"O Jesu, o Meister, zu helfen zu dir"

Il y a un paradoxe chez Bach qui veut que beaucoup de ses cantates religieuses sonnent comme des chants d'amour profanes, des bluettes ou des sifflements d'allégresse qu'un amoureux, gai comme un pinson, pourrait fredonner sur le chemin ; ou bien des airs tristes mais d'un chagrin d'amour qui sonne tout autant humain que causé par Dieu. Inversement, ses compositions pour instruments peuvent être d'une telle simplicité, d'un dépouillement magnifique et d'une austérité presque effrayante, qu'on sent là plutôt un mystère qui avoisine au silence, un son qui est aussi silence, qui marche avec le silence : le début des Variations Goldberg bien sûr, comme l'a écrit Cioran : "Il y a dans le début et la fin des Variations Goldberg un accent, un souvenir d'un autre monde" ; mais aussi l'Offrance musicale, des passages dans ses sonates et partitas pour violon, dans ses suites pour violoncelles.

Je raffole de cet air, très bien chanté (ce CD est une tuerie, de toute façon), avec l'allégresse qu'il faut, comme si on ne doutait pas de l'aide qui ne manquerait pas d'arriver, comme si la joie était déjà là, sûre que la face rayonnante se lèvera dans un tout petit moment, comme le soleil.


Cantate BWV 78 : II Aria.
Duetto : Soprano, Alto
Violone, Continuo


Wir eilen mit schwachen, doch emsigen Schritten,
De nos pas faibles mais empressés
O Jesu, o Meister, zu helfen zu dir.
Nous accourons vers toi, ô Jésus, ô maître, pour recevoir ton aide.
Du suchest die Kranken und Irrenden treulich.
Tu accordes fidèlement tes soins aux malades, aux égarés.
Ach höre, wie wir
Ah, entends comme nos voix
Die Stimmen erheben, um Hülfe zu bitten!
S'élèvent pour implorer ton secours !
Es sei uns dein gnädiges Antlitz erfreulich!
Puisse la vue de ta face où rayonne la grâce nous dispenser la joie !

Références.

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