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Pas d'étiquettes sur le front des chevaux



Recourir à la force ? Il est Tout Puissant. À la justice ? Qui me fera comparaître ?
Suis-je juste, ma bouche me condamnera; Suis-je innocent, il me déclarera coupable.
Innocent ! Je le suis; mais je ne tiens pas à la vie, Je méprise mon existence.
Qu'importe après tout ? Car, j'ose le dire, Il détruit l'innocent comme le coupable.
Si du moins le fléau donnait soudain la mort !… Mais il se rit des épreuves de l'innocent.
La terre est livrée aux mains de l'impie; Il voile la face des juges. Si ce n'est pas lui, qui est-ce donc ?

Job, 9, 14-24.

'Suis-je innocent il me déclarera coupable' ; à cela fait écho Ibn Hazm quelques siècles plus tard, qui aurait dit
« Dieu ne serait pas même lié par sa propre parole et que rien ne l'obligerait à nous révéler la vérité. Si cela était sa volonté, l'homme devrait même pratiquer l'idolâtrie. » .

C'est la bonne vieille question de savoir si Dieu est limité par Sa propre perfection ou non. Peut-il être injuste, au moins en puissance, ou en est-il empêché par Sa propre justice ? Comme un char tiré aux 4 directions par des chevaux s'empêchant ainsi mutuellement d'avancer, Dieu offrirait ainsi une image de suprême impuissance : avoir tous les attributs, c'est n'en avoir aucun d'agissant.

À cela, l'Extrême Orient, et surtout le Yi King, offre une issue en insistant sur le fait que le mauvais (au sens du 'nuisible', 'plus bon à rien') c'est ce qui ne change pas, ne s'adapte pas à l'impermanence, reste fixe. Le mal, c'est ce qui n'est pas à sa place. Il n'y a pas de mauvais cheval, il y a celui qui est choisi à bon ou à mauvais escient dans une situation momentanée. Il n'y a pas d'étiquettes sur le front des chevaux (bien ou mal, vices et vertus), seulement l'opportunité ou l'inopportunité temporaires de la monture.

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