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Le jeune lion est prisonnier : Qui pourrait dormir ?


Du Samedi saint, un autre hymne que j'aime bien, qui fait penser irrésistiblement à Aslan, ou Aslan Jr dans ce cas. On dirait un chant médiéval dans sa naïveté énergique, un chant de chevalier, comme ce chant de Croisade :

Seigneurs sachiez qui or ne s'en ira
En cela terre ou Dieu fut morz et vis
Et ki la croix d'Outremer ne prendra
À paines més ira en Paradis,
Qui a en soi pitié ne remembrance,
Au haut Seigneur doit guerre sa venjance
Et délivrer sa terre et son païs.

Délivrer sa terre et son païs, j'ai toujours adoré ce vers, tellement empreint d'une conception du monde féodale : s'il y a un seigneur, il y a un fief, et donc des vassaux qui doivent accourir… 

Donc cet hymne, très Lion(ceau) de Judas :

Veilleurs tenez-vous en éveil,
Chantez à pleine voix, chantez !
Le jeune lion est prisonnier :
Qui pourrait dormir ?

Par amour le Père a voulu
Envoyer au monde son Fils,
Et les méchants l'ont crucifié !
Qui pourrait dormir ?


Ils l'ont jugé, l'ont condamné,
Jeté en prison, flagellé ;
À coups de roseau l'ont frappé !
Qui pourrait dormir ?


Sur son visage ils ont craché,
Un serviteur l'a souffleté ;
Ils l'ont tourné en dérision !
Qui pourrait dormir ?


Des chiens, en rage, l'ont cerné ;
Ils ont cerné le jeune lion ;
Comme un coupable, il n'a rien dit !
Qui pourrait dormir ?

Les épines qu'ils ont tressées
Ont couronné de sang son front ;
Ils l'ont injurié, bafoué !
Qui pourrait dormir ?


Ils ont fait descendre aux enfers
Le soleil de tous les soleils :
La porte est sur lui verrouillée…
Qui pourrait dormir ?


Veilleurs tenez-vous en éveil,
Chantez à pleine voix, chantez !
Le jeune lion est prisonnier :
Qui pourrait dormir ?

et aussi ce passage :


…Annoncez l'époux qui revient
Éveillant tout sur son passage
La nuit ne saurait retenir
Ce corps où monte le désir
De recommencer un autre âge
La terre craque où il se dresse…


cela dit sur le thème "la mort du Lion" on peut tout aussi bien penser à :



Preis und Dank
Gloire et action de grâce
Bleibe, Herr, dein Lobgesang.
Restent, Seigneur, ton chant de louange.
Höll und Teufel sind bezwungen,
L’enfer et le démon sont défaits
Ihre Pforten sind zerstört.
Ses portes sont broyées
Jauchzet, ihr erlösten Zungen,
Jubilez, langues déliées,
Dass man es im Himmel hört.
De ce qu’on entend dans le Ciel.
Eröffnet, ihr Himmel, die prächtigen Bogen,
Ouvrez, vous les Cieux, vos arcs de Triomphe,
Der Löwe von Juda kommt siegend gezogen !
Le Lion de Juda vient passer triomphant !


qu'à cette version-là :




Tout est une question de point de vue, évidemment, celui de la gazelle ou des petits du Lion.



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