Iconisme et convention





Tout au long de l'histoire des arts visuels, on trouve des 'représentations iconiques' qui dans un premier temps n'ont pas été reconnues comme telles, puis, au fur et à mesure que leurs destinataires s'y accoutumaient, devenaient conventionnelles au point de sembler plus "naturelles" que les objets eux-mêmes, si bien que, par la suite, la perception de la nature était "filtrée" par le modèle iconique dominant. Gombrich cite le cas d'une série de dessinateurs du XVIe au XVIIe siècle qui ont continué à représenter des rhinocéros 'd'après nature' en reproduisant inconsciemment le modèle de rhinocéros proposé par Dürer (modèle qui correspondait à la description du rhinocéros popularisée par les bestiaires médiévaux) ; Gombrich cite encore le cas d'un peintre du XIXe siècle qui représente d'après nature la façade de la cathédrale de Chartres, et qui, tout en la voyant avec des portails en plein cintre, représente des portails en ogive pour être fidèle à la notion culturelle de "cathédrale gothique" prédominante à son époque ; ces épisodes, et tant d'autres, nous apprennent que dans les cas de signes régis par la ratio difficilis, ce n'est pas l'objet qui motive l'organisation de l'expression, mais le contenu culturel qui correspond à un objet donné.
Umberto Eco, La Production des signes.

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