Renaissance et impureté du temps : Warburg avec Burckhardt


"Jacob Burckhardt, pionnier exemplaire (vordbildlicher Pfadfinder), a ouvert à la science le domaine de la civilisation de la Renaissance (Kultur der Renaissance) et l'a dominée de son génie ; mais il n'a jamais songé à exploiter en tyran égoïste la région (Land) qu'il venait de découvrir ; au contraire, son abnégation scientifique (wissenschaftliche Selbstverleugnung) était telle qu'au lieu d'attaquer le problème de l'histoire de la civilisation en lui gardant son unité (Einheitlichkeit), si séduisante sur le plan de l'art, il le divisa en plusieurs parties apparemment sans rapport (in mehrere äusserlich unzusammenhängende Teile) afin d'explorer et de décrire chacune d'entre elle avec une sérénité souveraine. Ainsi, dans sa Civilisation de la Renaissance, il exposa d'abord la psychologie de l'individu social, sans envisager les arts plastiques ; puis, dans son Cicerone, il se contenta de proposer une "initiation au plaisir des oeuvres d'art". [...] Conscients de la personnalité supérieure de Jacob Burckhardt, nous ne devons pas pour autant hésiter à avancer dans la voie qu'il nous a désignés."


"Cette voie (Bahn) est d'une exigence méthodologie extrêmement difficile à maintenir. Mais elle aura placé l'"abnégation de Warburg - sa Selbstverleugnung, comme il l'écrit ici- à hauteur de celle qu'il reconnaissait en Burckhardt. Il s'agit presque d'une attitude stoïque. D'un côté, on a à reconnaître l'unité (Einheitlichkeit) de toute culture, son organicité fondamentale. Mais, d'un autre côté, on se refuse à la déclarer, à la définir, à prétendre la saisir comme telle : on laisse les choses à leur état de division ou de "démontage" (Zerlegun). Comme Burckhardt, Warburg s'est toujours refusé à reclore une synthèse, façon de toujours repousser le moment de conclure, le moment hégélien du savoir absolu. "

L'image survivante, Georges Didi-Huberman.

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