Les rois déraisonnables deviennent des aigles

J. Glover - Atlanta, Georgia

Et sous beaucoup de rapports, les hommes peuvent être considérés comme des plantes : ils ont en effet un corps qui croît et qui engendre. Toutes ces parties agissent donc simultanément, mais c'est par la partie la meilleure que la forme de l'ensemble est "homme". Mais quand l'âme quitte le corps, elle devient celle de ses parties qu'elle a développée le plus. C'est pourquoi il faur "fuir vers le haut" pour éviter de descendre au niveau de l'âme sensitive en nous laissant conduire par le désir d'engendrer et par un attachement excessif pour la bonne chère, dans le but, au contraire, de parvenir au niveau de ce qui est intelligent, de l'Intellect et de Dieu. Tous ceux, donc, qui ont préservé "l'homme" redeviennent des hommes en une autre existence. Ceux, par contre, qui n'ont vécu que par la sensation deviennent des animaux. Mais si aux sensations se joignent l'irascibilité, ils deviennent des animaux sauvages, et la différence entre les animaux sauvages qu'ils deviennent est fonction du rapport entre sensations et irascibilité. Tous ceux chez qui cette vie allait avec le désir et le plaisir propre à la vie désirante deviennent ces animaux qu'on dit intempérants et goulus. Mais si avec le plaisir et le désir ils n'ont même pas de sensation, ou si celle-ci reste dans un état de léthargie, alors ils deviennent des plantes. Car c'était cette faculté végétative qui agissait en eux exclusivement ou de façon prédominante, et ces hommes s'appliquaient en fait à se transformer en arbres. Et les amis des Muses, si par ailleurs ils sont purs, deviennent des animaux chanteurs. Les rois déraisonnables, eux, deviennent des aigles, s'ils n'ont pas quelque autre vice. Ceux qui étudient les phénomènes célestes sans y adjoindre la réflexion, toujours tendus vers le ciel, se réincarnent en oiseaux qui gagnent les hauteurs à tire-d'aile. Celui qui possède la vertu civique redevient un homme, et celui qui participe à la vertu civique mais dans une moindre mesure devient, lui, un animal civique : une abeille ou une bête de ce type.
Plotin, Traités 7-21 : 15.

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