Aristophane et la théâtrocratie

Aubrey Beardsley: Aristophanes Lysistrata, 1896

"L'élément vital de la comédie d'Aristophane c'est qu'elle s'arroge le droit de tout critiquer librement. La matière du poète c'est toute la vie de son temps ; son oeuvre est le fidèle miroir de la vie athénienne et l'on s'explique que Platon, voulant donner à Denys de Syracuse une idée de la constitution d'Athènes, ait envoyé au tyran l'oeuvre d'Aristophane."

"L'ancienne comédie pouvait donc tout dire et tout faire librement ; la licence qui y règne n'empêche pas saint Jean Chrysostome, plus indulgent que certains critiques modernes, de lire Aristophane avec délices et d'en faire son livre de chevet."

"Il est le défenseur des idées de l'ancien temps, mais en même temps il est jusqu'au bout des ongles imbu des idées modernes et pour rendre ses concitoyens plus purs, le moyen qu'il emploie ce sont les malpropretés. Il reproche aux femmes leurs habitudes de luxe et leur mollesse, mais il les défend contre la mosogynie d'Euripide. Il est religieux, mais il rend les dieux ridicules. Il flagelle sans pitié les artifices de ses adversaires politiques et lui-même a reocurs aux mêmes moyens démagogiques pour jeter de la poudre aux yeux, et un jeu de mots lui sert souvent d'argument. Comment pourrait-on refuser le droit, à un poète comique, d'en user de la sorte ? Il faut plaire à l'opinion quand on veut la former, et ceci est l'essentiel pour le poète comique. L'influence d'Aristophane sur l'opinion est considérable. Quand Périclès voulut substituer son autorité à celle des lois, il réussit à la supprimer sur la proposition de Cinésias, mais il se voyait obligé trois ans après de la rétablir, et le théâtre acquit assez de puissance pour que Platon ait pu définir la république d'Athènes une théâtrocratie."

Marc-Jean Alfonsi, Introduction à Aristohpane, théâtre complet, tome 1.


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