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"I'm on Aslan's side even if there isn't Aslan to lead it"



Terminé de lire toutes les Chroniques de Narnia. À la toute fin de The Last Battle, jolie trouvaille que ce paradis, comme une boîte ou une sphère dont le dedans est plus vaste que sa surface. Et cette annonce finale que tout cela, toutes ces histoires, ne sont pas la "vraie histoire de Narnia", comme Narnia n'était que le reflet pâle du monde véritable de Narnia, et que le rêve fini, une interminable et irracontable histoire commence. Une histoire que Lewis n'écrira pas et comment se raconte et se déroule, d'ailleurs, une histoire dans un lieu sans temps ni lieu ?

L'autre scène, parmi les meilleures de la fin, est celle des nains enfermés dans l'écurie de leur aveuglement, c'est-à-dire dans un Enfer qui ne vient que de leur foi en lui et en leur absence de foi du paradis : ils sont là où il croient être, ou veulent être et là s'arrête (sans doute volontairement) la puissance d'Aslan. Est damné celui qui se veut damné, ou qui croit l'être, voilà tout. Presque une application dans l'autre monde de cet avis de Nietzsche que la volonté des chrétiens de voir ce monde-ci laid et mauvais l'a effectivement rendu laid et mauvais. Il en est de même dans le royaume d'Aslan. Si vous voulez voir une écurie là où il y a un jardin, Tash là où se tient Aslan, c'est votre affaire, personne ne peut rien pour vous. Ainsi nous serions à nous-même notre propre sentence, avec un libre-arbitre bien différent de la compréhension basique du karma (ou de la rétribution) "tu agis, tu paies". 

"One word, Ma'am," he said, coming back from the fire; limping, because of the pain. "One word. All you've been saying is quite right, I shouldn't wonder. I'm a chap who always liked to know the worst and then put the best face I can on it. So I won't deny any of what you said. But there's one thing more to be said, even so. Suppose we have only dreamed, or made up, all those things - trees and grass and sun and moon and stars and Aslan himself. Suppose we have. Then all I can say is that, in that case, the made-up things seem a good deal more important than the real ones. Suppose this black pit of a kingdom of yours is the only world. Well, it strikes me as a pretty poor one. And that's a funny thing, when you come to think of it. We're just babies making up a game, if you're right. But four babies playing a game can make a playworld which licks your real world hollow. That's why I'm going to stand by the play-world. I'm on Aslan's side even if there isn't any Aslan to lead it. I'm going to live as like a Narnian as I can even if there isn't any Narnia. So, thanking you kindly for our supper, if these two gentlemen and the young lady are ready, we're leaving your court at once and setting out in the dark to spend our lives looking for Overland. Not that our lives will be very long, I should think; but that's a small loss if the world's as dull a place as you say." The Silver Chair.
Il n'a d'effet, il n'est là que si l'on y croit, il est là pour ceux qui lui sont fidèles, qu'il soit ou non réel : "I'm on Aslan's side even if there isn't Aslan to lead it". J'aime beaucoup cette déclaration, car il s'agit au fond de ma propre "religion" (ou absence de religion), ma djavanmardî personnelle, en somme, ce que Simone Weil éprouvait aussi, "Éprouver qu'on l'aime, même s'il n'existe pas".

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