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"Je n'ai rien à me reprocher" ou la vertu inversée


Que tal ? Goya, musée des Beaux-Arts de Lille


"J'ai constaté que, la plupart du temps, les gens sont beaucoup plus fiers de ce qu'ils ne savent pas et qu'ils ne veulent absolument pas savoir, que de ce qu'ils savent : je ne veux absolument pas en entendre parler ; je ne veux rien avoir à faire avec cela ; il n'y a pas de cela chez nous - telle est la formule typique des gens de bien. Pour la plupart des gens il est plus important de ne pas avoir de vices que d'avoir certaines vertus positives."
Mars, Fritz Zorn.

Cette dernière phrase me fait penser à la négativité des vertus, ou la vertu inversée : ne pas avoir de vices, ne pas avoir fait de mal et donc présenter un casier vierge au commissariat de la Mort. Ce souci d'un parcours sans faute, du "au moins je ne fais de mal à personne", (entendre : et surtout pas à moi-même) je me demande s'il n'y a pas moins amoureux que cette prudente réserve : mieux vaut s'abstenir d'un bien plutôt que de risquer la faute. Le terrible "au moins, je n'ai rien à me reprocher."

Le plus drôle est que l'on entend souvent cet avis de la bouche de supposés athées comme de supposés croyants : "Je ne crois pas à l'existence de Dieu mais si je me trompais, il ne pourrait en vouloir à un brave garçon comme moi", ou "Dieu merci, il y a de plus grands péchés que les miens" (de ce fait l'existence du vicieux est peut-être un réconfort pour le pécheur mineur, il lui permet, croit-il, d'être pardonné par comparaison). Comme dit Jankélévitch, à part Boris Godounov et Macbeth, tout le monde a bonne conscience.

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