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Joie : crainte et espoir d'un Minuit éternel


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À la "patrie de la joie" claudélienne, Blanchot nuance en rappelant ce drame de la joie, déchirante et angoissante autant que le malheur, comme un soleil noir pourtant espéré qui rappelle tellement le soleil de Minuit des soufis en veille...


Ni l'effroi, ni l'angoisse, ni le désespoir, ni la conscience du péché, ni le vertige du mal n'ont trouvé d'expressions vraiment nouvelles dans l'œuvre claudélienne. Charles Du Bos l'a désignée comme la patrie de la joie. "La joie est le premier et le dernier mot de tout Claudel." Et en effet elle est avait tout un hymne ; elle est apparentée au soleil dont elle célèbre la profusion prophétique, elle est louange, moins par ce qu'elle exprime que par ce qu'elle est, moins à cause des chants qu'elle profère et des arguments qu'elle ordonne que par sa puissance jaillissante d'affirmation, la prodigieuse et inépuisable vie qu'elle répand dans un élan glorieux qui est sa découverte et sa révélation. Mais est-ce cela la pure essence de la joie ? Claudel se demande quelque part avec surprise pourquoi si peu de gens supportent la pensée de la joie. C'est peut-être qu'elle est aussi suprême détresse et non seulement rayonnement mais obscurité et ce triomphe éclatant de Midi à quoi répondent la crainte et l'espoir d'un Minuit éternel.
Maurice Blanchot, Chroniques littéraires du Journal des Débats, avril 1941-août 1944.

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