Une "petite flamme droite et vibrante comme la queue d'un petit chien


Georges La Tour, 1645, musée du Louvre


Dehors des enfants écrasaient leur nez contre la vitre fermée et regardaient la lampe allumée, la petite flamme droite et vibrante comme la queue d'un petit chien, et les paysans immobiles et penchés vers moi. Et moi, entre-temps, j'avais fini la première lettre et je commençais déjà la deuxième.

Deuxième lettre

Mon éternel amour. Je ne puis rester longtemps sans prendre ma plume pour te communiquer les sentiments que mon cœur nourrit pour toi. Ton image me suit partout où je vais, et je vois ton visage dans les frondaisons, dans les fleurs qui naissent légères du sein des prés verdoyants, dans le vent qui tremble dans les blés. Je t'aime, je t'aime passionnément.

Mais une fois, en écoutant ce passage, Turi-du-vieux-don-Carmine avança son bras et le tendit comme s'il voulait arrêter un taureaux furieux, en me disant :
Turi-du-vieux-don-Carmine.– Ah ! non, faites excuse don Pietro, mais ce "passionnément" ne me paraît pas juste. Je sais que je suis un analphabète, mais quand même, tout le monde sait que "passionnément" c'est du patois, mais l'expression correcte c'est "patiemment", n'est-ce pas ?
Puis lorsque j'étais sur le point de finir la lettre, il rougit et me dit tout bas :
Turi-du-vieux-don-Carmine.– Voilà... je m'excuse... don Pietro, mais vous me pourriez pas lui ajouter, avec des mots corrects, qu'il n'est pas juste que sa mère m'arrose, comme la dernière fois, en jetant par la fenêtre une bassine d'eau sale, alors que je l'avais attendu au coin de la rue jusqu'à minuit, planté là comme un piquet, rien que pour pouvoir lui dire quelques mots..."
Giuseppe Bonaviri, Le Tailleur de la grand-rue; trad. U.E. Torrigiani.

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