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Aimer Dieu, c'est passer le pont



Je vais faire un aveu. J'écrivais récemment pour un média chrétien un article sur l'amour de Dieu. Je citais au fil de la plume une phrase de sainte Gertrude, qui m'avait semblé forte et belle : "Amour, qui non seulement éclairez mais divinisez, venez à moi dans votre puissance, venez dissoudre tout mon être. Détruite en ce qui est en moi, je ne serai qu'à vous."

Je supprimai cette phrase. Pourquoi cette prudence ? Écrivant pour des chrétiens, je craignais de blesser, de désorienter, de choquer malgré la caution de la sainte. En effet comment expliquer à des chrétiens de bonne volonté que l'amour de Dieu à la fois nous divinise et nous détruit ? Paroles incompréhensibles pour le chrétien engagé dans un amour de Dieu à la semblance humaine. Seigneur, je t'aime comme dix fois mon père ou ma mère, Seigneur, protège-moi, exauce-moi, considère mes peurs, mes désirs, aide-moi ! Et ce cri de l'ego est bien légitime. Je n'en disconviens pas. Il est béni de Dieu. C'est un premier pas. Mais l'amour véritable n'est pas celui-là, c'est un amour "sans mesure", comme disait saint Bernard, un amour qui n'a aucun équivalent dans nos amours humaines, qui nous établit dans la "paix qui dépasse tout entendement", nous offre la "joie qui demeure".

Je fus timide avec les chrétiens comme on l'est souvent quand on parle de Dieu.

(…)

Aimer Dieu, c'est passer le pont.

L'Année zen, Henri Brunel

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