vendredi 15 février 2013

Une fois encore, Luther est passé par là

Contrairement aux messes catholiques, l'annonce du jugement dernier n'infère ici aucun sentiment d'angoisse, voire de terreur –il est d'ailleurs symptomatique que les trompettes, omniprésentes dans le morceau, se taisent au lieu d'annoncer le jugement menaçant, Tuba mirum épargnes sonum, comme dans une messe de Requiem. Le morceau est tout entier voué à la gloire de la résurrection. "L'annonce du jugement est prise dans le même mouvement d'allegro très dansant qui marque tout le chapitre de la résurrection et de l'ascension. On ne perçoit pas le moindre ralentissement qui pourrait traduire une inquiétude humaine. Pourquoi la perspective du jugement viendrait-elle inquiéter des chrétiens dont on vient d'affirmer qu'ils avaient été rachetés par le sang du Christ dans le plus merveilleux des échanges ? Seuls pourraient être anxieux ceux dont la foi est défaillante. Et ils n'ont pas de place dans la solennelle séquence d'affirmation qu'est le Symbole de Nicée."(Jean-François Labie). Si ce n'est que la dernière affirmation, Et expecto resurrectionem mortuorum, révèlera, sinon une défaillance de la foi, du moins l'emprise subite d'un moment de doute et d'anxiété. Mais le jugement dernier n'est évoqué que rapidement, pour laisser se développer largement la conclusion, l'éternité du règne de Dieu. Le jugement marque le terme de la création, après quoi il n'y a plus de temps. "Il n'y aura plus de nuit", lit-on à la fin de l'Apocalypse (Ap 22, 5). Et c'est à nouveau une entrée fuguée semblable à celle du Et resurrexit qui s'élève et prolifère dans une jubilation générale, avant une conclusion instrumentale où la part belle revient à la première trompette, reprenant le motif principal et sa longue guirlande.

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Dans la vie on prend toujours le mauvais chemin au bon moment. Dany Laferrière.