Accéder au contenu principal

Zodiaque




Au-dessus de nos têtes, ni gouffre, ni noir
Mais le livre du Bien et du Mal.
Le zodiaque nocturne, nous le couvons du regard,
Ce tango éternel des étoiles.

On contemple, la tête rejetée en arrière,
Le silence, le secret, l'éternité.
Les routes des destins, notre vie éphémère,
Sont tracées là, en invisibles repères
Qui peuvent nous garder, nous protéger.

Nectar brûlant aux frimas de février,
Tel le saint chrême, douce infusion,
Le Verseau épanche sa belle eau étoilée
Dans le Capricorne au gosier sans fond.

Le flot céleste est sinueux, fulgurant,
Aux couleurs de mercure et de sang.
Mais des fers aux brumes de mars s'évadant,
Ver leur frai nagent les Poissons puissants
Remontant les lactés affluents.

Le Sagittaire a dardé tous ses traits,
En décembre, il est dolent, chagriné.
Dès lors, le Taureau, sans crainte, peut folâtrer
Dans les clairs pâturages de mai.

Du fond de son mois d'août, le Lion affamé
Lorgne le Bélier d'avril de façon bien suspecte.
En juin, ouvrant aux Gémeaux leurs bras légers,
De leur constellation, les jeunes Vierges ont fait
de la Balance, une escarpolette.

Les ténèbres sont percées de rais de lumière.
Comme le fil d'Ariane, ils sont concrets.
Le cruel Scorpion, le mystérieux Cancer
Sont éloignés de nous, neutralisés.

De son zodiaque, l'homme ne s'en plaint mais
Au décri, les étoiles seraient-elles sensibles ?
Ces constellations, au ciel il les a arrachées,
En un métal noble, il les a enchâssées
Et le mystère devint accessible.

Ballades, Vladimir Vissotsky, trad. Michel et Robert Bedin.

Posts les plus consultés de ce blog

Tout cela est si lent, si lourd, si triste…

Cette agitation comique-troupier sur Céline m'a donnée envie de le relire, non pour protester dans je ne sais quelle posture trouduquesque-je-résiste, mais parce que je me suis souvenue de ces livres et que cela faisait longtemps que je ne les avais pas relus. Je ne me souvenais pas que le début de Mort à Crédit était si beau, dans une tristesse poétique d'épave. Je trouve qu'on ne dit pas assez combien Céline était humain, autant dans ses vacheries que dans ses douceurs. Les hommes, il les trouvait cons, et fascinants de connerie, il en avait pitié aussi. Et la vacherie disparaît pour les "petites âmes", les gosses de pauvres, les vieux qui ne vivent plus que par un souffle, les chats… Il disait n'aimer que les danseuses, sinon. Tous les gens "légers", en somme. Il trouvait les gens lourds et méchants, et souffrants, et alors quand ils souffrent ils sont pire. Lourds, et tristes, et lents, voilà justement comment cela commence :
Nous voici encore …

La réponse est le malheur de la question

Prenons ces deux modes d'expression : "Le ciel est bleu", "Le ciel est-il bleu ? Oui." Il ne faut pas être grand clerc pour reconnaître ce qui les sépare. Le "Oui" ne rétablit nullement la simplicité de l'affirmation plane : le bleu du ciel, dans l'interrogation, a fait place au vide ; le bleu ne s'est pourtant pas dissipé, il s'est au contraire élevé dramatiquement jusqu'à sa possibilité, au-delà de son être et se déployant dans l'intensité de ce nouvel espace, plus bleu, assurément, qu'il n'a jamais été, dans un rapport plus intime avec le ciel, en l'instant – l'instant de la question où tout est en instance. Cependant, à peine le Oui prononcé et alors même qu'il confirme, dans son nouvel éclat, le bleu du ciel rapporté au vide, nous nous apercevons de ce qui a été perdu. Un instant tranformé en pure possibilité, l'état des choses ne fait pas retour à ce qu'il était. Le Oui catégorique ne peut ren…

Les Quarante et le Pôle du monde

"Abdâl (sing. badal) est le nom qui est généralement donné aux saints inconnus, dont la présence est nécessaire pour le maintien de la vie sur la terre. Ils constituent une hiérarchie cachée et permanente, ayant à sa tête "le Pôle" (al-Qutb), et dont chaque membre est immédiatement remplacé à sa mort (cf. M. Chodkiewicz, Le Sceau des Saints, pp. 116-127). Le mot est d'origine traditionnelle, et l'on trouvera dans le Kanz al-'ummâl d'al-Muttaqî (V, pp. 332-334) 20 hadîths le mentionnant, et selon lesquels le nombre des abdâl est de 30 ou 40. Avec Ibn 'Arabî les données concernant les membres de la hiérarchie cachée des saints, leur nombre, leurs fonctions, se préciseront. Chez un auteur comme Abû Tâlib Makkî (mort en 996), l'emploi du mot abdâl reste encore incertain et fluctuant ; il est mentionné en 18 passages différents du Qût al-qulûb, avec des significations diverses : il y a des abdâl des justes (siddîqûn), des prophètes (anbiyâ'), des …