Violence

"Que fait la violence ? Elle viole.
Violer, c'est forcer l'autre. La force ne force pas ; par exemple elle ouvre la porte. C'est la violence qui la force : l'enfonce, la détruit, l'"anéantit", c'est-à-dire l'arrache à son usage. Le but de la violence, c'est l'anéantissement. "Plus fort que l'irrésistible" est son cri, et son phantasme. Faire plier ce qui me résiste. Ajax fut le nom de la symbiose de la violence et de la folie. Qu'est-ce qui me résiste ? Le cours des choses ; et la liberté de l'autre. La violence est donc antistoïcienne, et despotique. Ecraser est son obsession ; le terrorisme s'excuse sur son impuissance pour "faire tout sauter".

L'autre de la violence, c'est la pudeur. La violence viole la pudeur. Que fait la pudeur ? Elle se clôt, se reclôt. Elle recueille, se recueille, se replie. Elle baisse le regard, elle ramène sur soi son voile, elle fait un soi. Vous ne me verrez pas, dit-elle. Ne regardez pas. Je suis secrète ; au secret. Je suis le secret. La pudeur cache. La violence arrache."

Michel Deguy, Le sens de la visite, "Violence".

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