jeudi 14 février 2008

Abdication

"Si tu t'abandonnais, fût-ce une heure, tu serais sauvé ; nous serions sauvés. Qu'est-ce qu'aimer ? C'est desserrer la main, la paume dure du paumé ; s'ouvrir - des yeux, sourire, poignets ; comme le récemment-né.

Mais l'enfance même et tout naturellement se refuse. Non est son verbe. le fraîchement-né ne fait plus confiance. Il n'écoute pas, il ne s'en remet plus à. Ce n'est pas une affaire d'obéissance. Lui, l'enfant écarquillé qui va marcher, qui soudain les bras en balancier se lançait pour joindre à quatre pas, non plus à quatre pattes, sa mère, et ce fut son premier, n'obéissait pas : il se donnait. Voici quelqu'un à qui je désire dire oui. Je le suis, c'est le oui matrimonial. Et les dogmes inventés par l'Eglise, ceux qui parlent de communion des esprits, de corps mystique, d'Eglise céleste, exaltent ce moment. C'est la perfection, ce n'est pas la loi."


"Ce refus est en même temps la ratio cognoscendi de l'autonomie, le resaisissement de la liberté : ce qui d'un être est condamné et sauvable, luciférien, adamique. Les deux ont su dire non.
L'innocence est d'avoir dit oui, avant de revenir au non, puis sur son non."

Michel Deguy, Le sens de la visite, "Abdication".

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