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"Les fins de partie sont toujours délicates"

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" Comme Kaltenbrunner ne pouvait me recevoir avant le soir, je m'installai dans un coin sur une chaise et repris ma lecture de L'éducation sentimentale, qui avait encore souffert du passage de l'Oder, mais que je tenais à finir. Kaltenbrunner me fit appeler juste avant que Frédéric ne rencontre Madame Arnoux pour la dernière fois ; c'était frustrant. Il aurait pu attendre un peu, d'autant qu'il n'avait aucune idée de ce qu'il pourrait faire de moi." "La seconde semaine d'avril, l'orchestre philharmonique donna un dernier concert. Le programme, exécrable, était tout à fait dans le goût de cette période - le dernier aria de Brünnhilde, le Götterdämmerung bien entendu, et pour finir la Symphonie romantique de Bruckner - mais j'y allai quand même. La salle, glaciale, était intacte, les lustres brillaient de tous leurs feux, j'aperçus Speer, de loin, avec l'amiral Dönitz dans la loge d'honneur ; à la sortie, des Hitlerj...

Halfling

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Plusieurs fois, machinalement, mais de façon persistante, je lis Halfling, "semi-hommes" au lieu de Häftlinge.

La grande route

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"Car qu'il optât pour telle ville, et au même instant son entreprise serait devenue à ses propres yeux et absurde, et impossible ; il ne le pressentait que trop. En effet, que ferait-il dans telle ville plutôt que dans telle autre ? Chercher ce marchand ? Mais quel marchand ? Là, de nouveau, surgissait cette deuxième question et la plus effrayante de toutes. Au fond, rien n'était plus effrayant que ce marchand qu'il s'était si brusquement mis à chercher à toute force et que, bien entendu, il craignait le plus de trouver réellement. Non, mieux vaut encore simplement la grande route, s'y engager et marcher et ne penser à rien, tant qu'il est possible de ne pas penser. La grande route c'est quelque chose de long, très long, dont on ne voit pas la fin - comme la vie humaine, comme le rêve humain. Dans la grande route il y a une idée ; et dans la feuille de route, quelle idée y a-t-il ? La feuille de route c'est la fin de l'idée... Vive la grande...

Humain, trop humain : le cas Döll et la Loi

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"On a beaucoup parlé, après la guerre, pour essayer d'expliquer ce qui s 'était passé, de l'inhumain. Mais l'inhumain, excusez-moi, cela n'existe pas. Il n'y a que de l'humain, et encore de l'humain : et ce Döll en est un bon exemple. Qu'est-ce que c'est d'autre, Döll, qu'un bon père de famille qui voulait nourrir ses enfants, et qui obéissait à son gouvernement, même si en son for intérieur il n'était pas tout à fait d'accord ? S'il était né en France ou en Amérique, on l'aurait appelé un pilier de sa communauté et un patriote ; mais il est né en Allemagne, c'est donc un criminel. La nécessité, les Grecs le savaient déjà, est une déesse non seulement aveugle, mais cruelle. " "Döll tuait ou faisait tuer des gens, c'est donc le Mal ; mais en soi, c'était un homme bon envers ses proches, indifférent envers les autres, et qui plus est respectueux des lois. Que demande-t-on de plus au quidam de nos v...

"les seules petites idées toutes faites"

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Les envolées sarcastiques et anti-socialistes de Dostoïevski, apparaissent de façon paradoxale, comme une défense des pauvres et des paysans contre la bourgeoisie libérale : "Je vous l'ai déjà dit : nous pénétrerons jusqu'au coeur du peuple. Savez-vous que dès maintenant nous sommes terriblement forts ? Les nôtres ne sont pas seulement ceux qui égorgent et incendient, et ceux qui font le coup de feu classique et qui mordent. Ceux-là ne font que gêner. Sans discipline je ne comprends rien. C'est que je suis un escroc et non un socialiste, ha ha ! Ecoutez, je les ai tous comptés : l'instituteur qui rit avec les enfants de leur Dieu et de leur berceau est déjà à nous. L'avocat qui défend l'assassin instruit en alléguant qu'il est plus évolué que ses victimes et que, pour se procurer de l'argent, il ne pouvait pas ne pas tuer, est déjà à nous. Les écoliers qui tuent un paysan pour éprouver des sensations sont à nous. Les jurés qui acquittent tous les cr...

Le sceau de l'ange

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Dans Les Bienveillantes , le vieillard Nahum fils d'Ibrahim conte à Maximilian Aue Le Livre de la création de l'enfant des Petits Midraschim , qui explique le creux que nous avons sous le nez, au milieu de la lèvre supérieure, par le doigt de l'ange qui scelle nos souvenirs : "Et lorsque vient le moment où il doit venir au monde, l'ange se présente devant lui et lui dit : Sors, car le moment est venu de ton apparition au monde. Et l'enfant répond : J'ai déjà dit devant celui qui fut là que je suis satisfait du monde dans lequel j'ai vécu. Et l'ange lui répond : Le monde dans lequel je t'amène est beau. Et ensuite : Malgré toi, tu as été formé dans le corps de ta mère, et malgré toi, tu es né pour venir au monde. Aussitôt l'enfant se met à pleurer. Et pourquoi pleure-t-il ? A cause du monde dans lequel il avait vécu et qu'il est obligé de quitter. Et dès qu'il est sorti, l'ange lui donne un coup sur le nez et éteint la lumière ...

Chacun est digne d'un parapluie

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Toujours l'humour dostoïevskien : le bagnard Fedia, son emphase solennelle, ses curieuses tournures, ses litotes aussi. "-Tu t'es évadé du bagne ? - J'ai changé de sort. J'ai remis les livres et les cloches et les affaires d'églises, parce que j'avais été condamné à vie, alors il me fallait attendre trop longtemps la fin de ma peine." "Piotr Stepanovitch, je vous dirai, Monsieur, il lui est très facile de vivre au monde parce qu'il voit les gens tels qu'il se les imagine et c'est avec ceux-là qu'il vit." Il y a aussi Lebiadkine, enfin le parapluie de Stavroguine, qui est un lien entre Lebiadkine et le forçat : "- Ne désirez-vous pas que j'aille sur le perron... pour ne pas entendre quelque chose apr ahsard... parce que les chambres sont minuscules. - Bonne idée, allez sur le perron. Prenez mon parapluie. - Le parapluie, le vôtre... est-ce que j'en suis digne ? dit le capitaine dans un accès d'humilité excessiv...