Hebdomada III per annum



Hier, mangé pour la première fois une grenade saupoudrée de sel, comme me l'avait conseillé Minoutchehr. C'était délicieux.

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Hier, temps ensoleillé. Aujourd'hui gris, de ce gris sombre de février, déjà. Mon cœur et mon âme, du coup, s'en trouvent alourdis. Fatigue dans le corps, comme quand je manque de magnésium.
Dans ces moments-là, "quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle", il faudrait déchirer le voile d'un coup sec, faire un acte de joie ou un acte inouï, ou consolant, une pirouette mentale comme un koan. Se dégager du ciel.

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Hier, je lis sur une dépêche que JP2 se flagellait, dormait à même le sol, etc et que l'évêque chargé de révéler les pièces probantes pour sa sainteté y voyait là un moyen chrétien de faire pénitence, lorsqu'on l'interrogeait sur la contradiction qu'il y avait à maltraiter un corps qui, après tout, est un don de Dieu. Voilà bien tout le côté nauséabond, malsain qu'ils ont fait du christianisme, en contradiction totale avec ce que le Christ lui-même était, notamment quand il ironisait sur les propos désobligeants au sujet de son propre laisser-aller et celui de ses disciples, au regard des ascèses de Jean le Baptiste. Rien de tel que ces funèbres corbeaux pour nous faire détester Dieu si on a un peu de sang dans les veines. J'ai pourtant connu des ascètes danseurs, des ascètes à pirouette et entrechats, plus proche de Ryôkan que ces religieux racornis qui donnent l'impression, à chaque pas, de craindre l'érection. Heureusement que les soufis m'ont appris la danse de Lumière, le "sans raison ni condition". Je pense à Joyce, dans A Portrait of the Artist as a young man :

He was alone. He was unheeded, happy and near to the wild heart of life...


Finalement, je viens de lire dans La Croix que JP2 le faisait, apparemment, seulement le Vendredi Saint. Là c'est différent, je peux comprendre, tout comme les flagellations des chiites et les pleurs des Alévis. Ce jour-là, ce n'est pas malsain, c'est juste une façon de relayer le Pôle du Monde.

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Salinger est mort. Je n'en suis pas spécialement triste, car il avait 91 ans et de toute façon était mort au monde depuis longtemps, comme les mystiques. Peut-être même, s'il a laissé des manuscrits inédits, va-t-il, au contraire, renaître au monde, avec de nouveaux livres. Il n'y a pas de livres posthumes ou bien tous les livres sont posthumes car une fois publiés ils sont orphelins de l'écrivain, ne dépendant plus de lui, vivant leur vie.

Salinger aura beaucoup compté pour moi l'an dernier, non pas avec L'Attrape-cœur, mais avec Franny et Zooey, quand je le lisais en même temps que Maître Eckhart, et qu'il a fait mon diagnostic spirituel avec la précision d'un laser. Du coup, je n'aime guère François d'Assise, ni François de Sales, et j'ai tout autant horreur de la spiritualité confiture de rose que de la culpabilité et de l'auto-flagellation saumâtres. Il faut être sec et pur, et brûlant comme un Ange.

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