Soupe d'anguilles

Musée Pio-Clementino, Vatican.

Lisant ceci sur Warburg je ne peux m'empêcher de penser qu'ici aussi, par moment, cela doit faire penser à une "soupe d'anguilles" :

"Lire Warburg présente la difficulté de voir se mêler le tempo de l'érudition la plus harassante ou la plus inattendue - telle l'entrée en scène, au milieu d'une analyse sur les fresques renaissantes du palais Schifanoïa, à Ferrare, d'un astrologue arabe du IX° siècle, Abû Ma'sar - et le tempo presque baudelairien des fusées : pensées qui fusent, pensées incertaines, aphorismes, permutation des mots, expérimentation des concepts..."

"D'où, de quel lieu et de quel temps nous parle donc ce fantôme ? Son vocabulaire puise tour à tour aux sources du romantisme allemand et de Carlyle, du positivisme et de la philosophie nietzschéenne. Il manifeste tour à tour le souci méticuleux du détail historique et le souffle incertain de l'intuition prophétique. Warburg lui-même parlait de son style comme d'une "soupe d'anguilles" (Aalsuppenstil) : imaginons une masse de corps serpentins, reptiliens, quelque part entre les circonvolutions dangereuses du Laocoon - qui obsédèrent Warburg sa vie durant, non moins que les serpents mis en bouche par les Indiens qu'il étudia aussi - et la masse informe, sans queue ni tête, d'une pensée toujours rétive à se "couper", c'est-à-dire à se définir pour elle-même un début et une fin."

L'image survivante, Georges Didi-Huberman.

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