Accéder au contenu principal

Hebdomada XIV per annum

Lu d'une traite Journal d'un curé de campagne. Religion aussi noire, aussi morbide que chez Barbey mais sans cet attrait pour l'envers du monde, le diable et ses rires, que l'on imagine chez Barbey et qui, paradoxalement,  lui donnent une meilleure santé morale. Là, devant tous ces curés à problèmes et ces chrétiens haineux, le catholicisme, ça donne vraiment pas envie : un asile pour névrosés. Un seul passage un peu sensé, à un moment, quand le curé de Torcy dit au héros qu'en Occident, par peur des "hérésies orientales", on ne prie pas assez les Anges. Il a bien raison. Il me semble que les Anges sont cet apport sec, lumineux, qui balaie tout ce qu'il peut y avoir de malsain, de ranci, de moisi dans les églises. 

Tout de même, moi qui ai une réelle allergie au culte marial, que je vois presque comme une trahison du Christ, j'ai été un instant touchée parce qu'il dit de Marie, et aussi ces pauvres femmes, ces pauvresses qui subissent les lois, qui disent oui, qui suivent : qu'est-ce qu'on lui demandait de plus que d'être un ventre ? Sans épousailles. Rien de plus. Prête-moi ta chair. Tout le reste, immaculée conception, virginité perpétuelle, dormition-assomption : fariboles.

*

Rangement et classement de ma bibliothèque toujours en cours – certes, je prends mon temps. Des piles de bouquins arrivés soudain à l'institut et de nouveau, classement, rangement, déplacement. Confirmation : Je déteste les livres, l'objet-livre. J'adore les papiers, les plumes, les encres, mais pas les livres. C'est lourd, ça se fait nid à poussière, c'est bête à pleurer quand ça se casse la gueule en pile, quand ça s'écroule comme château de cartes, c'est poussiéreux, ça prend de la place et ce n'est même pas beau, surtout quand je repense à la beauté d'un "livre" illustré que j'ai feuilleté sur un ipad. Je suis pour le support numérique, aérien, léger, intangible, et qui rallie en même temps sons et couleurs. 

*


Relecture du Lord of the Rings, et je me refais les films de Jackson en même temps. C'est assez drôle, avec toutes mes lectures sacrées, pieuses ou philosophiques ou pieusement philosophiques, que le livre que je reprends constamment dans les moments de transition ou de crise, ou de mutation, soit toujours celui-là, depuis mes 20 ans, mais c'est ainsi. Il se peut que si j'avais à emmener un seul livre dans un ermitage, sur la route, sur un lit d'hôpital ou en prison, ce ne serait ni Sohrawardî, ni une bible, ni les Dialogue avec l'Ange, ni quoi que ce soit d'autre comme lecture spirituelle : juste Le Seigneur des anneaux, lecture "utile en voyage".

Commentaires

  1. Je découvre avec plaisir votre blog, qui a cette rare qualité de me donner envie de lire des livres à des années-lumière de mes lectures habituelles...

    RépondreSupprimer
  2. C'est Bernanos ou Tolkien la lecture 'exotique' pour vous ? :D

    RépondreSupprimer
  3. Si vous avez visité rapidement mon modeste ashram, vous avez certainement déjà la réponse ! Mais à vrai dire, Bernanos aussi est exotique à sa façon.

    RépondreSupprimer
  4. On n'y voit pas Tolkien c'est vrai, ni Ibn Arabî, ni Sohrawardî, ni Mollah Sadra... mais avec Jankélévitch et Blanchot, je ne me sens pas non plus perdue dans un monde étranger.

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Tout cela est si lent, si lourd, si triste…

Cette agitation comique-troupier sur Céline m'a donnée envie de le relire, non pour protester dans je ne sais quelle posture trouduquesque-je-résiste, mais parce que je me suis souvenue de ces livres et que cela faisait longtemps que je ne les avais pas relus. Je ne me souvenais pas que le début de Mort à Crédit était si beau, dans une tristesse poétique d'épave. Je trouve qu'on ne dit pas assez combien Céline était humain, autant dans ses vacheries que dans ses douceurs. Les hommes, il les trouvait cons, et fascinants de connerie, il en avait pitié aussi. Et la vacherie disparaît pour les "petites âmes", les gosses de pauvres, les vieux qui ne vivent plus que par un souffle, les chats… Il disait n'aimer que les danseuses, sinon. Tous les gens "légers", en somme. Il trouvait les gens lourds et méchants, et souffrants, et alors quand ils souffrent ils sont pire. Lourds, et tristes, et lents, voilà justement comment cela commence :
Nous voici encore …

La réponse est le malheur de la question

Prenons ces deux modes d'expression : "Le ciel est bleu", "Le ciel est-il bleu ? Oui." Il ne faut pas être grand clerc pour reconnaître ce qui les sépare. Le "Oui" ne rétablit nullement la simplicité de l'affirmation plane : le bleu du ciel, dans l'interrogation, a fait place au vide ; le bleu ne s'est pourtant pas dissipé, il s'est au contraire élevé dramatiquement jusqu'à sa possibilité, au-delà de son être et se déployant dans l'intensité de ce nouvel espace, plus bleu, assurément, qu'il n'a jamais été, dans un rapport plus intime avec le ciel, en l'instant – l'instant de la question où tout est en instance. Cependant, à peine le Oui prononcé et alors même qu'il confirme, dans son nouvel éclat, le bleu du ciel rapporté au vide, nous nous apercevons de ce qui a été perdu. Un instant tranformé en pure possibilité, l'état des choses ne fait pas retour à ce qu'il était. Le Oui catégorique ne peut ren…

Les Quarante et le Pôle du monde

"Abdâl (sing. badal) est le nom qui est généralement donné aux saints inconnus, dont la présence est nécessaire pour le maintien de la vie sur la terre. Ils constituent une hiérarchie cachée et permanente, ayant à sa tête "le Pôle" (al-Qutb), et dont chaque membre est immédiatement remplacé à sa mort (cf. M. Chodkiewicz, Le Sceau des Saints, pp. 116-127). Le mot est d'origine traditionnelle, et l'on trouvera dans le Kanz al-'ummâl d'al-Muttaqî (V, pp. 332-334) 20 hadîths le mentionnant, et selon lesquels le nombre des abdâl est de 30 ou 40. Avec Ibn 'Arabî les données concernant les membres de la hiérarchie cachée des saints, leur nombre, leurs fonctions, se préciseront. Chez un auteur comme Abû Tâlib Makkî (mort en 996), l'emploi du mot abdâl reste encore incertain et fluctuant ; il est mentionné en 18 passages différents du Qût al-qulûb, avec des significations diverses : il y a des abdâl des justes (siddîqûn), des prophètes (anbiyâ'), des …