La grande route

"Car qu'il optât pour telle ville, et au même instant son entreprise serait devenue à ses propres yeux et absurde, et impossible ; il ne le pressentait que trop. En effet, que ferait-il dans telle ville plutôt que dans telle autre ? Chercher ce marchand ? Mais quel marchand ? Là, de nouveau, surgissait cette deuxième question et la plus effrayante de toutes. Au fond, rien n'était plus effrayant que ce marchand qu'il s'était si brusquement mis à chercher à toute force et que, bien entendu, il craignait le plus de trouver réellement. Non, mieux vaut encore simplement la grande route, s'y engager et marcher et ne penser à rien, tant qu'il est possible de ne pas penser. La grande route c'est quelque chose de long, très long, dont on ne voit pas la fin - comme la vie humaine, comme le rêve humain. Dans la grande route il y a une idée ; et dans la feuille de route, quelle idée y a-t-il ? La feuille de route c'est la fin de l'idée... Vive la grande route, et ensuite à la grâce de Dieu."


Et puis j'aime beaucoup aussi cette dernière phrase : "Le citoyen du canton d'Uri était pendu là même, derrière la porte." Géniale épitaphe, pour Stavroguine, qui ne s'arrête pas sur sa séduction, sa ténèbre, son ricanement, Satan et ses pompes. Non, juste cela, et peut-être n'était-il que cela, après tout : "Le citoyen du canton d'Uri."

Les PossédésDostoïevski.

Commentaires

  1. "(...) au plus profond de la mer se trouvent des richesses incalculables,
    mais si vous recherchez votre sécurité,
    restez sur le rivage."
    dans le golestan de Saadi

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