Articles

Affichage des articles du mars, 2005
On s'en fout

Huit touristes français sont morts dans un accident de voiture au Maroc.
Le merle le matin. Lisse ses plumes, frotte son bec contre le tronc de l'arbre, comme nous nous lavons les dents. Il fait ça chaque matin, bien sûr. Ce qui apaise et combre l'inquiétude humaine dans le spectacle de la nature, c'est sa plénitude, la densité de la vie animale, ou végétale, où rien n'est vide, inoccupé. Les animaux ont toujours quelque chose à faire pour leur survie. L'instinct ne laisse pas de place au farniente. Dans une vie d'oiseau, d'écureuil, il n'y a rien d'inutile, d'improductif, de gratuit. L'instinct les enchaîne d'une certaine façon et les délivre de la pensée. Nous connaissons, nous, l'angoisse du vide, de l'inutile, car nous avons ce choix. Faire ou ne pas faire. Nous pouvons rester assis à méditer dans une forêt toute la journée ou courir au bureau : cela n'a au fond aucune importance dans la marche de l'univers. C'est ça le libre arbitre, l'angoissante pensée de : Quoi que tu fasses, c…
Image
J'ai découvert Musil assez tôt, avec Les Désarrois de l'élève Törless. Quelques années plus tard L'Homme sans qualité. Il m'a d'abord intrigué, intéressé. De loin en loin le relisant, en gros tous les six, sept ans, je peux dire que c'est un auteur que j'aime de plus en plus. Séduction intellectuelle, gros plaisir à relire, à redévorer l'Elève Törless par exemple, que je connais par coeur, et pourtant non, à chaque relecture une lecture différente, et ça n'arrive pas avec tant d'auteurs que ça, quoi que l'on dise. Il y a des auteurs que j'ai arrêté de lire et de relire quand j'ai senti tomber mon intérêt parce que je sentais que j'en avais pompé tout le jus, comme un chewing gum trop mâché, c'est le cas de Tournier avec Le Roi des Aulnes et des Météores dont je raffolais à 17 ans. Plus rien à en apprendre. Musil non, c'est l'inverse. Il m'a bien moins captivé que Le Roi des Aulnes au même âge (fin de l'adolesc…
Image
Curieux destin transincarnation que celui de Sita. Outragée par Ravana quand elle était Vedavati, fille d'ascète vouée par son père à n'épouser que Vishnu, elle se jette dans le feu, revient sur terre en Sita, épouse Rama qui est Vishnu, et de nouveau subit l'outrage de Ravana. A nouveau le feu, mais sous forme d'ordalie. Pour finir, elle ne se remettra tout de même pas (enfin, sa réputation) de ce contact. Un simple toucher. Mais comme ces histoires de souillure par le toucher sont terribles en Inde.

Confucius

Image
"Lorsqu'il franchissait le portail ducal, il se tenait comme incliné, comme si l'espace manquait. Il ne se tenait pas, debout au milieu de l'entrée et marchait sans fouler le seuil. Il prenait une mine grave et pressait le pas, en passant devant le trône. La parole semblait lui manquer. Il montait à la salle d'audience en retenant le bas de sa robe, comme incliné, retenant son souffle, comme s'il craignait de respirer. A la sortie, dès le premier degré, descendu, son visage se détendait, comme rempli d'aise. Arrivé au bas des marches, il se précipitait comme s'il étendait les ailes, et reprenait sa place comme saisi d'une crainte respectueuse."

Comme toutes ces simagrées de carpette donnent le fou-rire d'autant plus qu'elles se répètent indéfiniment de siècle en siècle... et que cela sonne de façon déplaisante : Comment peut-on être confucianiste ? Je me demande.

Tout de même, d'accord avec ce passage qui se met en porte-à-faux av…
Image
"L'air et le plaisir de ces journées étaient si clairs, si tendres qu'on pensait, sans le vouloir, que les êtres et le monde devaient s'y montrer plus réels qu'ils ne l'étaient. Il courait dans cette transparence un léger frémissement d'aventure mystérieuse comme il en court dans la fluide limpidité d'un ruisseau grâce à laquelle le regard peut voir le fond ; mais quand il y atteint, vacillant, les pierres, énigmes colorées, sont comme une peau de poisson sous l'éclat lisse de laquelle ce qu'on croyait découvrir se cache définitivement."

"N'être pas aimé selon son mérite, c'est la tristesse de toutes les vieilles filles des deux sexes !"