice to it ; no painter ever has. One needs the vast setting of sky and water to see how small the bird is. The daintiness of its hesitating and darting flight could never be reproduced."



"No less than the reader of these notes, Phalaropes and Snipe, Curlew and Oystercatch represent life on earth. One cannot even be sure that they are less important in whatever may be the great scheme of things."

The Storm Petrel and the owl of Athena, VI, Louis J. Halle

jeudi 16 août 2007

Des Nazgûls et de l'ipséité ishraqî


Regardant le documentaire sur Tolkien et le Seigneur des anneaux fourni dans le dvd version longue de La Compagnie de l'anneau, quand on aborde les spectres, les Ringwraith, les cavaliers noirs donc, qui sont, au fond, vides, comme le Mal, les orcs, les trolls, les croisements de Saruman. Le Mal est vide, sans être, chez Tolkien. Le documentaire ajoute que c'est assez bien l'essence du Mal au XX° siècle, un mal sans joie ni conscience de pécher, ni blasphème ni transgression, des êtres banals et qui ne ressentent rien en accomplissant le mal. Le mal, c'est ceux qui n'ont pas conscience d'eux-mêmes, de leur être. Le mal c'est ceux qui sont inconscients d'eux-mêmes, "Unaware".

V
Proposition générale :
Que tout ce qui se connaît soi-même est lumière immatérielle

114. Tout ce qui connaît une ipséité (dhât) dont il n'est jamais absent, n'est pas un être de la nuit puisqu'il est révélé soi-même à soi-même. Il n'est pas non plus une qualité ténébreuse, immanente, à quelque chose d'autre, car si la qualité lumineuse elle-même n'est déjà pas une Lumière pour soi-même, à plus forte raison la qualité ténébreuse ne le sera-t-elle pas. Donc ce qui n'est jamais absent de soi-même est une Lumière pure, immatérielle, que l'on ne peut montrer."

V. IV
Du Mal et de la Misère.


229. La misère (shaqawa) et le mal (shaw) dérivent, dans le monde des Ténèbres, des mouvements, tandis que la Ténèbre et le mouvement sont deux conséquences nécessaires de la dimension d'indigence qui existe dans les Lumières archangéliques et les (lumières) régentes. Quant au mal, il accepte nécessairement les intermédiaires (wasâ'it).

La Lumière des Lumières ne peut absolument comporter en elle aucune qualité ni dimension ténébreuses. C'est pourquoi il n'émane d'elle aucun mal. L'indigence et les Ténèbres accompagnent, nécessairement, des causes, à la façon de tous les concomitants de la quiddité, qu'il est impossible de lui dénier. Et l'on ne peut se représenter l'existence, sinon telle qu'elle est, en fait. Le mal en ce monde est de beaucoup inférieur au bien."
Le Livre de la sagesse orientale, Shihab od Din Sohrawardî; trad. Henry Corbin.

Commentaire de Qotb od-Dîn Shirazî :
"Il faut que tu saches que le mal n'a pas d'essence ou plutôt que le mal est privation d'une essence ou imperfection d'une essence. Ce qui est existencié comme mal a pour cause que cela fait atteindre à quelque néant, puisque s'il était un existant positif, il ne serait un mal ni pour un autre, ni pour soi-même. En effet l'existence de la chose n'implique pas son propre néant, ni le néant de quelque chose qui la parachève."

"Ne pas être, c'est être incapable de produire, d'illuminer, de multiplier autour de soi des manifestations de soi, d'irradier de la différence. "(Christian Jambet, Introduction à la Sagesse orientale).

lundi 13 août 2007

L'Homme armé


"L'âge roman ignore la prière muette et croit son Dieu plus sensible à la prière en commun, proférée d'une seule voix, mais sur les rythmes de la musique, puisque cette louange doit s'accorder aux hymnes dont le choeur des séraphins entoure au plus haut des cieux, le trône du Tout-Puissant. Huit heures par jour, les moines donc chantent à pleins poumons. Du chant grégorien, nous avons oublié qu'il était mâle, qu'il était violent, que c'était un chant de guerre, crié par les moines, ces combattants, contre les armées sataniques, pour les mettre en déroute, lançant contre elles, comme des javelots, la plus sûre des armes offensives : les paroles de la prière."

L'Europe au Moyen-Âge, "La quête de Dieu", Georges Duby.

dimanche 12 août 2007

Birds that attack men



"The Arctic Terns illustrates one of the most fascinating of mysteries associated with birds. As in the case of many other species on land and sea, the young of the year undertake the southward migration weels ahead of the adults. How do they know the traditionnal migration routes unless they inherit their ancestors' memory of the geography involved ? The notion, however, that they do inherit knowledge that their ancestors have learned surpasses the bounds of genetic orthodoxy.

Most species of tern, including the Arctic, are airy-fairy creatures. Their tapering and pointed wings, reaching forward to the joint and then raked back, each V-shaped in silhouette, are too sharply angled for sailing flight. Neverthless, they provide an even greater excess of surface than those of gulls, just as those of gulls are proportionately more surgace than those of the Fulmar. One could say that, in normal flight, these bent wings flick with the regularity of a pulse, except that the word "flick" does not suggest the depht of each stroke. The wings snap down in successives strokes that rock the relatively small body between them. The bird may remain hanging in the wind, whipping it with the regular downbeats of its wings, forked tail spread and outer tail-feathers streaming wide - until, seeing a fish below, it suddenly dives vertically to pierce the water, from which it emerges a flight a moment later, its bill holding crosswise a shaving of silver that shimmers in its final efforts to swim."

The Storm Petrel and the owl of Athena, III, Louis J. Halle

samedi 11 août 2007

Of gulls and men


"In the evolution of life on earth there has been a gradual separation of forms descended from common ancestors, and it is convenient to indicate degree of separation by some system of categories, necessarily arbitrary, such as orders, families, genera, and species. These categories, however, do not exist in nature ; they are the invention of man."

"One respect in which the Kittiwake differs from the Larus gull is that it is, presumably, hardly more associated with man than the Storm Petrel, and less than the Fulmar, since it has not come to depend for its food on man's harvesting of the sea. It is not a bird of the edge between land and water, not a scavenger, not (according to the literature) a frequenter of man's ports and harbors. It was therefore with surprise that, on July 17th, 1968, I found flocks of Kittiwakes scavenging alongside the Herring Gulls about the docks in the harbor of Aberdeen. Amid the activity of clanging machinery they circled about, dipping down between boats and barges to pluck prizes from the surface of the foul swirling waters. So delicate a bird in a setting so human, and so alien to it !"

The Storm Petrel and the owl of Athena, III, Louis J. Halle

vendredi 10 août 2007

"Captif de Dieu sur la terre"




Dans l'Anthologie du renoncement de Bayhaqî, jolis hadiths prônant la remise des péchés aux vieillards (au rebours de l'indulgence plaidée aujourd'hui pour les "fautes de jeunesse"). Cette idée que quellles que soient les fautes d'un homme, passé un certain temps, même pour Dieu, il y a prescription.


"Dieu éloigne de tout homme qu'Il fait vivre dans l'Islam jsuqu'à quarante ans toutes sortes d'épreuves : la folie, l'éléphantiasis et la lèpre. Quand il atteint cinquante ans, Il allège pour lui la Reddition des Comptes. Quand il parvient jusqu'à soixante ans, Dieu lui accorde le repentir en échange de ce qu'Il aime ou Le satisfait. S'il a soixante-dix ans, Dieu et les habitants du ciel l'aiment. S'il arrive à quatre-vingts ans, Dieu accepte ses bonnes actions et passe sur ses mauvaises actions. S'il parvient à l'âge de quatre-vingt-dix ans, Dieu lui pardonne ses péchés ancients et ses péchés récents. Il est appelé "le captif de Dieu sur terre", et il devient un intercesseur auprès des membres de sa famille."

Hadîth transmis par Anas ibn Mâlik.



Variante d'un hadîth voisin transmis par 'Uthmân ibn Aftân :


"Quand le serviteur a quarante ans achevés et qu'il s'avance vers la cinquantaine, trois maux lui sont épargnés : l'éléphantiasis, la folie, la lèpre. Quand il a cinquante ans, la Reddition des Comptes lui est facilitée. A l'homme de soixante ans le repentir est accordé. L'homme de soixante-dix ans est aimé des anges célestes. Pour l'homme de quatre-vingts ans, seules ses bonnes actions sont consignées, ses mauvaises actions ne le sont pas. Quantà l'homme de quatre-vingt-dix ans, ses anciens péchés lui sont pardonnés ; il devient intercesseur pour jusqu'à soixante-dix membres de sa famille, et les anges qui président au ciel de ce bas monde le nomment "captif de Dieu sur la terre".


L'anthologie du renoncement, III, Abû Bakr Ahmad ibn al-Husayn al-Bayhaqî, trad. Roger Deladrière, éd. Verdier.

D'autres que moi diront quel est ce lieu où j'ai vécu

Saisie par le sentiment, la nostalgie gnostiques qui court dans toute l'oeuvre de Jean Tardieu, qui est exprimé de la façon la plus évidente dans Confessions d'une personne seule, ou Formes, figures et mouvements, ou Abus de confiance, mais pas seulement :

"QUEL EST CE LIEU OU J'AI VECU ?
Je ne sais où, - c'était un lieu mobile dans le temps, - j'ai traversé de grands espaces, fournis de formes animées.

J'étais dans la clarté, dans les ténèbres. Je marchais. Je voyais. J'entendais. J'interrogeais ce monde inconnu et fragile, traversé de prodiges, de points brillants accrochés au silence, de grondements obscurs, de passages irrités. J'oscillais entre l'horreur et la joie, car tantôt mes regards se heurtaient à des murs, tantôt mes pas heureux se posaient sur de riants abîmes.

J'aimais ces lueurs vertes, ces taches d'ombre qui dansent dans le jour, en même temps que parvient jusqu'à nous le frôlement d'un souffle, accompagné de cris fugitifs et paisibles. C'est alors que chacun renonce à émouvoir ce Masque étranger, aux paupières mi-closes, suspendu très haut sur nos fronts, qui nous observe et se tait. L'heure passe et il semble que toute la souffrance de ce séjour à la dérive veuille se racheter par l'innocence d'un instant...

Mais c'est en vain ! Ma cruauté couve au coeur de l'oubli. Des menaces rougeoient. L'étendue s'embrase, s'adresse à elle-même des reproches assourdissants. Des lueurs brèves ! Des ordres venus de très loin ! Le sol tremble. Un froid liquide parcouru de flammes violettes engloutit notre frêle horizon. Dites ! Quel crime ai-je commis ? Qui m'a condamné ? Quels supplices m'attendent ? ...

Mais à qui donc s'adressent nos questions, si ce n'est à nous-mêmes ? Quand verrons-nous enfin, dans le fracas d'une soudaine réconciliation, apparaître au fond de l'azur, au-delà de toutes les cimes et de tous les siècles, notre propre Visage, où veille un ancien sourire à demi-effacé ?

D'autres que moi diront quel est ce lieu où j'ai vécu, près des sources murées, des édifices détruits, des voix errants sans écho, entre le feu et la cendre, entre mémoire et avenir."


"A ce moment, je sortis. L'air était diaphane et songeur. Il respirait pour moi, il me portait. Je me mouvais dans la matinée avec une miraculeuse aisance. Et de toutes parts, j'entendis de nouveau la voix grave qui venait à moi, disant : accepte !... Je levais les yeux et vis qu'il était l'heure de vivre. Mes muscles jouaient sous ma peau comme ceux d'un animal plein de force. Je reconnaissais mes amis, les grands acteurs du monde, les Eléments, toujours atatchés à leur rôle, mais il me sembla, cette fois, que leurs gestes plongeaient dans une nuit prodigieuse. Comme si j'étais entouré d'une énorme conspiration dont je faisais partie moi-même, j'eus l'impression que j'assistais, de l'intérieur, à la formation du monde, et que la nuit qui mugissait autour de moi, loin de me trahir, me portait. Je comprimai les battements de mon coeur, tant ma joie était grande d'étendre par-delà les choses créées cette communication dont j'avais eu la révélation dès les premières années de mon enfance !...

Obscurité du jour, je t'admets sans crainte et sans regret. Ton sang noir coule dans mes veines et tu te mêles aux ténèbres de ma propre intelligence. Sur ce fleuve d'encre brille le sel étincelant des choses. Je descends avec lui, son flot m'emporte lentement, tandis qu'une forme voilée me pleure sur la rive. Je ne suis pourtant pas à plaindre : je suis, au fond du sombre azur, un bienheureux naufragé qui s'éloigne et se tait."
Mémoires d'un orphelin.

"Au-delà de toute vie et de tout déclin, de toute présence et de toute absence, de tout salut et de toute perdition, au-delà même de toute parole, une réconciliation avec ce qui nous dépasse et nous dévore, la fusion, le retour des êtres séparés, dans l'unité et la paix originelles."
La Voix.


jeudi 9 août 2007

Kafka sur le rivage


Coup de foudre pour ce roman de Murakami, très atatchant, énormément de charme, une féérie qui égale celle de La Fin des temps.


"C'est merveilleux de vivre seul en pleine nature, cela ne fait aucun doute, mais il ne faut pas que ça dure trop longtemps, dit Oshima en mettant ses lunettes de soleil, et en attachant sa ceinture de sécurité.

Assis à côté de lui, j'attache moi aussi ma ceinture.

-Cela n'a rien d'impossible en théorie, et il y a des gens qui y parviennent. Mais la nature est, dans un sens, peu naturelle. Trop se décontracter peut être source de menace pour nous, humains. Il faut une certaine préparation et de l'expérience pour accepter cette contradiction et vivre avec. Voilà pourquoi, dans un premier temps, nous retournons en ville. Nous retournons aux activités humaines et à la compagnie de nos semblables."


Oshima appuie sur l'accélérateur et entame la descente. Cette fois, il n'est pas pressé et conduit lentement, appréciant le paysage et le vent qui souffle par derrière et agite sa longue frange. Bientôt, le chemin de terre rejoint une route étroite et goudronnée qui longe des champs et de petits hameaux.

- A propos de contradictions, dit soudain Oshima, la première fois que je t'ai vu, j'en ai senti une en toi. Je me suis dit : ce garçon a l'air de chercher désespérément quelque chose et en même temps de tout faire pour l'éviter.

- Qu'est-ce que je cherche d'après vous ?

Oshima secoue la tête et regarde dans son rétroviseur en fronçant les sourcils.

-Je ne sais pas. J'exprime juste une impression que j'ai eue.

Je ne réponds pas.

- D'après mon expérience, quand on cherche désespérément quelque chose, on ne le trouve pas. Et quand on s'efforce d'éviter quelque chose, on peut être sûr que ça va venir vers nous tout naturellement. Bien sûr, ce n'est qu'une théorie.

- Si vous appliquez cette théorie à mon cas, que va-t-il m'arriver si je cherche quelque chose et essaie de l'éviter en même temps ?

- C'est une question difficile, dit Oshima en souriant. (Puis il reprend après une petite pause :) Si je peux me permettre de le donner, voilà mon avis. Peut-être ce que tu cherches ne viendra pas sous la forme à laquelle tu t'attends."


"Tous deux étaient précoces et, comme il arrive souvent avec les adolescents précoces, ils avaient du mal à grandir. Ils se comportaient comme s'ils avaient encore quatorze ou quinze ans."
Kafka sur le rivage, Haruki Murakami.

mercredi 8 août 2007

Si le Saint est vertueux, le gnostique est oublieux


"Abandonner le monde en y pensant caractérise les ascètes, l'abandonner en l'oubliant caractérise les gnostiques."

Abû 'Abd Allâh ibn Asad Al-Harîth Muhâsibî.

Chaos


"Bientôt les limites de sa conscience se mirent à fluctuer, comme les papillons voletant dans les herbes. Au-delà de ces limites s'étendaient un profond abîme. De temps en temps, sa conscience venait survoler ce gouffre obscur. Mais Nakata n'avait pas peur de ces ténèbres, de ces profondeurs. Pourquoi aurait-il craint ce monde d'obscurité sans fond, ce chaos, ce silence épais, qui étaient ses alliés depuis bien longtemps et avaient fini par devenir une partie de lui-même ? Dans ce monde-là, il n'y avait pas d'écriture, pas de jours de la semaine, pas de préfet, pas d'opéra, pas de BMW. Pas de ciseaux non plus, pas de chapeau tout en hauteur. Il n'y avait pas d'anguilles, ni de petits pains fourrés aux haricots rouges. Il y avait tout. Mais il n'y avait pas de parties. Et comme il n'y avait pas de parties, on n'avait pas besoin de remplacer une chose par une autre. Rien à ajouter, rien à retrancher. Ce n'était pas la peine de penser à des choses compliquées, il suffisait de se laisser flotter dans ce tout. Et Nakata ne pouvait que savourer ces moments avec gratitude."
Haruki Murakami, Kafka sur le rivage.

dimanche 5 août 2007

The fulmar flying free


"Guides to bird-identification say that, superficially, it is like a gull. The word "superficially" should be emphasized, however, because it is quite unlike a gull to the eye of any praticed observer. As a flying machine, especially, it belongs to an altogether different category. It is a projectile rather than a parachute, adapted to swift rather than drifting flight."

The Storm Petrel and the owl of Athena, II, Louis J. Halle

vendredi 3 août 2007

Journal de Paris à Venise



"Le château de Joux défend les approches de Pontarlier ; il a vu se succéder dans ses donjons deux hommes dont la révolution gardera la mémoire : Mirabeau et Toussaint-Louverture, le Napoléon noir, imitié et tué par le Napoléon blanc. "Toussaint, dit Madame de Staël, fut amené dans une prison de France, où il périt de la manière la plus misérable. Peut-être Bonaparte ne se souvient-il pas seulement de ce forfait, parce qu'il lui a été moins reproché que les autres."

"Dans la vallée du Rhône, je rencontrai une garçonnette presque nue, qui dansait avec sa chèvre ; elle demandait la charité à un riche jeune homme bien vêtu qui passait en poste, courrier galonné en avant, deux laquais assis derrière le brillant carrosse. Et vous vous figurez qu'une telle distribution de la propriété peut exister ? Vous pensez qu'elle ne justifie pas les soulèvements populaires ?"


En visitant les célèbres prisons de Venise :


"Force sentences barbouillent les voûtes et les murs des souterrains, depuis que notre révolution, si ennemie du sang, dans cet affreux séjour, d'un coup de HACHE a fait entrer le jour. En France, on encombrait les geôles des victimes dont on se débarrassait par l'égorgement ; mais on a délivré dans les prisons de Venise les ombres de ceux qui peut-être n'y avaient jamais été ; les doux bourreaux qui coupaient le cou des enfants et des vieillards, les bénins spectateurs qui assistaient au guillotiner des femmes s'attendrissaient sur les progrès de l'humanité, si bien prouvés par l'ouverture des cachots vénitiens."

Mémoires d'Outre-tombe, Chateaubriand.

La Rose de Djam (série)

La Rose de Djam II :  La grotte au dragon C'est au cœur du pays yézidi que Sibylle laisse ses compagnons, pour s'enfoncer ...