De l'âme, des corps, du destin, du raisonnement



12. Et les âmes humaines qui aperçoivent leur image, comme si c'était dans le miroir de Dionysos, viennent s'installer ici après s'être précipitées de là-haut, sans pour autant être aucunement séparées du principe qui est le leur, l'Intellect. Car elles ne sont pas venues avec l'Intellect : en réalité, elles sont allées jusqu'à [5] la terre, mais leur tête est restée solidement fixées en haut dans le ciel. Elles sont descendues plus bas, parce que leur partie intermédiaire était obligée de prodiguer leurs soins à ce jusqu'à quoi elles s'étaient portées, et qui avait besoin de soins. Mais Zeus le père, compatissant à la souffrance de ces êtres, rend mortels les liens qui les font souffrir et leur accorde des périodes de repos en les rendant libres de corps pendant certaines périodes de temps [10], pour leur permettre à elles aussi de se retrouver là-bas où reste toujours l'âme du monde qui, elle, ne se tourne en aucune façon vers les choses d'ici-bas. Car ce que l'âme du monde possède, c'est l'univers qui existe déjà, à qui il ne manque ni ne manquera rien, et qui est assujetti à des cycles temporels dont les limites sont fixées de toute éternité suivant des rapports d'alternance établis.

13. La règle inéluctable et la justice sont inscrites dans la nature qui commande à chaque âme de se diriger en suivant son rang vers le corps particulier qui est l'image engendrée du modèle correspondant au choix préalable qu'elle a fait et à la disposition qui est en elle. Cette règle c'est que chaque espèce d'âme se trouve dans le voisinage de ce [5] vers quoi le porte la disposition qui est en elle, et il n'est pas besoin qu'un être à un moment donné l'envoie et l'entraîne pour qu'elle entre dans ce corps-ci ou ce corps-là, mais lorsque ce moment est venu, elle descend et s'installe automatiquement, pour ainsi dire, là où il faut.

(...)

Les âmes ne viennent ni de leur plein gré ni parce qu'elles ont été envoyées; ou du moins, dans leur cas, le plein gré ne correspond pas à un choix préalable. C'est plutôt quelque chose comme bondir naturellement ou comme éprouver le désir d'avoir des relations sexuelles, ou [20] être amené sans réflexion à éprouver de belles actions. Pour tel être telle destinée est toujours fixée, celle-ci maintenant et celle-là ensuite. L'Intellect qui est antérieur au monde a lui aussi une destinée, celle de rester là où il est et d'envoyer autant de lumière que possible; et c'est conformément à une loi que chaque rayon de lumière, subordonné à l'universel, est envoyé. L'universel en effet [25] réside en chaque chose. Et ce n'est pas de l'extérieur que la loi tire la force de s'accomplir, mais elle est donnée à ceux qui en font usage et qui la transportent partout. Et si le temps venu, ce que la loi souhaite voir se produire se trouve réalisé par des êtres qui ont intégré la loi, de sorte que ce sont eux qui accomplissent la loi parce qu'ils transportent partout [30] cette loi qui tire sa force du fait qu'elle est établie en eux, qu'elle pèse pour ainsi dire sur eux et qu'elle produit en eux un désir empressé qui s'apparente aux douleurs de l'enfantement, celui d'aller là où ce qui est en eux leur dit pour ainsi dire d'aller.


18. – Est-ce que l'âme fait usage du raisonnement avant de venir dans un corps et encore après en être sortie ?
– Non, c'est lorsqu'elle est déjà tombée dans l'embarras qu'elle est pleine de préoccupation, et surtout lorsqu'elle est dans un état de faiblesse qu'elle fait ici-bas usage du raisonnement. Car avoir besoin du raisonnement, c'est la marque d'un amoindrissement de l'intellect qui ne se suffit plus à lui-même. [5] Il en va comme dans les techniques où le raisonnement intervient lorsque les techniciens se trouvent dans l'embarras, tandis que, quand il n'y a pas de difficulté, la technique domine et agit.
Plotin, Traité 27, IV.


Commentaires

  1. Chère Sandrine,
    je dois dire que votre site est éblouissant de beauté et sagesse, un trésor de musicales connaissances et joyeuses lumières ; on s'y perd (jusqu'à se retrouver, al-hamdullah) dans ce reflet infini du miroir infini.
    Je vous remercie par ailleurs de m'avoir inscrit parmi les murshids mais, soyons humbles, je ne suis qu'un étudiant qui cherche à apprendre des autres, un élève qui cherche à s'élever, faisant de la marche un chemin vers son horizon, et de l'horizon une marche vers son chemin, et qui a donc tout à apprendre et très peu à enseigner.
    Cela dit, merci de votre regard généreux, apaisant, lumineux, merci infiniment de votre ru'ya.
    Bien à vous

    ps: je profite pour vous recommander un site lumineux, Fleuves et Montagnes Sans Fin, de Lionel André, sublime murshid des Alpes. Avec vous deux on en a pour s'égarer sagement dans l'éternité... merci !

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  2. ta ta ta, moi, j'ai bien une tripotée de murîds autour de moi qui aodrent m'appeler murshid malgré mes hurlements et le fait que je ne suis même pas sûre d'être une murîd à demi-cuite ! Y a pas de raison que je sois la seule à écoper du titre, non mais...

    Merci pour le site je le regarderai.

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  3. Je ne savais pas que tu avais été sérigraphiée par Andy Warhol. J'aime bien. Il m'arrive un truc curieux sur ton blog. Il suffit que je clique sur un lien pour qu'il devienne vert. Au secours !!

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  4. Oui le vert c'est normal j'ai demandé à ce que les liens visités soient verts, pour qu'on sache si on les a déjà vus. Pourquoi vert ? Sans doute parce que j'aime bcp Khidr.

    Quant à la photo, j'adore le petit air poseur, bêcheur et tête à claque que ça me donne au dessus de Plotin. Ça fait très première de la classe crâneuse.

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  5. Ah, tout s'explique donc.
    Pour ta photo, tout est relatif, mais moi, je ne la trouve pas du tout "tête à claques".

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