mercredi 30 mars 2005

On s'en fout

Huit touristes français sont morts dans un accident de voiture au Maroc.

mardi 15 mars 2005

Le merle le matin. Lisse ses plumes, frotte son bec contre le tronc de l'arbre, comme nous nous lavons les dents. Il fait ça chaque matin, bien sûr. Ce qui apaise et combre l'inquiétude humaine dans le spectacle de la nature, c'est sa plénitude, la densité de la vie animale, ou végétale, où rien n'est vide, inoccupé. Les animaux ont toujours quelque chose à faire pour leur survie. L'instinct ne laisse pas de place au farniente. Dans une vie d'oiseau, d'écureuil, il n'y a rien d'inutile, d'improductif, de gratuit. L'instinct les enchaîne d'une certaine façon et les délivre de la pensée. Nous connaissons, nous, l'angoisse du vide, de l'inutile, car nous avons ce choix. Faire ou ne pas faire. Nous pouvons rester assis à méditer dans une forêt toute la journée ou courir au bureau : cela n'a au fond aucune importance dans la marche de l'univers. C'est ça le libre arbitre, l'angoissante pensée de : Quoi que tu fasses, cela a si peu d'importance. Alors nous nous réfugions dans des rites inventés : les cultes, les prières quotidiennes, les régimes alimentaires, cette façon de "donner sens à la vie" via des pratiques au fond toutes artificielles, - on pourrait faire cela ou autre chose - n'est qu'une façon de nier et combler ce vide, de courir après la vie verrouillée de l'écureuil ou du merle.

samedi 12 mars 2005


J'ai découvert Musil assez tôt, avec Les Désarrois de l'élève Törless. Quelques années plus tard L'Homme sans qualité. Il m'a d'abord intrigué, intéressé. De loin en loin le relisant, en gros tous les six, sept ans, je peux dire que c'est un auteur que j'aime de plus en plus. Séduction intellectuelle, gros plaisir à relire, à redévorer l'Elève Törless par exemple, que je connais par coeur, et pourtant non, à chaque relecture une lecture différente, et ça n'arrive pas avec tant d'auteurs que ça, quoi que l'on dise. Il y a des auteurs que j'ai arrêté de lire et de relire quand j'ai senti tomber mon intérêt parce que je sentais que j'en avais pompé tout le jus, comme un chewing gum trop mâché, c'est le cas de Tournier avec Le Roi des Aulnes et des Météores dont je raffolais à 17 ans. Plus rien à en apprendre. Musil non, c'est l'inverse. Il m'a bien moins captivé que Le Roi des Aulnes au même âge (fin de l'adolescence en gros) mais le relisant à des années-lumière de qui j'étais à 18, 28 ans, je me sens tout d'un coup en pleine correspondance harmonique, celle fugitive et intense du temps d'une lecture, pas plus, ce n'est pas un maître à penser, mais quelqu'un dont les livres font des clins d'oeil appréciables. Amusant et surprenant aussi de voir des phrases soulignées il y a dix ans qui aujourd'hui ne me parlent plus autant. Quelle naïveté avais-je d'être frappée ainsi, de m'en servir comme marchepied pour la vie... (ça me fait le même effet pour Nietzsche qui vieillit moins bien que Musil, qui finira peut-être comme Tournier, dépassé, usé, car j'ai trouvé plus captivant, intrigant ailleurs). Relire des phrases que j'avais soulignées alors, c'est être replongée d'un coup dans la niaiserie de ma jeunesse, la même qui soulignait fiévreusement des tas d'aphorismes nitzschéens parce que j'avais vingt-cinq ans et que je voulais exister... Or les passages que je bois le plus attentivement, le plus longuement chez Musil, ne sont du tout les mêmes. Là je n'ai plus rien souligné chez Törless. C'est l'oeuvre en général, la virtuosité légère de ce petit chef d'oeuvre que j'ai trouvé goûteuses. Léger, mi-cruel mi-indulgent comme un petit opéra baroque.

lundi 7 mars 2005


Curieux destin transincarnation que celui de Sita. Outragée par Ravana quand elle était Vedavati, fille d'ascète vouée par son père à n'épouser que Vishnu, elle se jette dans le feu, revient sur terre en Sita, épouse Rama qui est Vishnu, et de nouveau subit l'outrage de Ravana. A nouveau le feu, mais sous forme d'ordalie. Pour finir, elle ne se remettra tout de même pas (enfin, sa réputation) de ce contact. Un simple toucher. Mais comme ces histoires de souillure par le toucher sont terribles en Inde.

Confucius




"Lorsqu'il franchissait le portail ducal, il se tenait comme incliné, comme si l'espace manquait. Il ne se tenait pas, debout au milieu de l'entrée et marchait sans fouler le seuil. Il prenait une mine grave et pressait le pas, en passant devant le trône. La parole semblait lui manquer. Il montait à la salle d'audience en retenant le bas de sa robe, comme incliné, retenant son souffle, comme s'il craignait de respirer. A la sortie, dès le premier degré, descendu, son visage se détendait, comme rempli d'aise. Arrivé au bas des marches, il se précipitait comme s'il étendait les ailes, et reprenait sa place comme saisi d'une crainte respectueuse."

Comme toutes ces simagrées de carpette donnent le fou-rire d'autant plus qu'elles se répètent indéfiniment de siècle en siècle... et que cela sonne de façon déplaisante : Comment peut-on être confucianiste ? Je me demande.

Tout de même, d'accord avec ce passage qui se met en porte-à-faux avec notre époque, toujours encline à nous bassiner l'âme avec les bons sentiments et les bonnes intentions au détriment du savoir.

"Bonté sans étude tourne à la bêtise"(ce que j'appelle le sentimentalisme ambiant) "sagesse sans étude devient superficielle" (toutes ces spiritualités et philosophies de bazar, qui sont elles-mêmes incapables de savoir de quelle source elles découlent) ; "bonne foi sans étude pousse au banditisme" (eh oui, les rebelles au grand coeur et à la tête vide), "droiture sans étude rend cassant" (je suppose qu'étudier doit servir à ne pas être trop péremptoire et à se souvenir que l'on se trompe toujours, celle-ci je devrais m'en souvenir) ; "bravoure sans étude mène au désordre" (de l'art de la guerre) ; "rigueur sans étude conduit à la folie du fanatisme" (tous les troupeaux totalitaires en somme).

"Sur la délation qui passe pour droiture." Comme cela sonne vrai !

mardi 1 mars 2005


"L'air et le plaisir de ces journées étaient si clairs, si tendres qu'on pensait, sans le vouloir, que les êtres et le monde devaient s'y montrer plus réels qu'ils ne l'étaient. Il courait dans cette transparence un léger frémissement d'aventure mystérieuse comme il en court dans la fluide limpidité d'un ruisseau grâce à laquelle le regard peut voir le fond ; mais quand il y atteint, vacillant, les pierres, énigmes colorées, sont comme une peau de poisson sous l'éclat lisse de laquelle ce qu'on croyait découvrir se cache définitivement."

"N'être pas aimé selon son mérite, c'est la tristesse de toutes les vieilles filles des deux sexes !"


La Rose de Djam (série)

La Rose de Djam II :  La grotte au dragon C'est au cœur du pays yézidi que Sibylle laisse ses compagnons, pour s'enfoncer ...