Accéder au contenu principal

The Draughtman's contract


Il y a vraiment fort longtemps, du temps où j'avais la télévision en fait, j'avais vu Drowning by numbers. C'était le premier Greenaway que je voyais et j'étais immédiatement rentrée dedans, comme quelque chose de fait pour moi (comme disent souvent les gens en vous parlant d'un livre ou d'un fim, "ça c'est tout à fait pour toi" et c'est rarement le cas bien sûr, parce que ça ne marche jamais par analogie les affinités) ; bref il y avait dans Drowning by numbers beaucoup de ce que j'aime : l'Angleterre, le jeu des nombres et d'un système ludique anti-hasard, et ce côté gourme détachée carollienne.


Et puis je n'avais plus jamais vu de films de Greenaway. D'abord parce que je n'ai plus eu de poste, ensuite que j'ai une flemme terrible d'aller au cinéma, et puis parce que je savais que je le retrouverai. Un jour, quand les dés du hasard et des pas croisés en décideraient. Hier, j'ai vu enfin The Draughtman's contract qui est tellement proche de Drowning by numbers, avec le 17ème siècle qui est aussi, en Europe, un de mes siècles préférés. Et puis comme j'achève les Lettres de Mme de Sévigné qui parle en détail, dès 1689, des mésaventures de Jacques II et de l'avènement de Guillaume III, et comme je suis aussi fan de L'Embarras de richesses, qui est un des plus beaux livres (et des plus complets aussi) sur les Pays-Bas que j'ai lus, ce clash anglo-hollandais, cette haine de l'Anglais pour la Hollande, m'était familière. J'aime cette outrance de perruques, cette poudre de céruse cadavérique sur les visages masculins, les flambeaux qui rappellent à quel point on vivait encore dans le clair-obscur et ce n'était pas une figure de style.

Et puis il y a aussi Michael Nyman qui réussit à faire du Purcell aussi outré et criard que Greenaway a exagéré les perruques. En fait, la musique résume tout le film : il y a la cruauté, l'ironie, l'allégresse, le rythme, la rigueur, la scie musicale d'une crécelle qui tourne aussi implacablement que les ressorts du complot. Et bon, je me dis maintenant qu'il faut que je renoue avec Greeneway.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Tout cela est si lent, si lourd, si triste…

Cette agitation comique-troupier sur Céline m'a donnée envie de le relire, non pour protester dans je ne sais quelle posture trouduquesque-je-résiste, mais parce que je me suis souvenue de ces livres et que cela faisait longtemps que je ne les avais pas relus. Je ne me souvenais pas que le début de Mort à Crédit était si beau, dans une tristesse poétique d'épave. Je trouve qu'on ne dit pas assez combien Céline était humain, autant dans ses vacheries que dans ses douceurs. Les hommes, il les trouvait cons, et fascinants de connerie, il en avait pitié aussi. Et la vacherie disparaît pour les "petites âmes", les gosses de pauvres, les vieux qui ne vivent plus que par un souffle, les chats… Il disait n'aimer que les danseuses, sinon. Tous les gens "légers", en somme. Il trouvait les gens lourds et méchants, et souffrants, et alors quand ils souffrent ils sont pire. Lourds, et tristes, et lents, voilà justement comment cela commence :
Nous voici encore …

La réponse est le malheur de la question

Prenons ces deux modes d'expression : "Le ciel est bleu", "Le ciel est-il bleu ? Oui." Il ne faut pas être grand clerc pour reconnaître ce qui les sépare. Le "Oui" ne rétablit nullement la simplicité de l'affirmation plane : le bleu du ciel, dans l'interrogation, a fait place au vide ; le bleu ne s'est pourtant pas dissipé, il s'est au contraire élevé dramatiquement jusqu'à sa possibilité, au-delà de son être et se déployant dans l'intensité de ce nouvel espace, plus bleu, assurément, qu'il n'a jamais été, dans un rapport plus intime avec le ciel, en l'instant – l'instant de la question où tout est en instance. Cependant, à peine le Oui prononcé et alors même qu'il confirme, dans son nouvel éclat, le bleu du ciel rapporté au vide, nous nous apercevons de ce qui a été perdu. Un instant tranformé en pure possibilité, l'état des choses ne fait pas retour à ce qu'il était. Le Oui catégorique ne peut ren…

Les Quarante et le Pôle du monde

"Abdâl (sing. badal) est le nom qui est généralement donné aux saints inconnus, dont la présence est nécessaire pour le maintien de la vie sur la terre. Ils constituent une hiérarchie cachée et permanente, ayant à sa tête "le Pôle" (al-Qutb), et dont chaque membre est immédiatement remplacé à sa mort (cf. M. Chodkiewicz, Le Sceau des Saints, pp. 116-127). Le mot est d'origine traditionnelle, et l'on trouvera dans le Kanz al-'ummâl d'al-Muttaqî (V, pp. 332-334) 20 hadîths le mentionnant, et selon lesquels le nombre des abdâl est de 30 ou 40. Avec Ibn 'Arabî les données concernant les membres de la hiérarchie cachée des saints, leur nombre, leurs fonctions, se préciseront. Chez un auteur comme Abû Tâlib Makkî (mort en 996), l'emploi du mot abdâl reste encore incertain et fluctuant ; il est mentionné en 18 passages différents du Qût al-qulûb, avec des significations diverses : il y a des abdâl des justes (siddîqûn), des prophètes (anbiyâ'), des …