Mais ce Dieu si intime et si personnel est aussi ce qui en nous est le plus impersonnel, la personnalisation de ce qui, en nous, nous dépasse et nous excède. “Genius est notre vie, en ce qu'elle ne trouve pas en nous son origine mais que nous trouvons la nôtre en elle.” S'il semble s'identifier à nous, ce n'est que pour se révéler tout de suite après comme plus que nous, pour nous montrer que nous sommes plus et moins que nous-mêmes. Comprendre la conception de l'homme renfermée dans Genius signifie comprendre que l'homme n'est pas seulement Moi et conscience individuelle, mais que, de sa naissance jusqu'à sa mort, il cohabite avec son élément impersonnel et préindividuel. C'est donc dire que l'homme est un seul être à deux phases qui résulte de la dialectique compliquée entre une partie qui n'est pas (encore) individuée et vécue et une partie déjà marquée par le destin et l'expérience individuelle. Mais cette partie impersonnelle et non individus n'est pas un passé chronologique que nous avons laissé derrière nous une bonne fois pour toutes et que nous pouvons, éventuellement, nous rappeler par la mémoire ; elle est toujours présente en nous et inséparable de nous, dans le bien comme dans le mal. 
Giorgio Agamben, Profanations.

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