La tristesse de la vie de M. de Crécy venait, tout autant que de ne plus avoir de chevaux et une table succulente, de ne voisiner qu'avec des gens qui pouvaient croire que Cambremer et Guermantes étaient tout un. Quand il vit que je savais que Legrandin, lequel se faisait maintenant appeler Legrandin de Méséglise, n'y avait aucune espèce de droit, allumé d'ailleurs par le vin qu'il buvait, il eut une espèce de transport de joie. Sa soeur me disait d'un air entendu : "Mon frère n'est jamais si heureux que quand il peut causer avec vous." Il se sentait en effet exister depuis qu'il avait découvert quelqu'un qui savait la médiocrité des Cambremer et la grandeur des Guermantes, quelqu'un pour qui l'univers social existait. Tel, après l'incendie de toutes les bilbiothèques du globe et l'ascension d'une race entièrement ignorante, un vieux latiniste reprendrait pied et confiance dans la vie en entendant quelqu'un lui cit...
Quelle signification donnez-vous aux derniers vers du chant XXVII du Purgatoire et en particulier au verbe "mitrio" ?
RépondreSupprimer"Je te couronne et te mitre ?" Bah je ne suis pas experte en symbolique chrétienne, mais l'union de la couronne et de la mitre doit être le signe d'une double prise de possession de soi, temporelle et spirituelle.
RépondreSupprimerQuant à l'abandon paternellement affectueux de son guide, maintenant que son disciple est "souverain de (lui)-même, il le délègue à son "bon plaisir" (ce qui me fait penser à la 6° tapisserie de la Dame à la Licorne et sa devise : à mon seul désir), c'est à dire au Soleil, à sa Joie qui est intuition et sagesse, là où "l'art et industrie" ne peuvent aller plus avant. C'est proche du le saut "illuminatif" des néoplatoniciens d'Orient, la première étape de la Connaissance par l'Amour, via son double angélique, Beatrice. Mais ce n'est pas l'ultime étape. Le moment où Beatrice doit céder la place à Saint Bernard est tout aussi crucial : "Pour accomplir ton seul désir Beatrice m'a mû de mon lieu". Cette fois il n'y a pas séparation, car ce n'est pas la distance qui sépare mais l'impureté, l'opacité qui peut faire écran à la lumière, lesquelles ont disparu : " nul œil mortel, lorsqu'il plonge dans la plus profonde mer, n'est aussi distant que les miens ne l'étaient de Béatrice; mais cela rien ne me faisait, parce que son image, en descendant à moi, ne se mêlait avec aucun milieu."
Enfin ultime étape : la fin du désir et de toute volonté propres, ce que les soufis appellent fan'a : "comme je m'approchais du terme de tous les désirs ainsi que je le devais, l'ardeur du désir se calma en moi." Ce n'est plus son désir et son vouloir qui le guide et le meut, c'est au contraire son désir et son vouloir qui sont mus par "l'Amour qui meut le Soleil et les autres étoiles"