Le sceau de l'ange


Dans Les Bienveillantes, le vieillard Nahum fils d'Ibrahim conte à Maximilian Aue Le Livre de la création de l'enfant des Petits Midraschim, qui explique le creux que nous avons sous le nez, au milieu de la lèvre supérieure, par le doigt de l'ange qui scelle nos souvenirs : "Et lorsque vient le moment où il doit venir au monde, l'ange se présente devant lui et lui dit : Sors, car le moment est venu de ton apparition au monde. Et l'enfant répond : J'ai déjà dit devant celui qui fut là que je suis satisfait du monde dans lequel j'ai vécu. Et l'ange lui répond : Le monde dans lequel je t'amène est beau. Et ensuite : Malgré toi, tu as été formé dans le corps de ta mère, et malgré toi, tu es né pour venir au monde. Aussitôt l'enfant se met à pleurer. Et pourquoi pleure-t-il ? A cause du monde dans lequel il avait vécu et qu'il est obligé de quitter. Et dès qu'il est sorti, l'ange lui donne un coup sur le nez et éteint la lumière au-dessus de sa tête, il fait sortir l'enfant malgré lui et l'enfant oublie tout ce qu'il a vu. Et dès qu'il sort, il commence à pleurer. Ce coup sur le nez dont parle le livre, c'est cela : l'ange scelle les lèvres de l'enfant et ce sceau laisse une marque."

Quelques jours après avoir lu cette légende, je regarde Key Largo et il est fait allusion à la même histoire, un "conte pour enfant", que le vieux Temple racontait à son fils quand il avait sept ans. Je me rappelle avec amusement que ce genre de coïncidences, je les nomme le rire de l'ange, ou le clin d'oeil de l'ange.

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