Je ne suis pas venu apporter la paix mais la guerre civile... c'est-à-dire l'amour



C'est cette conjonction qui explique en tout cas le charme étrange du Tawq, ce livre d'amour fils d'une guerre civile. Pourquoi lui avoir choisi le thème de l'amour en effet si, comme je le laisse entendre, les malheurs de la Communauté l'ont inspiré ? Ibn Hazm répond dès les premiers chapitres. L'amour y est d'abord défini comme une fitna, une sédition, une guerre civile. Aimer, c'est choisir, contre tous les autres, un seul qu'on en distingue, et qui vous en distingue par l'amour même qu'on lui porte ; c'est donner, quand il est en cause, un sens singulier aux gestes, aux signes et aux mots que les hommes ont ordinaire en commun. L'amant est un étranger au pays du partage, un barbare travesti dans la cité, toujours sourdement hostile à ses usages et à ses lois.
Gabriel Martinez-Gros, Introduction à De l'Amour et des amants, Ibn Hazm

Ah, que l'on est loin des tièdes philia et agapè chrétiennes ! Même le pape, qui essaie pourtant de réhabiliter l'Éros dans son encyclique sur l'amour s'obstine à le circonscrire – avec une grande mauvaise foi car il n'est pas idiot –à la sensualité, à la jouissance possessive. L'amour qui est fitna, sélection, exclusion, sédition, guerre civile, ça a tout de même une autre allure que ce programme de bon père, bon époux, bon paroissien, garant de la paix sociale...

Et pourtant, celui qui disait :

Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre, je ne suis pas venu apporter la paix mais l'épée ; car je suis venu séparer l'homme d'avec son père, la fille d'avec sa mère, et la belle-fille d'avec sa belle-mère ; et l'homme aura pour ennemis ceux de sa maison. (Matthieu 10, 34-36)

"Croyez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre ? Non, je vous assure, mais au contraire, la division ; car désormais s'il se trouve cinq personnes dans une maison, elles seront divisées les unes contre les autres ; trois contre deux, et deux contre trois ; le père sera en division avec son fils et le fils avec le père ; la mère avec la fille, et la fille avec la mère ; la belle-mère avec la belle-fille, et la belle-fille avec la belle-mère." (Luc, 12, 49-53)
... ne réclamait pas non plus un amour équitable et bienséant – Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi, et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi – finalement, de quel amour parlait-il ?

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