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Les Quarante des Alévis


Selon la légende, c'est au retour d'un voyage céleste, sous la direction de l'ange Gabriel, que Mohammed s'arrête chez les Quarante. Il frappe à leur porte où il est prié de décliner son identité.
"Je suis le Prophète", dit-il.
– Que tu sois Prophète n'intéresse que tes fidèles, lui rétorque-t-on.
– Je suis l'envoyé de Dieu, précise Mohammed.
– Nous n'avons pas besoin de l'envoyé de Dieu, lui répondent les Quarante.
– Je suis le serviteur des pauvres", insiste Mohammed, sur quoi les portes s'ouvrent.
Dans la pièce, trente-neuf personnes sont rassemblées. Mohammed s'assit à côté d'Ali, qu'il ne reconnaît pas, et demande :
–Qui êtes-vous ?
– Nous sommes les Quarante et Quarante ne font qu'un, répondent-ils d'une seule voix. Le Prophète, incrédule, demande des preuves. Ali s'entaille alors le poignet et tous se met à saigner.
– Mais vous n'êtes que trente-neuf", s'écrie Mohammed, sur quoi entre Selman-i Farsi, la main ensanglantée, apportant un seul grain de raisin dont Mohammed tire un nectar qui enivre les Quarante. Lui-même se lève et se met à danser le sema, son ruban, tombé à terre, se fragmente en quarante morceaux, chacun le noue en guise de ceinture et se met à tournoyer.
Catherine Pinguet, Les Alévis, bardes d'Anatolie.

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