Accéder au contenu principal

"O Jesu, o Meister, zu helfen zu dir"

Il y a un paradoxe chez Bach qui veut que beaucoup de ses cantates religieuses sonnent comme des chants d'amour profanes, des bluettes ou des sifflements d'allégresse qu'un amoureux, gai comme un pinson, pourrait fredonner sur le chemin ; ou bien des airs tristes mais d'un chagrin d'amour qui sonne tout autant humain que causé par Dieu. Inversement, ses compositions pour instruments peuvent être d'une telle simplicité, d'un dépouillement magnifique et d'une austérité presque effrayante, qu'on sent là plutôt un mystère qui avoisine au silence, un son qui est aussi silence, qui marche avec le silence : le début des Variations Goldberg bien sûr, comme l'a écrit Cioran : "Il y a dans le début et la fin des Variations Goldberg un accent, un souvenir d'un autre monde" ; mais aussi l'Offrance musicale, des passages dans ses sonates et partitas pour violon, dans ses suites pour violoncelles.

Je raffole de cet air, très bien chanté (ce CD est une tuerie, de toute façon), avec l'allégresse qu'il faut, comme si on ne doutait pas de l'aide qui ne manquerait pas d'arriver, comme si la joie était déjà là, sûre que la face rayonnante se lèvera dans un tout petit moment, comme le soleil.


Cantate BWV 78 : II Aria.
Duetto : Soprano, Alto
Violone, Continuo


Wir eilen mit schwachen, doch emsigen Schritten,
De nos pas faibles mais empressés
O Jesu, o Meister, zu helfen zu dir.
Nous accourons vers toi, ô Jésus, ô maître, pour recevoir ton aide.
Du suchest die Kranken und Irrenden treulich.
Tu accordes fidèlement tes soins aux malades, aux égarés.
Ach höre, wie wir
Ah, entends comme nos voix
Die Stimmen erheben, um Hülfe zu bitten!
S'élèvent pour implorer ton secours !
Es sei uns dein gnädiges Antlitz erfreulich!
Puisse la vue de ta face où rayonne la grâce nous dispenser la joie !

Références.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Tout cela est si lent, si lourd, si triste…

Cette agitation comique-troupier sur Céline m'a donnée envie de le relire, non pour protester dans je ne sais quelle posture trouduquesque-je-résiste, mais parce que je me suis souvenue de ces livres et que cela faisait longtemps que je ne les avais pas relus. Je ne me souvenais pas que le début de Mort à Crédit était si beau, dans une tristesse poétique d'épave. Je trouve qu'on ne dit pas assez combien Céline était humain, autant dans ses vacheries que dans ses douceurs. Les hommes, il les trouvait cons, et fascinants de connerie, il en avait pitié aussi. Et la vacherie disparaît pour les "petites âmes", les gosses de pauvres, les vieux qui ne vivent plus que par un souffle, les chats… Il disait n'aimer que les danseuses, sinon. Tous les gens "légers", en somme. Il trouvait les gens lourds et méchants, et souffrants, et alors quand ils souffrent ils sont pire. Lourds, et tristes, et lents, voilà justement comment cela commence :
Nous voici encore …

La réponse est le malheur de la question

Prenons ces deux modes d'expression : "Le ciel est bleu", "Le ciel est-il bleu ? Oui." Il ne faut pas être grand clerc pour reconnaître ce qui les sépare. Le "Oui" ne rétablit nullement la simplicité de l'affirmation plane : le bleu du ciel, dans l'interrogation, a fait place au vide ; le bleu ne s'est pourtant pas dissipé, il s'est au contraire élevé dramatiquement jusqu'à sa possibilité, au-delà de son être et se déployant dans l'intensité de ce nouvel espace, plus bleu, assurément, qu'il n'a jamais été, dans un rapport plus intime avec le ciel, en l'instant – l'instant de la question où tout est en instance. Cependant, à peine le Oui prononcé et alors même qu'il confirme, dans son nouvel éclat, le bleu du ciel rapporté au vide, nous nous apercevons de ce qui a été perdu. Un instant tranformé en pure possibilité, l'état des choses ne fait pas retour à ce qu'il était. Le Oui catégorique ne peut ren…

Les Quarante et le Pôle du monde

"Abdâl (sing. badal) est le nom qui est généralement donné aux saints inconnus, dont la présence est nécessaire pour le maintien de la vie sur la terre. Ils constituent une hiérarchie cachée et permanente, ayant à sa tête "le Pôle" (al-Qutb), et dont chaque membre est immédiatement remplacé à sa mort (cf. M. Chodkiewicz, Le Sceau des Saints, pp. 116-127). Le mot est d'origine traditionnelle, et l'on trouvera dans le Kanz al-'ummâl d'al-Muttaqî (V, pp. 332-334) 20 hadîths le mentionnant, et selon lesquels le nombre des abdâl est de 30 ou 40. Avec Ibn 'Arabî les données concernant les membres de la hiérarchie cachée des saints, leur nombre, leurs fonctions, se préciseront. Chez un auteur comme Abû Tâlib Makkî (mort en 996), l'emploi du mot abdâl reste encore incertain et fluctuant ; il est mentionné en 18 passages différents du Qût al-qulûb, avec des significations diverses : il y a des abdâl des justes (siddîqûn), des prophètes (anbiyâ'), des …