Accéder au contenu principal

Cantate du Café


En préparant mon café, que je bois maintenant, avec une goutte de crème, cette fois, je pensais à tous ces docteurs ou nutritionnistes imbéciles qui prétendent vous supprimer le café à la moindre occasion. Comment démarrer un matin sans café ? Même au Kurdistan, j'en emporte avec moi, sans cela, c'est comme passer une journée sans s'être douchée, peignée, habillée, la journée n'a pas vraiment démarré. Le bonheur du café des jours heureux qui commencent par des matins heureux, plein de promesses. Le réconfort du café les aubes où il faut se lever trop tôt, les yeux lourds, le corps qui frissonne et se rétracte et ne veut pas aller de l'avant, ce moment où l'on plonge son cœur et son âme dans le café chaud, comme dans le réconfort du sommeil, comme si l'on retournait au chaud dans ses draps. Et toutes ces aubes où après une nuit d'angoisse, d'insomnie, de chagrin où, au matin, il y a ce moment où le café chaud descend dans le corps, et ce n'est pas que le monde devient plus doux, que la peur ou la peine s'en vont, mais il y a là, ce plaisir, cette chaleur, cette vaillance, ce moment où, quoi que l'on voit mourir autour de soi et en soi, on se sent plus vivant que la vie, et si l'Ange de la Mort venait un matin, je lui dirais : “Attends, je finis mon café. Et à cet Ange, le café dirait : "This was not judgement day — only morning. Morning: excellent and fair.” Réconfort et bonheur du café qui n'existe que le matin car je ne supporte pas d'en boire dans la journée ; c'est donc un plaisir unique, un seul moment du jour dont la singularité ne crée pas de frustration comme un plaisir dont on se priverait le reste du temps, puisque je n'aime le café qu'au lever.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Tout cela est si lent, si lourd, si triste…

Cette agitation comique-troupier sur Céline m'a donnée envie de le relire, non pour protester dans je ne sais quelle posture trouduquesque-je-résiste, mais parce que je me suis souvenue de ces livres et que cela faisait longtemps que je ne les avais pas relus. Je ne me souvenais pas que le début de Mort à Crédit était si beau, dans une tristesse poétique d'épave. Je trouve qu'on ne dit pas assez combien Céline était humain, autant dans ses vacheries que dans ses douceurs. Les hommes, il les trouvait cons, et fascinants de connerie, il en avait pitié aussi. Et la vacherie disparaît pour les "petites âmes", les gosses de pauvres, les vieux qui ne vivent plus que par un souffle, les chats… Il disait n'aimer que les danseuses, sinon. Tous les gens "légers", en somme. Il trouvait les gens lourds et méchants, et souffrants, et alors quand ils souffrent ils sont pire. Lourds, et tristes, et lents, voilà justement comment cela commence :
Nous voici encore …

Les Quarante et le Pôle du monde

"Abdâl (sing. badal) est le nom qui est généralement donné aux saints inconnus, dont la présence est nécessaire pour le maintien de la vie sur la terre. Ils constituent une hiérarchie cachée et permanente, ayant à sa tête "le Pôle" (al-Qutb), et dont chaque membre est immédiatement remplacé à sa mort (cf. M. Chodkiewicz, Le Sceau des Saints, pp. 116-127). Le mot est d'origine traditionnelle, et l'on trouvera dans le Kanz al-'ummâl d'al-Muttaqî (V, pp. 332-334) 20 hadîths le mentionnant, et selon lesquels le nombre des abdâl est de 30 ou 40. Avec Ibn 'Arabî les données concernant les membres de la hiérarchie cachée des saints, leur nombre, leurs fonctions, se préciseront. Chez un auteur comme Abû Tâlib Makkî (mort en 996), l'emploi du mot abdâl reste encore incertain et fluctuant ; il est mentionné en 18 passages différents du Qût al-qulûb, avec des significations diverses : il y a des abdâl des justes (siddîqûn), des prophètes (anbiyâ'), des …

La réponse est le malheur de la question

Prenons ces deux modes d'expression : "Le ciel est bleu", "Le ciel est-il bleu ? Oui." Il ne faut pas être grand clerc pour reconnaître ce qui les sépare. Le "Oui" ne rétablit nullement la simplicité de l'affirmation plane : le bleu du ciel, dans l'interrogation, a fait place au vide ; le bleu ne s'est pourtant pas dissipé, il s'est au contraire élevé dramatiquement jusqu'à sa possibilité, au-delà de son être et se déployant dans l'intensité de ce nouvel espace, plus bleu, assurément, qu'il n'a jamais été, dans un rapport plus intime avec le ciel, en l'instant – l'instant de la question où tout est en instance. Cependant, à peine le Oui prononcé et alors même qu'il confirme, dans son nouvel éclat, le bleu du ciel rapporté au vide, nous nous apercevons de ce qui a été perdu. Un instant tranformé en pure possibilité, l'état des choses ne fait pas retour à ce qu'il était. Le Oui catégorique ne peut ren…