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De la mufflerie des éloges (suite)


La délicatesse de T'ien Tseu-fang et sa répugnance à faire l'éloge de son maître rappelle l'indignation de Borhân ud-Dîn : Qui est-il pour faire mon éloge ? Si l'on mixe les devoirs du murid envers son murshid (toujours défendre son maître en son absence et ne jamais laisser dire du mal de lui) avec ce sentiment d'être indigne de louer, le murid ne laisse pas blâmer son maître en public mais s'interdit de le louer :

T'ien Tseu-fang, lorsqu'il tenait compagnie au seigneur Wen de Wei, mentionnait souvent K'i-kong élogieusement.
- Fut-il votre maître ? demanda le seigneir.
- Non, dit T'ien Tseu-fang, nous sommes originaires du même village. J'ai souvent été frappé de la justesse de ses discours. C'est pour cela que je le cite.
- Ainsi, dit le seigneur, vous n'avez jamais eu de maître ?
- Si, repartit T'ien Tseu-fang.
- Qui fut-il ?
- Tong-kouo Tseu-chouen.
- S'il fut votre maître, pourquoi n'en parlez-vous jamais ?
- Mon maître, répondit T'ien Tseu-fang, est ce qu'il y a de plus vrai comme homme ; ayant le visage d'un homme, il est pourtant du ciel. Il s'accomode aux hommes en restant vrai à lui-même. Bien que pur, il est indulgent pour les autres. Quand quelqu'un n'est pas dans la bonne voie, il rectifie sa propre attitude pour que l'autre prenne conscience de son écart, sur quoi ses mauvaises intentions se dissipent d'elles-mêmes. Comment serais-je digne de faire l'éloge d'un tel homme ?

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